UN SYSTÈME DÉGLINGUÉ?

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt le reportage intitulé Un dimanche dans un CHSLD près de chez vous, dans Le Soleil du 22 octobre. Avec beaucoup d’intérêt mais non sans un certain effroi puisque j’ai atteint un âge où je risque de devenir un jour le bénéficiaire (ou l’otage?) de ce genre d’institution.

Il est paradoxal que pareille situation perdure alors qu’on supprime des postes dans le réseau de la santé et que le gouvernement en place enregistre des surplus budgétaires substantiels Si bien qu’il lui faut désormais imaginer de nouvelles dépenses susceptibles de plaire à l’électorat en prévision d’un prochain scrutin.

Les usagers des CHSLD n’ont pas grand moyen de se faire entendre. Heureusement que l’auteure de ce reportage, Mylène Moisan, leur a donné une voix. On se doit de la remercier.

LA PAIX EN DANGER

Le comportement du président nord-coréen Kin-Jong-Un a de quoi inquiéter. Mais pas plus que celui du président américain Donald Trump. Ce dernier a menacé de détruire toute la Corée du Nord si le dénommé Kin-Jong-Un devenait trop menaçant L’affrontement est pour le moment verbal  mais déjà lourd de risques car poussé à l’extrême.

On est loin  de cet épisode de la guerre froide où dirigeants  américains et soviétiques avaient multiplié les efforts en vue de réduire les tensions provoquées par le projet du Kremlin de livrer des missiles au gouvernement cubain. Les deux camps firent preuve de responsabilité, conscients des risques incalculables qu’un conflit armé aurait entraînés à l’échelle de la planète.

On sait que lors de cette crise le pape Jean XXIII avait joué un rôle important, celui d’un médiateur discret et efficace. Je souhaite que face à la nouvelle crise les évêques catholiques  américains interviennent dans l’espoir de calmer un président qui a perdu les pédales. Ils pourraient s’inpirer de la remarquable Lettre collective sur la paix que leurs prédécesseurs ont publiée en 1983, sous le titre Le défi de la paix : la promesse de Dieu et notre réponse.  Une telle intervention apporterait du concret aux prières pour la paix que récitent les fidèles lors des célébrations eucharistiques.

UN  RÊVE AMÉRICAIN

Les nouvelles en provenance des Etats-Unis permettent de constater que le racisme pratiqué envers les Noirs y est toujours prégnant et qu’il empoisonne la vie quotidienne. L’arrivée au pouvoir du président Trump semble avoir donné un nouvel élan à des groupes extrémistes qui prônent la suprématie blanche. Comme si les citoyens de race noire étaient coupables de l’envahissement d’un territoire réservé à des Blancs.

Or les Afro-américains n’ont pas envahi les Etats-Unis et n’ont usurpé la place de personne. Victimes de la traite négrière, ils ont été importés contre leur gré. Leurs descendants ont cherché à se libérer progressivement et de façon non-violente de cet état de servitude. Leur rêve, c’est celui que Martin Luther King a proclamé et rendu célèbre lors de la marche historique et pacifique qui eut lieu à Montgomery,en Alabama, en 1955.

Ce sont plutôt des excuses qu’on devrait attendre de la part des partisans de la suprématie blanche, non des brimades, des sévices et la perpétuation de situations injustes.Des excuses qui annonceraient un virage historique, le début d’un temps nouveau. Un virage qui s’impose, car la paix sociale et la stabilité de la démocratie américaine dépendent en grande partie de l’instauration de rapports nouveaux, vraiment fondés sur la  justice , entre les héritiers des dominateurs blancs et les victimes de décennies de servitude. Ainsi se rapprocherait-on du rêve de  Martin Luther King.

BIENVENUE CHEZ NOUS

Les migrants qui nous arrivent d’Haïti apportent avec eux un bagage précieux. Ils parlent français, sont  jeunes, ont des enfants, sont prêts à travailler et à prendre la relève au sein d’une population vieillissante. Un vrai cadeau que  nous devons à l’ineffable et  imprévisible monsieur Trump.

