QUELLE RÉVOLUTION ?

Défilé du premier mai, à Québec. Des jeunes travailleurs défilent d’un bon pas et avec fierté, reprennent en chœur des slogans variés, brandissent des pancartes porteuses de messages où il est question de droit au travail, de justice, d’un monde plus égalitaire. En queue de parcours un jeune manifestant brandit une affiche qui annonce le Parti communiste révolutionnaire. Il semble isolé des autres et on se demande de quelle révolution il est l’annonciateur.

On a senti le besoin d’ajouter le qualificatif révolutionnaire. C’est révélateur et n’a rien de superfétatoire. Comme si on avait voulu se distinguer des rares gouvernements communistes qui subsistent dans le monde et qui ont comme trait commun d’être conservateurs et réactionnaires, mais pas révolutionnaires. D’un pays dit communiste à l’autre subsistent des modèles qui suintent la gérontocratie. Proche de nous, Fidel Castro, vieilli et un peu perdu, illustre la paralysie d’un mouvement révolutionnaire annonciateur de lendemains qui chantent. C’est de l’intérieur que le processus révolutionnaire s’est figé, les blocages provenant de l’extérieur y étant pour bien peu dans cette paralysie.

Demeure à part le modèle chinois, théoriquement communiste et brutalement capitaliste, réalisant dans sa pratique quotidienne une exploitation des travailleurs et travailleuses que Karl Marx aurait dénoncée avec virulence. Est-ce à quoi rêvait le jeune manifestant, porte-parole solitaire du Parti communiste révolutionnaire ?

INVESTIR SOCIALEMENT, C’EST RENTABLE

Le paradigme économie sociale se prête à des interprétations multiples. Il connote parfois l’économie sociale de marché, à savoir l’insertion d’objectifs sociaux à l’intérieur des activités économiques. Il y a là une manière de réguler l’économie qui caractérise particulièrement les gouvernements de tendance socio-démocrate. Il peut aussi désigner les diverses initiatives sociales aux retombées économiques parfois considérables qui ont comme but d’améliorer le sort des individus, des familles, de citoyens démunis : tels les coopératives populaires, les activités des sociétés Saint-Vincent de Paul, les mouvements qui revendiquent l’accessibilité à des logements à prix modique, les centre de dépannage qui répondent à des besoins urgents. L’expression peut d’autre part qualifier des mesures sociales que l’autorité politique implante en s’inspirant du principe de solidarité, comme l’aide sociale, le salaire minimum, le supplément de revenu.

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L’idéologie néolibérale postule que le progrès d’une collectivité dépend d’abord et avant tout du dynamisme de l’économie, le volet social apparaissant comme un supplément, une retombée. Il arrive néanmoins qu’on y perçoive les choses autrement. Ainsi, lors de la réforme en éducation, au début de la Révolution tranquille, l’axiome « qui s’instruit s’enrichit » est devenu à la mode, l’acquisition du savoir étant proposée comme la condition première de l’enrichissement individuel et collectif. Mais l’idée que le développement économique précède et conditionne le développement social demeurait néanmoins un postulat sous-jacent qu’on ne remettait pas en question.

Or voici que trois économistes réputés ont procédé à cette remise en question. Dans une étude récente sur les garderies à sept dollars ils en sont arrivés à la conclusion que ce système en vigueur au Québec, en apparence coûteux, est en réalité payant pour l’Etat. Le social a dopé le volet économique. Le réseau des garderies à sept dollars a rendu le marché du travail accessible à des milliers de femmes, dont certaines vivaient de l’assistance sociale. Le trésor public a tiré profit de l’opération en récupérant par l’impôt plus qu’il n’a dépensé pour faire fonctionner le système. L’investissement social s’est révélé économiquement rentable.

