PÉTROLE ET SOUVERAINETÉ

La course à la direction du Parti Québécois ne manque pas de soulever de l’intérêt. Mais on a l’impression que les candidats ont de la difficulté à choisir parmi les priorités qu’ils veulent mettre de l’avant dans le court ou le moyen terme. Par exemple, on a peu parlé du calamiteux projet de pipeline d’Energie Est, qui, à sa manière, concerne de près la question de la souveraineté nationale. En effet, on ne peut éviter de se demander ce que vaudra la souveraineté quand du pétrole empoisonné issu de déversements à la fois probables et imprévisibles aura pollué des centaines de plans d’eau au Québec , incluant le grand fleuve Saint-Laurent. On veut se donner un pays, fort bien. C’est légitime. Mais un pays marqué de l’empreinte de l’écologie, pas une autoroute du pétrole. Cela devrait apparaître clairement dans le projet que le Parti Québécois soumettra à l’attention de la population.

LE SOUVENIR DES CROISADES

Des dénonciateurs de l’islamophobie- réelle ou présumée- nous renvoient au temps des Croisades pour expliquer le phénomène du djihadisme. Selon eux, L’Occident chrétien, par ses expéditions guerrières, aurait laissé dans la mémoire collective musulmane de terribles cicatrices dont on ressentirait encore les effets de nos jours. Un djihadiste serait plus ou moins une sorte de bras vengeur qui se croit envoyé par Allah et qui aurait comme mission de réparer les blessures causées par les Croisades.
À noter au départ que c’est faire preuve de beaucoup de bon vouloir que d’attribuer aux djihadistes un tel intérêt pour l’histoire. Ce qu’on observe d’eux nous renvoie davantage à une filière où prédominent l’gnorance, la barbarie et l’absence d’humanité. On est loin de la chevalerie médiévale.

D’autre part, dans la mémoire collective de la chrétienté occidentale on attribue aux Croisades une importance historique qu’elles n’ont pas. On parlait au début de libérer le tombeau du Christ.Dans les faits, on s’est embarqué dans des tentatives plus ou moins fructueuses visant à desserrer le carcan arabe, ensuite turc, qui étouffait le monde méditarrénéen. Car , à l’époque , l’Occident vivait sous la menace constante de l’hégémonie musulmane. Celle-ci pesait d’un lourd poids sur le pourtour de la Méditerranée. Les pirates arabes effectuaient à leur gré des razzias sur les côtes italiennes ou françaises, enlevaient des chrétiens, particulièrement des femmes, qu’ils revendaient comme esclaves dans des pays musulmans. Une timide réponse occidentale fut la fondation d’un ordre religieux, celui des Servites, voué au rachat des esclaves. En fait, il fut un temps où, pour reprendre le propos d’un observateur arabe, il était imposssible pour un chrétien de faire flotter une planche sur les eaux de la Méditerrannée. C’est donc un Occident assiégé et non impérialiste qui, pour tenter de s’en sortir et sous le couvert d’un projet religieux, se lança dans l’aventure des Croisades.Ce furent des entreprises pas très glorieuses dans leur déroulement et peu fructueuses quant à leurs résultats. Mais le vent tourna avec la reconquête de Grenade et la découverte des Amériques. L’Europe chrétienne cessa alors de vivre quotidiennement sous la menace musulmane, même si celle-ci a fait encore sentir son poids lors de la bataille de Lépante en 1571 et du siège de Vienne, en 1683.

L’Histoire , dit-on, ne repasse pas les plats. Le souvenir des Croisades est de peu d’utilité pour comprendre le terrorisme djihadiste. Sauf peut-être qu’il peut nous aider à prendre conscience du fait que l’Occident, de culture fondamentalement chrétienne, est menacé une fois de plus dans sa spécificité historique par une force extérieure, laquelle se présente sous la forme d’une mixture d’islamisme dévoyé et de violence barbare. Reste désormais à trouver les moyens d’affronter avec succès ce nouveau danger.

LA VRAIE SOLUTION POUR L’AVENIR

Dans un éditorial fort éclairant ( Le Devoir, 4 août 2016), Jean-Robert Sansfaçon décrit bien les risques nombreux liés à l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta. Il ne manque pas de montrer du doigt la menace qui pèse sur les réserves d’eau potable du Québec si jamais on se lançait dans la construction d’un oléoduc qui traverserait des centaines de rivières et de plans d’eau. Il sait que les déversements de pétrole- un pétrole gavé de substances empoisonnées qu’on y ajoute pour en faciliter le transport- font partie des dangers encourus. 

