A la mémoire de Louis O’Neill

Notre famille souhaite célébrer avec vous la mémoire de Louis O’Neill.

Nous disons célébrer, parce que bien que ce soit évidemment une immense tristesse de le voir nous quitter, il le fait au terme d’un long et remarquable parcours de vie. Nous avons été privilégiés de l’avoir eu pendant de très longues années, et de le voir jusqu’à la fin alerte, serein, optimiste, espiègle et amoureux.

Sa jeunesse

Notre père a grandi à Sainte-Foy, à la gare de train Bridge, près du pont de Québec. Son père Thomas était chef de gare, et sa mère Alexandrine Lafontaine chef d’une famille de 13 enfants vivant au 2e étage de la gare et ayant fait son royaume de l’immense terrain adjacent.

Il a grandi dans une famille ni riche, ni pauvre, qui fréquentait quotidiennement des gens de tous les horizons, chaque train amenant son lot d’histoires, d’espoirs, et de survivants à la crise des années 30. Une famille où l’on aidait les défavorisés, où l’on respectait la fierté des gens, où la solidarité était forte, discrète et naturelle.

La prêtrise

En 1950, après ses études en théologie au Séminaire de Québec et à l’Université Laval, il fut ordonné prêtre. Il compléta dans un 2e temps des études à l’Université Angelicum à Rome et par la suite à l’Université de Strasbourg. Tout au long de sa vie, il enseigna la philosophie, l’éthique sociale et la théologie.

En 1956, il publia avec l’abbé Gérard Dion un texte, « Lendemain d’élections », au lendemain de la réélection de l’Union nationale de Maurice Duplessis. Il y dénonça l’immoralité politique, la fraude électorale et l’utilisation de la foi par le pouvoir. Ce texte, d’abord repris par le Devoir et largement publicisé par plusieurs medias, fut considéré comme l’un des coups de boutoir fondateurs de la Révolution tranquille. Il fut suivi de deux livres, le Chrétien et les élections et le Chrétien et la démocratie.

Il avait alors 31 ans. À une époque qui fut par la suite appelée la grande noirceur, où le réflexe naturel du Canadien français était de ne pas faire de vague, il n’a pas hésité à sortir du rang, malgré Duplessis, malgré les conséquences possibles de ce geste alors qu’il était prêtre. Ce geste reflète précisément Louis O’Neill. Le courage d’agir conformément à ses principes, peu importe les conséquences, peu importe les vents contraires.

Tant comme prêtre que dans la deuxième partie de sa vie, notre père a consacré sa vie au progrès social. Il croyait en la solidarité à la base d’un projet social : transmettre la vie, éduquer, assurer la croissance humaine.

Il a aussi choisi l’engagement de la paix. La paix pour le progrès des peuples, mais surtout pour les gens ordinaires. Ceux qu’on conscrit, ceux à qui on prescrit l’impôt du sang, ceux qu’on envoie tuer et se faire tuer sans leur demander leur avis.

Il était un prêtre avant-gardiste pour son époque. En 1960, il donnait des conférences pour sensibiliser à la nécessité pour les femmes de participer à la vie politique. Tout au long de sa vie, il a été moderne.

Sa démission

Dans les années 1970, il décida d’abandonner le statut de prêtre pour revenir à celui de laïc. Pour notre père, ce fut « un choix qui s’est produit au terme d’une longue réflexion et non sans déchirement » (Les Trains qui passent, p.144)

Ce choix a été déterminé par l’amour d’une femme, Michèle Castonguay, celle qui allait partager sa vie pendant plus de 45 ans, et ce jusqu’au dernier souffle. Dans un de ses livres, les Trains qui passent, il écrit: « Une femme que l’on aime, la chance extraordinaire d’avoir des enfants, un foyer devenu un milieu de vie accueillant: des signes qui témoignent d’une bienveillance venue d’en haut et indiquent, me semble-t-il, que [mon] changement de créneau n’a pas été le signe d’un échec, mais plutôt le résultat d’une grâce imprévisible et inattendue » (p. 146).