Ce cas exemplaire incite à jeter un regard différent sur les investissements sociaux. On réalise par exemple qu’un centre hospitalier aide à maintenir les citoyens en santé, accroît la qualité de la vie et favorise une meilleure accessibilité au marché du travail. Dans des agglomérations de dimension modeste il constitue souvent une assise majeure de l’activité économique. Un système de santé axé sur la qualité de la vie y assure le bon fonctionnement des autres activités.

Qui s’instruit s’enrichit, a-t-on dit. Au fait, le développement des institutions vouées au savoir et à la culture stimule la croissance économique. C’est avec raison par exemple qu’on parle d’industries culturelles, génératrices de croissance économique et d’emplois. Les bibliothèques privées ou publiques, souvent modestes d’apparence, ont marqué dès les origines le paysage nord-américain, accompagné et stimulé l’activité économique. Ainsi en a-t-il été à une époque plus récente de l’industrie cinématographique. Le cinéma américain est un produit d’exportation de première importance et fort lucratif. Le cinéma québécois, sans doute de moindre envergure, assume aussi la fonction de moteur de l’économie, tout comme la télévision, les salles de spectacle, les centres d’art. Un musée de l’envergure du Musée de la civilisation de Québec attire plus de visiteurs et engendre plus de retombées économiques que ne le fera jamais un grand amphithéâtre voué au sport commercial.

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L’accessibilité au savoir, outre sa finalité sociale, est une clé de la croissance économique. Abordée sous cet angle, l’imposition de droits de scolarité à l’université revêt la dimension d’une problématique collective. C’est l’ensemble de la société qui se portera mieux quand on permettra à tous ceux qui ont les aptitudes requises d’accéder à l’université sans avoir à acquitter des droits de scolarité onéreux, voire de profiter d’une gratuité totale. Un tel investissement social devient générateur de retombées économiques substantielles dont bénéficieront tous les citoyens.

Reste à savoir qui, à court terme, assume le coût de l’investissement. Cela requiert un débat de société que l’autorité politique a le devoir de faciliter. Un débat où l’occasion sera aussi donnée de discuter de la véritable mission de l’université.

FAUT-IL AVOIR PEUR ?

Dans une entrevue accordée au journal Le Figaro ( 8 octobre 2011) le journaliste américain Christopher Caldwell a prédit que, face la poussée de l’islam, la France va imploser dans quinze ou vingt ans. Son argument-clé : « Quand une culture peu sûre d’elle-même, malléable et relativiste, rencontre une culture ancrée, confiante et renforcée par des doctrines communes et surtout religieuses, c’est généralement la première qui change pour s’adapter à la seconde, car elle a perdu les moyens de réagir ». Une thèse qu’il a développée dans un livre-choc paru à l’époque.

Pas très optimiste comme perspective. Mais le diagnostic appelle des nuances. Voyons de près.

Pour certains la malléabilité renvoie à la mollesse. Mais elle peut aussi connoter une capacité d’intégration culturelle, comme celle qui a contribué à enrichir les cultures européennes, particulièrement la culture française. Le relativisme, qui affecte les valeurs, peut miner l’identité culturelle, mais il n’est ni impératif ni incontournable. La poussée de l’islam peut inciter à développer une conscience plus éveillée de la spécificité de la double identité gréco-latine et judéo-chrétienne qui caractérise les sociétés occidentales. Double identité qui se concrétise à la fois dans l’humanisme chrétien et dans une laïcité ouverte et intelligente. Ce qui peut développer un sentiment de prééminence qui fait grandir la confiance. Ce qu’il faut craindre, c’est moins l’assaut culturel et social de l’islam que la superficialité qui affecte des sociétés occidentales inconscientes de la richesse et des valeurs de leur héritage culturel et religieux. Le manque d’enracinement dans son propre terreau culturel comporte plus de risques que le déploiement de signes extérieurs issus d’une culture étrangère.

Ce qui importe, c’est moins de cultiver la peur que de s’enraciner en profondeur et de renouer avec son propre héritage. Ainsi on fortifie ses racines et on se donne des ailes pour l’avenir.