Ce qui étonne, c’est qu’il ne propose pas comme solution d’avenir qu’on mette tout simplement fin à l’exploitation et au transport de ce produit empoisonné, surtout que le Québec n’a qu’en faire puisqu’il s’approvisionne ailleurs , à moindre risque et à bon prix. C’est l’exploitation même des sables bitumineux qu’il faut mettre en question, surtout que celle-ci s’avère une importante source de pollution et compromet la réalisation des objectifs canadiens et québécois en matière d’environnement.Il faut envisager la transformation partielle de l’économie albertaine , tout comme on a procédé jadis à une sorte d’équivalent au Québec quand on a mis fin à l’exploitation de l’amiante.  

LE SOUFFLE DU MALIN

Il m’est déjà arrivé de parler de la place qu’occupe le démon dans les Évangiles. Au temps où ceux-ci furent rédigés le Malin semblait faire partie de la vie de tous les jours. Parfois on discernait clairement sa présence, parfois on confondait celle-ci avec diverses maladies et infirmités qui affectent la condition humaine. Les auteurs des récits évangéliques en ont parlé à la manière des gens de leur époque.

On en fait cas parfois de nos jours . On estime avoir retrouvé la signature diabolique dans l’horrible invention des camps de la mort au temps du nazisme. D’autres croient déceler sa marque dans les actes criminels que multiplient les djihadistes. Tuer pour tuer au nom de Dieu auteur de la vie est d’un cynisme diabolique. Particulièrement odieux se révèle l’assassinat d’un prêtre octogénaire, égorgé alors qu’il présidait une célébration eucharistique. Un meurtre qui dégage une odeur macabre et laisse soupçonner la présence du Malin. « Éloigne-toi , Satan », s’est écrié le prêtre , avant de tomber sous les coups de ses assassins.

À défaut de réussir à croire en Dieu, les agnostiques et les incroyants pourraient se préoccuper de l’existence du démon. Car le Malin semble se révéler particulièrement actif au cœur des perturbations qui marquent de nos jours le cheminement de l’humanité en marche. On peut toujours se faire accroire qu’il n’existe pas, mais il semble bien qu’on peut déceler des traces de sa présence. De quoi se poser quelques questions.

LENDEMAIN D’UN DÉBAT  

Le débat qui a conduit à l’adoption de la loi C-14 portant sur l’aide médicale à mourir s’est déroulé dans un climat marqué par la dignité et la  réserve, aussi bien à la Chambre des Communes du Canada qu’au Sénat. Ce qui n’empêche point de s’interroger sur son véritable enjeu et sur ses conséquences éthiques et sociales. Car subsistent des ambiguités et des malentendus qu’il faudra bien dissiper un jour ou l’autre.

Une ambiguité majeure a trait à la signification de l’expression aide médicale à mourir , qui constitue une façon détournée de parler d’euthanasie ou encore de suicide assisté. Elle prête à confusion. Je connais des gens qui s’opposent à l’euthanasie et au suicide assisté mais se déclarent favorables à l’aide médicale à  mourir. Ils confondent celle-ci avec le recours aux soins palliatifs.

Ceux-ci sortent grands perdants du  débat. On les a oubliés. Or ils pourraient  répondre très largement  et mieux que la dite aide médicale à mourir aux attentes de gens aux prises avec des souffrances très lourdes à supporter, ce que vise en principe la nouvelle loi.  Mais on n’a rien prévu pour les rendre plus accessibles. On s’est comporté comme si l’euthanasie et le suicide assisté étaient les seules solutions valables. On a cautionné une aide médicale à mourir de portée limitée , entourée de certaines mesures de contrôle, tandis qu’on a mis au rancart les vastes possibilités d’une stratégie efficace de soins palliatifs.

Au fait, y-a-t-il eu vraiment débat? Au sein des instances politiques, sans doute. Dans les médias, bien peu, car ce sont des porte-parole d’une pensée unique qui ont monopolisé le discours,donnant l’impression que l’affaire était close et qu’une seule conclusion s’imposait de soi. Je note par exemple que n’eut été  le recours à mon ordi et à mon courriel, je n’aurais pu savoir que des groupes religieux d’allégeances diverses avaient émis à plusieurs reprises des opinions qui auraient mérité d’être connues du grand public et faire partie du débat.  Mais ces opinions avaient le défaut d’aller à l’encontre du discours dominant. Sauf un rare et faible écho qu’on leur a accordé, elles ont glissé sous le radar. Il en est résulté  un débat à sens unique, voire plus une apparence de débat qu’un échange réel.

La loi sur l’aide médicale à mourir s’appuie sur un consensus politique plus ou moins préfabriqué. Elle ne s’appuie pas sur un consensus social éclairé. Il faudra dans l’avenir vivre avec cette disjonction et accepter que cohabitent des choix éthiques divergents. Ce qui devrait logiquement permettre un espace pour l’objection de conscience à laquelle auront recours des professionnels de la santé. Autrement, on subirait  la tyrannie d’un consensus politique sui generis qui projetterait l’image d’une démocratie un peu boiteuse.