Voilà ce qui devrait de prime abord retenir notre attention plutôt que de débattre de lois et de réglementations. Il est vrai qu’il faut des normes qui régissent l’entrée au pays, non moins au Québec qu’ailleurs dans l’espace canadien.Mais les dites normes ne sont pas immuables et ne doivent pas nous faire perdre de vue les enjeux importants  concernant la société d’ici. Or l’avenir du français, la relève des générations et l’apport de jeunes travailleurs sont des enjeux majeurs. Les lois et les réglementations doivent en tenir compte.

Se pose aussi la question du devoir de solidarité. « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli », lit-on dans la Bible. C’est plein d’actualité, ce verset évangélique.Il peut éclairer notre vision des choses et guider notre comportement.

DE LA HAUTE VOLTIGE

Le Devoir du 4 mai nous initie à la prose d’un sociologue qui, faisant preuve d’une hardiesse  intellectuelle peu commune, établit des liens entre l’attentat à la mosquée de Québec, les intégristes catholiques, l’Opus Dei, la Fraternité Saint-Pie X, les soldats d’Odin  et tutti quanti. Il dénonce un  monde de culture et de traditions chrétiennes qui, sous de multiples étiquettes, abriterait une sorte de terrorisme diffus dont on feint d’ignorer l’existence alors qu’on ne cesse de s’en prendre au terrorisme islamique, lequel ,tout compte fait, ne serait pas si menaçant qu’on le laisse entendre.

La démonstration dudit sociologue est époustouflante. On demeure pantois devant  une telle lecture de l’histoire et des faits. Faut être un savant peu ordinaire pour se lancer  dans une acrobatie aussi risquée. Quoi qu’il en soit, il convient de lui reconnaître le mérite d’une belle capacité d’invention.

LA CLASSE MOYENNE

Sorte de mythe nouveau, ce concept de classe moyenne qui envahit le discours politique à la mode.

Elle n’est pas facile à définir,  à circonscrire, à situer où elle loge, cette classe moyenne.  Autrefois, on aurait plutôt parlé de petite ou de moyenne bourgeoisie, des gens qui avaient  la chance d’échapper  à la pauvreté, de vivre au-dessus d’un minimum dit vital, de jouir d’une relative liberté économique. Tout en se résignant à ce qu’une large frange de la collectivité se contente de ressources insuffisantes; des gens dont laissait entendre  parfois qu’ils étaient nés pour un petit pain.

Justin Trudeau voit  dans la classe moyenne l’indicateur premier de la santé économique. C’est sa façon à lui de voir les choses. Mais il y a  une autre manière de voir. Elle  consiste à mesurer la valeur du  progrès humain en tenant compte prioritairement de la manière  dont la richesse collective est répartie. La présence d’une classe moyenne en croissance  peut être vue comme  un signe de santé économique, mais la réduction progressive de la pauvreté constitue un indice plus significatif, car  porteur  d’une dimension humaine et sociale que ne garantit pas la seule présence  de la classe bourgeoise.

CES MILLIONS QUI DÉFILENT

Je regarde passer sous mes yeux des millions, plusieurs centaines de millions de dollars qui transitent du trésor public vers des entreprises  privées dans le but, louable en soi, de créer ou de protéger des emplois et de soutenir des entreprises en difficulté. Cela fait partie d’une politique économique à la mode dans de nombreux pays; une politique qui,   semble-t-il,  reçoit l’aval de la majorité des contribuables.En fait, beaucoup parmi ceux-ci ont le sentiment, à tort, que de toute façon ils n’y peuvent grand-chose.

On est témoin d’un transfert discret de propriété où des contribuables se trouvent à subventionner des entreprises et leurs actionnaires De ce transfert les uns sortent moins riches ,les autres en meilleure posture. Mais on nous dit, invoquant la théorie du ruissellement, qu’à la fin tout le monde sera gagnant puisque l’économie se portera  mieux.

Le citoyen ordinaire voit passer le défilé et  constate qu’il emprunte toujours  la même direction. Il rêve du jour où le courant s’inversera et où ceux qui profitent du système actuel  retourneront au trésor public ce qui  appartient à tout le monde. Il y a là une facette de la justice distributive qu’on est porté à oublier.

POUR MIEUX COMPRENDRE LE CONFLIT ISRAÉLO-PALESTINIEN

L’ouvrage de synthèse Israël et la Palestine, qu’a publié Guy Durand (Editions des oliviers, 2016), s’avère un outil précieux pour aider à comprendre les origines et la nature de l’interminable conflit qui entretient  l’instabilité au Moyen-Orient et dont la solution conditionne l’instauration d’une paix durable dans cette région.