ENFANTS ASSASSINÉS

Un enfant meurt de faim dans le monde toutes les cinq secondes, nous dit Jean Ziegler, qui fut pendant neuf ans rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation (Voir LE DEVOIR, 3 avril 2012). Grâce aux ressources agricoles disponibles, on pourrait alimenter douze milliards de terriens. Or la population actuelle du monde totalise sept milliards d’habitants. C’est pourquoi, conclut-il, « aujourd’hui un enfant qui meurt de faim est un enfant assassiné ». On est donc en droit, à son avis, de parler de crime contre l’humanité.

Divers facteurs sont à l’origine de cette situation catastrophique. Ziegler en mentionne cinq : spéculation sur les aliments de base ; production de biocarburants ; dumping de produits agricoles subventionnés ; endettement des pays pauvres ; achats et locations à long terme de terres arables africaines, sud-américaines et sud-asiatiques par des fonds souverains et des sociétés transnationales. Les conflits armés, les mauvaises conditions climatiques et les gouvernances ineptes viennent simplement alourdir une situation qui est en elle-même porteuse d’un désastre.

Lors d’une prise de parole antérieure à laquelle j’avais fait écho (voir Bloc-notes, mai 2008), Ziegler avait décrit comment le Fonds monétaire international et plusieurs pays riches s’étaient entendus pour obliger les paysans des pays pauvres à donner la priorité aux produits destinés à l’exportation et pour imposer aux marchés nationaux un régime de libre concurrence échappant à toute régulation. On a ainsi ouvert la porte à des transnationales qui ont inondé les marchés du tiers monde de produits généreusement subventionnés et dont le bas prix artificiel faussait les mécanismes du marché. D’où le recul des cultures vivrières, le dépérissement de l’agriculture, l’abandon des terres agricoles et l’émigration vers les zones urbaines. Les perturbations climatiques n’ont fait qu’aggraver les choses.

Quand, tel un prophète prêchant dans le désert, Jean Ziegler proposa devant l’Assemblée des Nations unies qu’on amorce une réforme agraire, on lui tomba dessus au nom du respect des lois du marché. A noter, parmi les pourfendeurs, les ambassadeurs des Etats-Unis et du Canada. Comme quoi ceux qui participent à des crimes contre l’humanité ne savent pas toujours ce qu’ils font.

RICHESSE INDÉCENTE

Il est président et directeur d’une grande entreprise. On le limoge, car on estime qu’il a cautionné des opérations financières douteuses. Il reçoit une allocation de départ qui atteint plusieurs millions $. Il va rejoindre le club select de multimillionnaires qui, grâce à la complicité de collègues complaisants, se sont attribué des salaires faramineux. Certains nouveaux riches ont été récompensés parce qu’ils avaient supprimé des emplois et créé du chômage. La fine pointe du néolibéralisme.

Ainsi va l’économie sans régulation. La ploutocratie remplace l’aristocratie des temps anciens. Les classes sociales se restructurent, de haut en bas. Car la création des classes est une invention des plus nantis, pas des pauvres. Quand ils ébranlent l’ordre social en s’attribuant une part indécente de la richesse collective les ploutocrates sèment les germes d’une lutte des classes.

Il est vrai que les moins nantis sont patients, parfois résignés. Mais cette résignation connaît des limites. On peut prévoir que les gens ordinaires en viendront à vouloir mettre un frein à l’appétit insatiable de nouveaux multimillionnaires qui ne semblent pas voir qu’il y a des limites à la richesse indécente.

CHRISTIAN DANS LA FOSSE AUX LIONS

À peine nommé, le nouvel archevêque de Montréal a accepté d’affronter les libres esprits qui forment l’aréopage de Tout le monde en parle. Il s’en est bien tiré, quoique sans éclat. Réussir à ne pas commettre de faux pas dans un contexte pareil, c’est déjà une sorte d’exploit.