 

 

LE DROIT À L’EAU POTABLE

«  L’accès à l’eau pure est un problème de justice pour le genre humain , riches et pauvres », a déclaré le pape François . (Allocution du 13 juin 2016).  Il a tenu ce propos lors d’une rencontre avec des scientifiques venus exprimer leur inquiétude face à la pénurie d’eau potable ressentie dans plusieurs régions du monde. Une pénurie qui contraste avec la croissance vertigineuse des dépenses militaires qu’on peut observer aussi bien dans des pays pauvres que dans des pays  économiquement développés. On manque d’eau, mais on s’équipe de plus en plus en armement sophistiqué.

Les initiatives visant à accroître l’accès à l’eau potable progressent de façon significative,mais elle ne peuvent compter que sur des moyens modestes, tandis que la fabrication et le commerce des armes attirent des capitaux considérables qu’on aurait pu consacrer à la lutte contre la pénurie d’eau. Comble  d’ironie : des experts prévoient que dans un proche avenir des conflits armés éclateront justement à cause de la pénurie d’eau et dans la foulée de litiges concernant l’accès à l’eau potable. Les fabricants et les commerçants d’armes se trouveront à tirer profit de situations qu’ils auront eux-mêmes provoquées en accaparant des ressources financières qu’on aurait pu utiliser pour rendre l’eau potable accessible à tous.

Projet canadien original :  muni de réserves d’eau potable abondantes, on envisage de prendre le risque de les abîmer, voire de les détruire,  en construisant un pipeline qui traverserait quelque 800 plans d’eau. Pas vraiment la trouvaille du siècle.

 

LE NÉCESSAIRE ET LE SUPERFLU

Un bain par semaine dans un CHSLD,  c’est suffisant, selon le ministre québécois de la Santé. On peut en déduire que si l’on dépasse cette fréquence, on pénètre  dans le territoire du superflu, voire du luxe. Or  le luxe, tout le monde le sait, peut mettre en danger l’équilibre budgétaire. Vaut mieux, semble-t-il, être moins propre ou se sentir moins propre que de risquer de nuire aux finances publiques.

On est devenu bien pauvre au Québec pour ne pas être capable d’assurer des soins hygiéniques décents  à une large catégorie de citoyens. On nous dit pourtant que le fédéralisme canadien est une garantie de prospérité et  d’enrichissement collectif. Il devrait donc nous assurer de vivre dans la propreté d’un océan à l’autre, «  a mari usque ad mare », comme le proclame la devise officielle du Canada. Mais notre ministre de la Santé semble voir les choses autrement.

En attendant des temps meilleurs, les citoyens et citoyennes coincés dans un CHSLD  devront se contenter d’un bain par semaine et de quelques ajouts à la débarbouillette, tout en espérant que le ministre révise l’idée qu’il se fait de la distinction entre le nécessaire et le superflu.

DIVERSITÉ RÉCONCILIÉE

Face à la question oecuménique le pape François a parlé de diversité réconciliée. L’expression est   heureuse et éclairante. La diversité résulte de choix doctrinaux, mais aussi d’expériences vécues et d’héritages culturels multiples. Les chrétiens en recherche  d’unité ne doivent pas tenter de renouer avec les moments historiques où se sont produits les points de rupture. Au sein  des diverses lignées de croyants on a vécu des changements, on a évolué. Par exemple,  l’Église de la Contre-Réforme offre une autre image que celle qui a pris forme avec Vatican 11. De Pie IX à Jean XXIII  le virage est particulièrement tangible. On constate qu’un autre changement est en train de se produire avec le pape François.Les autres confessions chrétiennes ont vécu des mutations similaires.

Il faut rechercher une unité qui réconcilie les diversités, ce qui s’avère une tâche complexe.L’unité va de soi et tous les chrétiens de bonne foi souhaitent son accomplissement.  Mais perdurent, bien ancrées et tenaces, les diversités nées  de l’histoire et des apports culturels. L’oecuménisme cherche comment  intégrer ces diversités dans une même communauté de foi, comment réaliser une unité réconciliée avec la variété des chemins empruntés par les croyants au cours des siècles qui ont suivi les ruptures.

Le vaste chantier dans lequel sont engagés les militants de l’oecuménisme est indéniablement complexe   et rempli d’obstacles. Mais l’enjeu est primordial et prometteur.

LE BRUIT DES ARMES

Les peuples rêvent de paix, mais les conflits armés marquent l’actualité. Ils font souvent la manchette. Quant au commerce des armes, auquel malheureusement le Canada participe, il ne fait pas de bruit, mais il occupe néanmoins un large espace dans l’activité économique mondiale. Des pays économiquement développés se disputent les acheteurs, parmi lesquels figurent plusieurs pays pauvres. C’est ainsi que l’Inde se retrouve au premier rang des acheteurs d’armes, alors qu’une large fraction de sa population croupit dans le sous-développement. On s’y prépare en vue d’éventuels conflits, mais on ne semble pas trop savoir comment s’y prendre pour vaincre la sous-alimentation, approvisionner la population en eau potable et assurer un minimum de soins de santé. La culture d’armement passe avant la satisfaction de besoins humains fondamentaux.