Louis O’Neill a quitté l’Église, mais l’Église ne l’a jamais quitté. Il n’a « jamais cessé d’estimer et d’admirer les confrères prêtres dévoués à l’enseignement ou au ministère pastoral dans les paroisses, leur disponibilité, leur engagement social, leur espérance tenace ».  Il est toujours resté un homme d’Église, défendant ses réussites et les milliers de femmes et d’hommes y œuvrant avec cœur, bonté, générosité, tout en étant sans complaisance avec ses erreurs et ses errements, et en militant pour les réformes qu’il jugeait nécessaires.

Notre père n’a jamais perdu la foi. Elle a toujours été au cœur de sa vie, de ses choix, de son être. Quand on lui demandait pourquoi il croyait en Dieu, quel était le fondement de sa foi, il nous disait: « la vie, la nature et tout ce qui nous entoure, c’est si bien fait, si bien pensé, que cela ne peut pas être le fruit du hasard. Il doit y avoir quelqu’un derrière tout ça. Et parce que la vie est si bien faite, et parce qu’il y a tant d’injustices dans le monde, il doit y avoir un «après», une autre vie, afin de rendre juste ce qui a été injuste ».

Le Québec et la politique

Notre père était amoureux de la société québécoise, conscient de ses forces, de ses faiblesses, de ses réflexes résultant de 200 ans de passé colonial, de ses contradictions, mais surtout de sa résilience, de sa volonté de survivre, et de son envie de grandir.

Il a toujours été d’avis que la diversité culturelle et sociale constitue une richesse de l’humanité. Membre fondateur des Amitiés judéo-chrétiennes dans les années 50, il a beaucoup œuvré pour le rapprochement des communautés juives et chrétiennes, et pour la lutte contre l’antisémitisme. Il a toujours vu le Québec comme une terre ouverte, une terre dont l’avenir passe par l’immigration et l’inclusion.

Il était conscient, cependant, que comme Fernand Dumont le soulignait, « La prise de conscience de soi est condition d’ouverture à l’universel ». Cette prise de conscience de soi, il la considérait nécessaire, et toute sa vie il mènera par l’exemple afin de mener les Québécois à se décomplexer, à s’affirmer, à dompter ce vieux réflexe intérieur qui les retient souvent.

Ces réflexions et bien d’autres ont mené notre père à conclure qu’il était nécessaire de s’engager dans la construction d’un nouveau projet collectif, reflétant mieux l’histoire, la culture et les aspirations particulières des Québécois. Le projet indépendantiste est la raison principale qui l’a mené à participer activement à notre vie politique.

En 1973, il se présente dans le comté de Mercier, alors détenu par le premier ministre Robert Bourassa, contre lequel il a mené une très chaude lutte. On l’a vu, il n’avait pas froid aux yeux.

En 1976, il se présente dans le comté de Chauveau. Il est élu et devient membre du premier gouvernement de René Lévesque. Il y occupe les fonctions de ministre des Affaires culturelles et ministre des Communications. Il participe notamment aux travaux préparatoires ayant conduit à la présentation du projet de la Charte de la langue française, la loi 101.

Il était à l’aise avec les chefs d’État tout autant qu’il était véritablement intéressé par le quotidien des gens les plus simples. Les agriculteurs lui étaient tout aussi importants et sources de sagesse que les grands universitaires. Pour lui, la valeur des gens découlait de ce qu’ils étaient, et non de ce qu’ils représentaient.

La Famille

Après le référendum de 1980, notre père choisit de ne pas se représenter, et de retourner à l’enseignement, une passion qui l’habitait alors qu’il était prêtre. Ma sœur et moi étions alors en très bas âge, et nous avons eu la chance extraordinaire, que nous ne réalisions pas assez à l’époque, de l’avoir pour nous.

C’est à l’âge adulte qu’on se rend compte de l’héritage et des valeurs que nous ont laissé nos parents. Ces valeurs, elles sont principalement transmises par l’observation, par l’exemple, par le non-dit.