Richement documenté, le travail de recherche de l’auteur  apporte un éclairage précieux issu à la fois du rappel d’un passé plusieurs fois millénaire et d’une analyse attentive des événements contemporains. L’auteur nous fait remonter jusqu’à Abraham, ancêtre commun des deux peuples,  souligne les événements marquants qui ont influé sur le déroulement de l’histoire au cours des siècles qui ont suivi pour terminer par la description de l’état des lieux tel qu’il s’offre aujourd’hui à notre regard.

Guy Durand propose sept éléments de solution pour résoudre la crise actuelle, le premier étant la reconnaissance de la Palestine comme État de plein droit, cette reconnaissance pouvant être facilitée  par des mesures de boycottage, à l’instar de ce qui s’est produit lors de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud. Autres mesures : l’arrêt immédiat des colonies  de peuplement, le retrait d’Israël des territoires occupés,la reconnaissance de Jérusalem comme ville internationale, l’entente sur les frontières et la relocalisation du Mur(proposition un peu ambiguë ) , l’établissement d’un corridor terrestre entre Gaza et la Cisjordanie, le retour des réfugiés sur leur terre ou leur indemnisation ou une aide pour s’installer ailleurs(autre proposition un peu ambiguë).  Dans l’ensemble, des propositions réalistes,mais que des sionistes qualifieront sans doute d’utopiques ou d’irrecevables. Elles valent qu’on s’y arrête et qu’on en discute.

CHOIX AMBIGUS

Les évêques américains se sont réjouis de la décision du président Trump de supprimer les subventions aux ONG qui incluent l’aide à l’avortement dans les services fournis aux femmes dans les pays en développement. Or la décision du président trublion compromettra l’application d’autres mesures visant à améliorer le sort de femmes qui supportent des conditions de vie parmi les plus pénibles. Ces femmes font partie des « périphéries » dont parle le pape François et dont le sort doit, selon lui, nous préoccuper en tout premier lieu.

Qui plus est et qu’ils le veuillent ou non, les éminents prélats, en faisant ce choix, donnent  de la légitimité à un politicien intempestif et dangereux dont les décisions mettent en péril des avancées sociales majeures, voire le fonctionnement normal de la vie démocratique. Ils se trouvent à mettre  en question une politique sociale sans doute imparfaite mais qui ne se réduit pas à la seule question de l’avortement. Au fait, l’éthique sociale chrétienne inclut d’autres composantes, telles  par exemple la protection de l’environnement, dont le président Trump se fiche allègrement, ou encore le refus de la torture, que ce même président considère acceptable en certaines circonstances. Nul doute que les évêques américains ont quelque chose à dire en ces matières et peuvent  parler d’autre chose que d’avortement.

LES PERSÉCUTIONS CONTINUENT

Dans un bloc-notes du mois de février 2010 je soulignais la gravité des persécutions dont sont victimes de nos jours les chrétiens à travers le monde.Voici qu’un rapport récent de l’Agence Fides vient de confirmer que la situation perdure. En sont victimes plus de 215 millions d’hommes et de femmes qui témoignent de leur foi en Jésus-Christ. On dénote une cinquantaine de pays qui, à des degrés divers, tolèrent et même organisent ces atteintes aux droits humains. Se situent en tête de liste plusieurs pays du Moyen-Orient, l’Afghanistan, la Somalie, le Soudan, l’Erythrée, le Pakistan; s’ajoutent la Corée du Nord, la Chine, le Vietnam et de nombreux autres pays dont certains reçoivent une aide humanitaire fournie par des organismes d’allégeance chrétienne.

Il est à l’honneur de l’humanisme chrétien que des témoins de la foi persistent à afficher leurs convictions dans des conditions pareilles. Mais il est moins honorable que des décideurs politiques ou économiques de pays démocratiques se comportent comme si ces abus et ces sévices n’existaient pas . Il appert que les droits humains perdent de leur importance quand se présentent des occasions de signer des accords commerciaux lucratifs. On admire le courage des victimes de persécutions, mais on ne semble pas prêt à leur porter secours en intervenant auprès de ceux qui les persécutent. Cela, paraît-il, irait à l’encontre du réalisme politique et des exigences de l’économie.