Ceux qui ont accueilli l’archevêque Christian m’ont paru obsédés par les questions de sexualité, particulièrement celle de l’homosexualité. Ils semblent considérer l’autorité ecclésiale comme une institution spécialisée dans le domaine du sexe. À croire que  l’activité pastorale de l’Eglise soit centrée et concentrée sur de telles questions. A moins qu’on doive plutôt déduire que ces beaux esprits ne pensent point à autre chose, pareils à  ces prédicateurs de jadis qui donnaient l’impression que la morale sexuelle forme le fil conducteur du message évangélique.

L’archevêque Christian aurait sans doute aimé qu’on parle d’autre chose, par exemple de liberté de conscience et de religion, des inégalités sociales, du droit à la vie, de développement solidaire, de civisme, et j’en passe. Ce qui aurait été possible si ses interlocuteurs eussent montré de l’intérêt pour de telles questions.

QUAND ON PARLE DE VALEURS

Les débats sur les  valeurs resurgissent sans cesse. Il en est ainsi en fonction du cours des événements.  Il y a quelques années Alain Etchegoyen avait questionné la valse des éthiques. On pourrait aussi bien parler de la valse des valeurs. Suffit que survienne  un incident parfois dérisoire, telle l’apparition de  viande halal sur le marché, pour qu’on se mette à parler de confrontation des  valeurs. On tend à coller l’étiquette valeur  à toute  expression identitaire, à n’importe quelle coutume particulière.

Dans une perspective relativiste  les valeurs  sont perçues comme fluides, semblent émerger selon les caprices de l’histoire,  en fonction des cultures, au gré de la mode. Comme si chacun pouvait s’inventer des valeurs selon les circonstances.  Mais il y a une autre manière d’interpréter le déroulement de l’histoire. Celle-ci, nonobstant  la vision relativiste,  apparait comme le creuset où les valeurs prennent forme, se cristallisent, progressent à partir des expériences collectives, le plus souvent à travers des épreuves et des tragédies, comme ce fut le cas lors de la deuxième Guerre mondiale et des années qui ont suivi. Elles apparaissent  alors  comme un gain précieux, une avancée humaniste. Elles revêtent une dimension universelle et ne sont l’apanage d’aucune  nation. Voilà pourquoi il m’apparaît prétentieux de parler de valeurs canadiennes ou québécoises. Vaut mieux parler de valeurs universelles dont on croit devoir souligner  la présence, le culte, l’influence bénéfique au Canada ou au Québec. Et cela à des degrés variables.

Dans des pays considérés comme ayant atteint un niveau enviable de civilisation certaines valeurs imprègnent  de façon notable  la vie en société : le droit à la vie et le respect de la vie, l’égalité de l’homme et de la femme, le respect de l’intégrité physique et morale, la primauté de la justice sociale, le culte  des libertés démocratiques. On peut parler dans ces cas d’avancées historiques que l’on trouve inscrites dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948.

Il existe aussi des antivaleurs. On pourrait considérer comme telles : les inégalités sociales,  le redressement de l’économie sur le dos des plus démunis ;  la prolétarisation morale et spirituelle dans les sous-cultures de consommation ; la liberté sexuelle aux dépens des êtres sans défense, des enfants, etc. ;  la violence en tant que médiation normalisée dans les rapports entre les individus, les groupes sociaux, les nations ; la croissance économique fondée sur la destruction de l’environnement et le gaspillage des ressources naturelles.