Nos parents nous ont fait comprendre qu’il faut mener par ses actes. L’important est la cause, et non l’individu. Vivre en fonction de nos valeurs, et non du regard des autres. Faire le bien sans rien attendre en retour, sans s’en vanter et avec humilité. Donner simplement parce que c’est bien de donner. Ne jamais se plaindre et toujours être reconnaissant pour ce que nous avons.

Nous avons eu le privilège d’être comblés d’amour, de confiance, de patience, de douceur et de savoir. Chaque souper de famille impliquait une discussion sur un sujet d’actualité, ou encore un débat historique ou politique. Chaque aventure ou mésaventure finissait par un mot tendre empreint d’humour et de sagesse. Chaque journée avec lui fut une opportunité de réfléchir, de s’exprimer, de partager et d’écrire. Notre père fut un modèle que nous nous efforçons de reproduire avec ses petits-enfants, Paul, Victor, Henri et Philippe.

Il fut aussi une ancre, un socle, ou encore une présence paternelle pour plusieurs cousines, cousins et tantes qui nous ont témoigné l’importance qu’il avait eue dans leur vie.

Et que dire de l’amour, si rare et si pur, envers notre mère Michèle, la femme de sa vie. 45 ans d’amour, de tendresse et de complicité. Jamais de chicane. Le plus bel exemple que l’on puisse émuler. Si la décision de quitter la prêtrise fut difficile, elle fut pleinement justifiée par le fait d’avoir trouvé l’amour de sa vie. Et combien il l’a aimée. Combien il nous a aimés.

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Notre père était fasciné par la vie. Il aimait la contempler dans toutes ses facettes. Un enfant qui rit, une araignée qui tisse sa toile, la bienveillance d’une mère envers ses enfants, l’entraide au sein d’une communauté. Pour lui, la vie était un cadeau dont il n’a jamais cessé de s’émerveiller.

Dans les trains qui passent, Louis O’Neill écrit :

« Le goût de la vie a quelque chose de merveilleux. Il suscite celui de transmettre la vie, de créer, de construire, d’aider d’autres à vivre et à mieux vivre. C’est en dedans de soi, inné, comme une force partagée par tous les êtres vivants, une manière d’affronter la mort inéluctable, une mission assumée en attendant que d’autres prennent la relève.»

C’est à nous, maintenant, de prendre la relève. Dans un monde de plus en plus déréglé, de plus en plus sombre, de plus en plus flou, il existe un chemin, tracé par Louis O’Neill et plusieurs autres, empreint de justice, de progrès, de compassion et d’amour.

Ce chemin, ne le perdons jamais de vue. Et n’oublions jamais ceux qui l’ont tracé.

Marie-Élisabeth et Louis-Martin O’Neill

QUAND  SOUFFLAIT UN VENT DE CHANGEMENT  

 

Pour comprendre ce qui s’est passé le 15 novembre 1976 il est éclairant de jeter un regard en amont, sur les mois et les années marqués par le vent de changement qui avait débuté avec la Révolution tranquille et  continuait de souffler sur la société québécoise.  Le 15 novembre 1976 marque à la fois  un aboutissement et un nouveau départ.La Révolution tranquille poursuit sa route en empruntant un nouveau chemin et en amorçant une nouvelle étape.

Au cours de la période qui a précédé le jour historique du 15 novembre un contexte particulier a pris forme. Il résultait de l’influence  de plusieurs facteurs susceptibles d’alimenter des courants de changement. Le processus s’est étendu sur plusieurs années,  dans le prolongement de la décennie  marquée par l’accès au pouvoir du gouvernement Lesage, en juin 1960.

À l’époque, le pouvoir politique  en place donne l’impression  d’être solidement installé, mais il se révèle faible  face au  courant indépendantiste et à l’action de  mouvements sociaux dynamiques. Il fait aussi preuve de faiblesse face au pouvoir fédéral omnipotent et hautain. C’est le temps du mépris. Demeure dans la mémoire collective l’image d’un Pierre Trudeau qui se moque de Robert Bourassa en le qualifiant  de mangeur de hot-dog.