Le bruit des armes se fait entendre de plus en plus de nos jours, un peu comme cela s’était produit dans les années qui ont précédé la première Guerre mondiale. Tensions entre la Chine et les pays voisins, entre l’Inde et le Pakistan, entre l’Ukraine et la Russie, multiples affrontements qui affligent les pays islamiques, douloureux conflit qui perdure en Syrie, menace djihadiste. Des armes sophistiquées aggravent le risque de destruction massive, un danger que véhicule déjà l’arme nucléaire, silencieuse pour le moment mais toujours à portée de main.

Des historiens cherchent encore pourquoi le monde a basculé dans la guerre en 1914. Certains pointent du doigt le manque de vision des dirigeants politiques ou encore leur ineptie, ou encore la pétulance de militaires impatients d’en découdre avec l’ennemi, réel ou virtuel. D’autres soulignent l’impact d’une culture belligène qui s’était répandue au sein des collectivités. On a joué avec le feu, avec les tensions et on a tout à coup perdu le contrôle des événements. L’assassinat, par un étudiant serbe un peu fêlé, d’un prince de l’Empire austro-hongrois, a déclenché un conflit dont le déroulement, dans la suite, a échappé aux décideurs politiques. La guerre s’est dès lors emparée des peuples, telle une sorte d’épidémie. En furent victimes des millions de petites gens, des familles, des enfants. En tirèrent gloire des milliers de combattants et quelques généraux. Suivit une mauvaise gestion de la paix retrouvée, d’où émergèrent les conditions ouvrant la voie pour un autre conflit, encore plus meurtrier.

Nonobstant le bruit des armes perdure néanmoins de nos jours une vaste aspiration à la paix. De nombreuses initiatives visent à rendre celle-ci moins fragile, tels les efforts incessants d’organismes relevant des Nations-Unies, les interventions du Saint-Siège, les activités diplomatiques provenant de sources diverses, l’aide aux populations victimes des conflits armés, le soutien au développement des peuples, lequel, selon Paul VI, donne un nouveau nom à la paix. Pour lui, le développement des peuples est devenu la nouvelle façon de désigner la paix comme projet.

L’instauration et la consolidation de la paix dépendent de l’engagement d’hommes et de femmes de bonne volonté. Elle est aussi un don fragile menacé par la bêtise humaine, le culte de la violence ,les injustices de toutes sortes, les exactions de petits potentats déchainés. Une avancée humaine qui, nous dit Jean XXIII, repose sur quatre piliers :la vérité, la justice, la liberté, la solidarité. Le risque devient plus grand d’entendre le bruit des armes quand ces piliers sont ébranlés. Voilà ce qui doit préoccuper particulièrement ceux qui veulent être des artisans efficaces de paix.

SOUS LA TUTELLE DES JUGES

J’ai une certaine difficulté à comprendre comment fonctionne actuellement la démocratie au Canada.Il suffit en effet que des juges, des non-élus, donnent leur avis sur quelque projet de loi ou sur une loi en vigueur pour que des représentants élus courbent l’échine et se comportent comme des écoliers pris en flagrant délit. Et si les honorables magistrats qui les réprimandent font partie de la Cour suprême, c’est la panique. On est prêt à tout faire pour apaiser leur courroux, voire à légiférer à la hâte avec le risque de mal faire, comme cela adviendra possiblement dans le cas du projet de loi sur l’euthanasie, qualifiée d’aide médicale à mourir.

C’est sans doute plaisant pour des juges de gouverner à la place de députés timorés. Mais les auteurs de la Charte canadienne des droits et libertés avaient,semble-t-il, anticipé la possibilité d’une telle dérive, d’où l’insertion d’une clause dite de dérogation,laquelle réaffirme la primauté du pouvoir législatif dans l’élaboration des lois tout en respectant celle du pouvoir judiciaire quand il s’agit d’en faire l’interprétation à la lumière de principes constitutionnels fondamentaux On voulait éviter que le pays ne soit gouverné par des juges, lesquels, tout honorables qu’ils soient, demeurent des non-élus.

Au fait, s’il existe, chez des juges, la tentation d’exercer une tutelle, c’est que prédomine, trop souvent, chez des représentants élus, la peur d’assumer pleinement, dans des situations délicates, la charge de législateurs. La tentation de la tutelle de la part des uns répond au vide juridique provoqué par l’inertie ou la pusillanimité des autres.