Qu’une société cultive certaines valeurs de façon particulière, cela peut s’expliquer par la culture ou encore par des parcours historiques particuliers. Telle par exemple la ténacité, la volonté de survivre à travers les épreuves. Ainsi pourrait-on considérer comme valeur l’extraordinaire capacité de résilience  du peuple polonais. Mais il serait approprié d’appliquer le qualificatif valeur moins à cette résilience qu’aux énergies morales et spirituelles qui en furent la source, au premier rang à la grande fierté collective et aux  convictions religieuses des hommes et des femmes qui ont construit la nation polonaise

On n’invente pas des valeurs à son gré. Les valeurs authentiques ont un fondement objectif, discernable à partir de la droite raison, des expériences vécues, de traditions religieuses particulières. En Occident, ces trois sources se sont tantôt confrontées,  tantôt concertées, pour aboutir à un consensus relatif, quoique laissant place à des divergences qui font l’objet de débats récurrents. Ainsi continue-t-on de discuter d’avortement, d’euthanasie, ou encore  de définition du mariage .Mais  ces débats  contribuent moins à ciseler l’image des sociétés modernes que des valeurs sociales unanimement reconnues et inscrites dans des chartes, telles le droit à la vie, l’égalité, la justice sociale,  les libertés démocratiques, la liberté de conscience et de religion.

Il est souhaitable  que les débats sur les valeurs atteignent une certaine profondeur  et qu’on n’applique pas  l’étiquette valeur à n’importe quel produit de l’activité humaine. La viande halal ne soulève pas une question de valeur, pas plus que le poisson qu’autrefois les chrétiens du Québec s’imposaient de manger le vendredi et en temps de carême. Il en est autrement de la liberté religieuse,  de la liberté de conscience et de la liberté tout court.

SI l’EGLISE, C’EST NOUS …

Denis Paquin, o.m.i

Défis d’une évangélisation « nouvelle » et «autre »
Collection Héritage et projet
Montréal, Fides, 2011

Selon l’auteur, « un modèle historique de l’institution est en train de mourir et un autre est en train d’advenir, tout comme au temps de Jésus et de l’ère apostolique de la fondation de l’Eglise ! »( p.234) Ce qui est en train de mourir, explique-t-il, c’est l’appareil de pouvoir, la centralisation romaine, la tentative de restauration et du retour en arrière amorcée au lendemain de Vatican 11. Ce qui est en train d’advenir, c’est la montée du Peuple de Dieu en marche, l’émergence de communautés de croyants où la pratique de la liberté chrétienne éradiquera peu à peu un asservissement spirituel malsain.

Vatican 11 fut un printemps, un court printemps pour l’Eglise, selon Denis Paquin. Il partage le point de vue de Jacques Grand’Maison, qui voit dans ce concile une « brèche historique » vite récupérée par le « monolithisme romain » et qui constate (cité,p.213) que « l’Eglise d’ici n’a jamais été aussi téléguidée de Rome depuis les dernières années avec un cumul de décrets prescriptifs tatillons et péremptoires(…) loin de l’esprit de l’Evangile , de Vatican 11 et de ses promesses, de la situation historique actuelle comme appel à de profondes mutations du style de l’Eglise et de la pensée chrétienne. Si bien qu’on peut se demander si le dernier concile n’a pas été qu’un bref intermède dans la longue foulée de la crise du modernisme depuis le XIXème siècle ».

Denis Paquin décrit mieux ce qui est train de mourir que ce qui est en train d’advenir. Ce qui est normal, puisqu’on ne peut prédire avec exactitude à quoi ressemblera le nouveau visage de l’Eglise peuple de Dieu. Des signes de renouveau surgissent ici et là. L’Esprit souffle où il veut, même à Rome. Jean XXIII a créé une grande surprise en convoquant Vatican 11. Accédera peut-être au souverain pontificat un autre pape au profil modeste qui débloquera le processus amorcé avec le dernier concile et que des apparatchiks romains tentent de freiner. Dans l’attente de ce moment de grâce les tentatives d’aggiornamento se multiplient au sein du Peuple de Dieu. L’auteur lui-même en constitue un exemple. Il porte un regard empreint d’espérance sur le tournant historique dans lequel sont engagés des chrétiens au sein d’un monde qualifié de postmoderne et postchrétien.