Un courant indépendantiste dynamique influe sur le cheminement du Parti Québécois.  Il fait sentir sa présence de façon particulière lors du Congrès national de 1974, où l’on consolide le lien  entre l’objectif de la souveraineté et le mécanisme référendaire. On apprend à  conjuguer le  réalisme politique et la fidélité à des convictions de base. Pour sa part, grâce à  son ralliement historique, Pierre Bourgault  joue un rôle crucial dans le regroupement des forces souverainistes. Il aide à faire comprendre que pour se donner un pays il faut d’abord accéder au pouvoir.

L’appui d’intellectuels et d’artistes y a été aussi pour beaucoup dans l’essor  du vent de changement.Son apport  a été précieux. Il semble s’être en partie  dilué au cours des années qui ont suivi.

D’autres facteurs favorables ont influencé le cours des événements. Pensons par exemple au combat mené par les Gens de l’air en faveur du droit de travailler en français dans l’espace aérien québécois. Le conflit ne concernait directement qu’une poignée de travailleurs, mais, symboliquement , il affectait et dérangeait tout le Québec français. Il marquait une sorte de prélude au débat à venir sur le projet de loi 101, qui a donné naissance à la Charte de la langue française.

 

René Lévesque a été la pierre d’angle du changement en cours. Il réunissait un charisme exceptionnel et une expérience politique reconnue. Il représentait une assurance, une caution , particulièrement pour certains électeurs un peu timorés face à la part d’inconnu qu’impliquait  le changement proposé. Car il n’est pas facile de décider de devenir vraiment  maître chez soi après des décennies de dépendance agrémentée de certains avantages. Le charisme personnel et le réalisme politique de cet homme d’État  ont fait en sorte que le changement proposé apparaissait à la fois rationnel tout en étant porteur d’un risque pondérable.

Une convergence de facteurs favorables  a préparé l’heureux événement du 15 novembre 1976. Un bel exemple de conditions gagnantes, diraient certains. Reste à savoir si de nos jours  pointe à l’horizon une autre convergence favorable, laquelle permettrait  à la nation québécoise de franchir une nouvelle étape dans l’accomplissement de son destin.

 

LE SOUVENIR DES CROISADES

Des dénonciateurs de l’islamophobie- réelle ou présumée- nous renvoient au temps des Croisades pour expliquer le phénomène du djihadisme. Selon eux, L’Occident chrétien, par ses expéditions guerrières, aurait laissé dans la mémoire collective musulmane de terribles cicatrices dont on ressentirait encore les effets de nos jours. Un djihadiste serait plus ou moins une sorte de bras vengeur qui se croit envoyé par Allah et qui aurait comme mission de réparer les blessures causées par les Croisades.
À noter au départ que c’est faire preuve de beaucoup de bon vouloir que d’attribuer aux djihadistes un tel intérêt pour l’histoire. Ce qu’on observe d’eux nous renvoie davantage à une filière où prédominent l’gnorance, la barbarie et l’absence d’humanité. On est loin de la chevalerie médiévale.

D’autre part, dans la mémoire collective de la chrétienté occidentale on attribue aux Croisades une importance historique qu’elles n’ont pas. On parlait au début de libérer le tombeau du Christ.Dans les faits, on s’est embarqué dans des tentatives plus ou moins fructueuses visant à desserrer le carcan arabe, ensuite turc, qui étouffait le monde méditarrénéen. Car , à l’époque , l’Occident vivait sous la menace constante de l’hégémonie musulmane. Celle-ci pesait d’un lourd poids sur le pourtour de la Méditerranée. Les pirates arabes effectuaient à leur gré des razzias sur les côtes italiennes ou françaises, enlevaient des chrétiens, particulièrement des femmes, qu’ils revendaient comme esclaves dans des pays musulmans. Une timide réponse occidentale fut la fondation d’un ordre religieux, celui des Servites, voué au rachat des esclaves. En fait, il fut un temps où, pour reprendre le propos d’un observateur arabe, il était imposssible pour un chrétien de faire flotter une planche sur les eaux de la Méditerrannée. C’est donc un Occident assiégé et non impérialiste qui, pour tenter de s’en sortir et sous le couvert d’un projet religieux, se lança dans l’aventure des Croisades.Ce furent des entreprises pas très glorieuses dans leur déroulement et peu fructueuses quant à leurs résultats. Mais le vent tourna avec la reconquête de Grenade et la découverte des Amériques. L’Europe chrétienne cessa alors de vivre quotidiennement sous la menace musulmane, même si celle-ci a fait encore sentir son poids lors de la bataille de Lépante en 1571 et du siège de Vienne, en 1683.