L’Eglise dont il parle, c’est en priorité celle dont le Saint-Siège constitue le centre et le symbole d’unité. On a l’impression qu’il attend peu d’une nouvelle catholicité englobant le réseau des Eglises chrétiennes, particulièrement la chrétienté orthodoxe et les grandes confessions protestantes. En revanche, il semble compter beaucoup sur l’apport éventuel des grandes traditions religieuses non-chrétiennes. La spécificité chrétienne qui marque le déroulement de l’histoire semble pour lui facilement contournable.

« Si l’Eglise, c’est nous… » propose une réflexion audacieuse, nourrie de l’apport de théologiens modernes qui n’ont pas attendu une permission venant d’en haut pour jeter un regard neuf sur la vie ecclésiale ; un regard éclairé et stimulé par le précieux intermède qu’aura été la grande rencontre de Vatican 11.

DE L’ARTISANAT À LA FRAUDE ORGANISÉE

Il fut un temps jadis où les mœurs électorales québécoises faisaient la manchette dans les médias. J’étais de ceux qui déploraient le manque de civisme qui affectait la vie politique. Mais je constate que ce je dénonçais alors avec d’autres apparaît, avec le recul du temps, comme de l’artisanat si on le compare avec ce qui s’est produit au Canada anglais le printemps dernier. Une fois de plus, diront certains avec humour, nous sommes dépassés par l’Ontario. On est sidéré face au spectacle de l’immense machinerie des appels téléphoniques trompeurs qu’on a mise en œuvre là -bas dans le but de priver des citoyens de l’exercice de leur droit de vote. On s’est évertué, froidement et cyniquement, à fausser le processus démocratique et ainsi empêcher des milliers d’électeurs de choisir librement leurs représentants.

Faut bien le reconnaître : la démocratie constitue un acquis historique jamais parachevé. C’est vrai ici et ailleurs. Le modèle américain fonctionne à coups de millions $, voire de centaines de millions$. Les élections en Russie dégagent une forte odeur de fraude. Dans certains pays on remplit d’avance les urnes pour assurer la victoire. Ailleurs, on emprisonne les adversaires politiques pour qu’ils ne puissent faire campagne. Nombreux sont les Etats où la soif du pouvoir prend le dessus sur le droit du peuple de choisir ceux qui exerceront l’autorité.

C’est le civisme, tant chez les acteurs politiques que chez les citoyens ordinaires, qui garantit le bon fonctionnement du processus démocratique. Ce substrat moral ne prend pas racine spontanément. Et il est sans cesse menacé par l’émergence de comportements qui portent atteinte au bien commun. C’est pourquoi le combat pour la démocratie ne connaît pas de cesse. Ce que vient de nous rappeler le scandale des appels téléphoniques.

UNE MOSQUÉE ICI, UNE ÉGLISE LÀ-BAS

Une mosquée dans le quartier Saint-Sauveur, à Québec. Elle s’ajoute à une autre, érigée à  Sainte-Foy. Pourquoi pas,  si cela répond à un besoin et à une  demande de croyants musulmans ?

Ces temps-ci, on parle beaucoup d’interculturalisme. Les lieux de prière en fournissent une image concrète.  On peut espérer  que ce rassemblement pour la prière du vendredi près de l’église de Saint-Malo pourra contribuer à tisser des liens avec la population du voisinage, héritière d’une tradition religieuse de souche catholique que Roger Lemelin a décrite avec humour dans  Au pied de la pente douce.

Ces musulmans de bonne foi et pacifiques  pourront se rassembler en toute sécurité  sans avoir à craindre des attentats fomentés par des groupes d’extrémistes. Je souhaite que dans tous les pays à majorité musulmane les chrétiens aient aussi le droit de se réunir en toute tranquillité dans une église et puissent le faire sans risquer leur vie et celle de leurs familles. L’ouverture d’esprit et le respect des différences dont font preuve les gens  d’ici envoient  un message à des sociétés intolérantes où des chrétiens sont en butte à des sévices de tous genres, incluant des menaces de mort et des atteintes à la  vie.  Le «  vivre ensemble » se porte mieux quand il se pratique dans la réciprocité.