L’Histoire , dit-on, ne repasse pas les plats. Le souvenir des Croisades est de peu d’utilité pour comprendre le terrorisme djihadiste. Sauf peut-être qu’il peut nous aider à prendre conscience du fait que l’Occident, de culture fondamentalement chrétienne, est menacé une fois de plus dans sa spécificité historique par une force extérieure, laquelle se présente sous la forme d’une mixture d’islamisme dévoyé et de violence barbare. Reste désormais à trouver les moyens d’affronter avec succès ce nouveau danger.

LENDEMAIN D’UN DÉBAT  

Le débat qui a conduit à l’adoption de la loi C-14 portant sur l’aide médicale à mourir s’est déroulé dans un climat marqué par la dignité et la  réserve, aussi bien à la Chambre des Communes du Canada qu’au Sénat. Ce qui n’empêche point de s’interroger sur son véritable enjeu et sur ses conséquences éthiques et sociales. Car subsistent des ambiguités et des malentendus qu’il faudra bien dissiper un jour ou l’autre.

Une ambiguité majeure a trait à la signification de l’expression aide médicale à mourir , qui constitue une façon détournée de parler d’euthanasie ou encore de suicide assisté. Elle prête à confusion. Je connais des gens qui s’opposent à l’euthanasie et au suicide assisté mais se déclarent favorables à l’aide médicale à  mourir. Ils confondent celle-ci avec le recours aux soins palliatifs.

Ceux-ci sortent grands perdants du  débat. On les a oubliés. Or ils pourraient  répondre très largement  et mieux que la dite aide médicale à mourir aux attentes de gens aux prises avec des souffrances très lourdes à supporter, ce que vise en principe la nouvelle loi.  Mais on n’a rien prévu pour les rendre plus accessibles. On s’est comporté comme si l’euthanasie et le suicide assisté étaient les seules solutions valables. On a cautionné une aide médicale à mourir de portée limitée , entourée de certaines mesures de contrôle, tandis qu’on a mis au rancart les vastes possibilités d’une stratégie efficace de soins palliatifs.

Au fait, y-a-t-il eu vraiment débat? Au sein des instances politiques, sans doute. Dans les médias, bien peu, car ce sont des porte-parole d’une pensée unique qui ont monopolisé le discours,donnant l’impression que l’affaire était close et qu’une seule conclusion s’imposait de soi. Je note par exemple que n’eut été  le recours à mon ordi et à mon courriel, je n’aurais pu savoir que des groupes religieux d’allégeances diverses avaient émis à plusieurs reprises des opinions qui auraient mérité d’être connues du grand public et faire partie du débat.  Mais ces opinions avaient le défaut d’aller à l’encontre du discours dominant. Sauf un rare et faible écho qu’on leur a accordé, elles ont glissé sous le radar. Il en est résulté  un débat à sens unique, voire plus une apparence de débat qu’un échange réel.

La loi sur l’aide médicale à mourir s’appuie sur un consensus politique plus ou moins préfabriqué. Elle ne s’appuie pas sur un consensus social éclairé. Il faudra dans l’avenir vivre avec cette disjonction et accepter que cohabitent des choix éthiques divergents. Ce qui devrait logiquement permettre un espace pour l’objection de conscience à laquelle auront recours des professionnels de la santé. Autrement, on subirait  la tyrannie d’un consensus politique sui generis qui projetterait l’image d’une démocratie un peu boiteuse.

 

 

LE BRUIT DES ARMES

Les peuples rêvent de paix, mais les conflits armés marquent l’actualité. Ils font souvent la manchette. Quant au commerce des armes, auquel malheureusement le Canada participe, il ne fait pas de bruit, mais il occupe néanmoins un large espace dans l’activité économique mondiale. Des pays économiquement développés se disputent les acheteurs, parmi lesquels figurent plusieurs pays pauvres. C’est ainsi que l’Inde se retrouve au premier rang des acheteurs d’armes, alors qu’une large fraction de sa population croupit dans le sous-développement. On s’y prépare en vue d’éventuels conflits, mais on ne semble pas trop savoir comment s’y prendre pour vaincre la sous-alimentation, approvisionner la population en eau potable et assurer un minimum de soins de santé. La culture d’armement passe avant la satisfaction de besoins humains fondamentaux.

Le bruit des armes se fait entendre de plus en plus de nos jours, un peu comme cela s’était produit dans les années qui ont précédé la première Guerre mondiale. Tensions entre la Chine et les pays voisins, entre l’Inde et le Pakistan, entre l’Ukraine et la Russie, multiples affrontements qui affligent les pays islamiques, douloureux conflit qui perdure en Syrie, menace djihadiste. Des armes sophistiquées aggravent le risque de destruction massive, un danger que véhicule déjà l’arme nucléaire, silencieuse pour le moment mais toujours à portée de main.

Des historiens cherchent encore pourquoi le monde a basculé dans la guerre en 1914. Certains pointent du doigt le manque de vision des dirigeants politiques ou encore leur ineptie, ou encore la pétulance de militaires impatients d’en découdre avec l’ennemi, réel ou virtuel. D’autres soulignent l’impact d’une culture belligène qui s’était répandue au sein des collectivités. On a joué avec le feu, avec les tensions et on a tout à coup perdu le contrôle des événements. L’assassinat, par un étudiant serbe un peu fêlé, d’un prince de l’Empire austro-hongrois, a déclenché un conflit dont le déroulement, dans la suite, a échappé aux décideurs politiques. La guerre s’est dès lors emparée des peuples, telle une sorte d’épidémie. En furent victimes des millions de petites gens, des familles, des enfants. En tirèrent gloire des milliers de combattants et quelques généraux. Suivit une mauvaise gestion de la paix retrouvée, d’où émergèrent les conditions ouvrant la voie pour un autre conflit, encore plus meurtrier.

Nonobstant le bruit des armes perdure néanmoins de nos jours une vaste aspiration à la paix. De nombreuses initiatives visent à rendre celle-ci moins fragile, tels les efforts incessants d’organismes relevant des Nations-Unies, les interventions du Saint-Siège, les activités diplomatiques provenant de sources diverses, l’aide aux populations victimes des conflits armés, le soutien au développement des peuples, lequel, selon Paul VI, donne un nouveau nom à la paix. Pour lui, le développement des peuples est devenu la nouvelle façon de désigner la paix comme projet.

L’instauration et la consolidation de la paix dépendent de l’engagement d’hommes et de femmes de bonne volonté. Elle est aussi un don fragile menacé par la bêtise humaine, le culte de la violence ,les injustices de toutes sortes, les exactions de petits potentats déchainés. Une avancée humaine qui, nous dit Jean XXIII, repose sur quatre piliers :la vérité, la justice, la liberté, la solidarité. Le risque devient plus grand d’entendre le bruit des armes quand ces piliers sont ébranlés. Voilà ce qui doit préoccuper particulièrement ceux qui veulent être des artisans efficaces de paix.

SOUS LE RADAR

Je constate que les nombreuses prises de position de la Conférence des évêques catholiques du Canada sur l’aide médicale à mourir passent sous le radar, c’est-à-dire ne trouvent à peu près aucun écho dans les médias, même si elles reflètent ce que ressent une large fraction de l’opinion publique. C’est grâce aux bons services que m’assurent mon ordi et mon courriel qu’il m’est permis de constater  que les évêques catholiques accordent beaucoup d’attention à cette question. Mais j’en saurais bien peu à cet égard si je me fiais aux organismes dont la mission est d’informer le public et de nous faire connaître la diversité des opinions qui ont cours au sein de la société canadienne.

Pourtant l’enjeu est de taille. Il mérite un débat démocratique. Par exemple, ce n’est pas sans importance, des millénaires après l’instauration du serment d’Hippocrate, de se demander si un médecin peut, en certaines circonstances, non pas protéger la vie mais donner la mort. Car c’est bien ce dont il est question quand on parle d’aide médicale à mourir. Or il appert que nombreux sont ceux qui pensent qu’il s’agit simplement  de répondre au désir d’un patient qui veut qu’on soulage sa souffrance. Donc, on ne devrait  pas parler d’euthanasie, dit-on, mais plutôt d’une étape dans l’application des soins palliatifs. Il y a là confusion , laquelle résulte en partie de l’absence de débat.  Un débat où les porte-parole des communautés chrétiennes seraient en mesure d’apporter un éclairage socialement et politiquement utile.Encore faudrait-il que les médias daignent faire écho à leurs propos.

Les journalistes et faiseurs d’opinion aiment le langage percutant et se moquent parfois du « style ecclésiastique », ponctué, selon eux, de propos demi-teinte et porteur de généralités. Pourtant, leur goût du percutant trouverait son compte dans la plus récente déclaration de la CECC au sujet de  l’aide médicale à mourir. On y affirme , dans un langage bien direct, que « peu importe les modifications qui y seront apportées, le projet de loi C-14 est un affront à la dignité humaine, une érosion de la solidarité  humaine, et un danger pour toutes les personnes vulnérables-particulièrement  les personnes âgées, handicapées et malades qui sont souvent isolées et marginalisées. De plus, c’est une violation du sacro-saint devoir des professionnels de la santé de soigner, et de la responsabilité des législateurs et des citoyens de fournir et d’asssurer une protection à tous, spécialement aux personnes les plus à risque.  L’adoption du projet de loi C-14, déclenchée par la décision défaillante rendue dans la cause Carter, aura des répercussions dévastatrices sur la structure sociale de notre pays que nous ne pouvons prévoir aujourd’hui ».

Une prise de  position claire, sans ambages, à laquelle des médias pourraient faire écho, sans y adhérer nécessairement, mais sans la passer sous le radar, comme c’est le cas présentement pour plusieurs d’entre eux.

CHOC DES CULTURES ET DES VALEURS

Compassion, fraternité, miséricorde, agneau pascal, vie, résurrection, espérance : ce sont là quelques exemples du vocabulaire chrétien, particulièrement prédominant au temps de la Semaine sainte et de la fête de Pâques. Mais il n’y a pas que les mots. Il y a aussi la réalité de milliers de gestes concrets que ces mots inspirent et guident dans l’accomplissement d’initiatives de toutes sortes qui marquent la vie quotidienne et l’aménagement de la vie en société.  Globalement, nonobstant des dérapages qui ont marqué son parcours, la foi chrétienne reflète et incarne de prime abord la compassion et la solidarité, auxquelles s’ajoute la miséricorde qui vient d’en haut, comme nous le rappelle le pape François.

Le contraste est grand avec le spectacle troublant que donne de nos jours une frange dévoyée de l’islam; un spectacle qui a pris forme dans un déferlement continu d’actes violents et barbares  dont sont victimes aussi bien des musulmans que  des chrétiens et des non-croyants. On est sidéré devant autant d’atteintes graves aux valeurs fondamentales  qui sont essentielles pour assurer  le vivre ensemble des peuples et des sociétés.

Il incombe aux experts en religion et en culture islamiques de nous aider à discerner les causes de ce dérapage qui affecte le monde musulman et compromet la paix sociale dans de nombreux pays.La tâche est d’autant plus urgente que le dérapage en question est en train d’alimenter un courant d’islamophobie qu’il sera  de plus en plus difficile de refréner. Car l’extrémisme islamique est sans doute la source majeure de l’islamophobie qui est en train de se répandre.

En contrepartie, les héritiers de la culture et de la civilisation judéo-chrétiennes auraient avantage à renouer avec leurs propres racines d’où sont issues, non sans peine et à travers maintes vicissitudes, des valeurs telles que la liberté, l’égalité, la solidarité, la laïcité, la tolérance, la compassion. On est mieux équipé pour affronter des courants extérieurs potentiellement destructeurs quand on s’appuie sur des valeurs solides héritées d’une expérience humaniste qui s’avère une avancée unique dans le déroulement de l’Histoire. On ne gagne rien, sous prétexte de neutralité, à nier ses propres racines. Au contraire, on se met alors en position de vulnérabilité.

À LA RECHERCHE D’UN CONSENSUS MORAL

Dans une entrevue qu’il a accordée peu après sa rencontre avec le pape François, le patriarche Cyrille , primat de l’Orthodoxie russe, a insisté sur l’urgence d’en arriver à un consensus moral comme condition de stabilité sociale et de paix dans le monde. Une stabilité que viennent compromettre non seulement les idéologies qui prônent le terrorisme mais aussi la critique virulente des valeurs à laquelle se livrent des partisans d’une laicïsme rigoureux qui remet en question l’héritage éthique issu de la double tradition judéo-chrétienne et gréco-romaine. Négatrice de ses propres racines, cette critique place une civilisation et une culture en position de faiblesse face à des courants idéologiques provenant de l’extérieur.

La rupture du consensus moral est apparente dans les débats sur l’avortement et sur l’euthanasie , devenue de l’aide médicale à mourir, ou encore concernant le droit au suicide assisté. Dans ces cas, l’enjeu porte sur la vie, sur le pouvoir qu’on estime avoir le droit d’exercer sur elle, les règles de caractère politique qu’on est obligé d’instaurer face à des situations extrêmes.

Autre situation de rupture : la place qu’on accorde ou qu’on refuse à la liberté de conscience. Chose étonnante que ce droit, pourtant reconnu depuis longtemps comme un acquis historique, soit redevenu l’objet d’un débat.Voire que dans certains pays il soit allègrement foulé aux pieds. On constate en outre que plusieurs des droits inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 sont contrés par des pratiques qui leur portent atteinte, tel le principe de l’égalité de l’homme et de la femme, ouvertement rejeté dans plusieurs pays de tradition islamique.

On peut néanmoins chercher à délimiter les contours d’un consensus social tout en reconnaissant l’existence d’une zone grise où surgissent des ruptures morales.C’est ce qu’on observe dans des sociétés dites sécularisées , que certains qualifient de post-chrétiennes, où l’on est témoin de désaccords profonds sur des questions telles que l’avortement, l’euthanasie, le suicide assisté, le mariage pour tous. Mais nonobstant ces désaccords, des valeurs éthiques importantes et qui font l’unanimité continuent de consolider le tissu social. On les trouve inscrites dans la Déclaration universelle de 1948 et dans l’encyclique Pacem in terris.

L’éthique de conviction légitime le droit de promouvoir des valeurs auxquelles on adhère en toute liberté de conscience et celui d’en débattre démocratiquement.Un droit qui vaut pour tous, pas seulement pour les opinions à la mode, comme cela semble être souvent le cas.On constate en effet que sur plusieurs questions qui font litige les faiseurs d’opinion semblent se brancher automatiquement sur la même longueur d’onde et tendent à imposer une pensée unique. D’autre part, l’éthique de responsabilité incite à élaborer des compromis qui facilitent le vivre ensemble et la stabilité sociale tout en laissant place aux divergences. On peut à la fois affirmer et promouvoir ses propres convictions et contribuer à élaborer des compromis acceptables pour tous à l’échelle du politique. L’opération est complexe, non sans risques, mais elle ne campe pas hors du possible.

DE QUOI S’OCCUPER EN 2016

Une vieille tradition veut que le Jour de l’An et le début d’une année nouvelle soient des moments favorables pour prendre des résolutions propres à rendre la vie de chacun plus féconde , pour s’engager dans des activités qui soient bénéfiques pour les autres et qui en conséquence apportent plus de bonheur à tous.  Pour certains, cela prend forme dans les rapports interpersonnels, par exemple dans une présence aidante au sein de la famille et de l’entourage immédiat. D’autres y joignent une participation à des activités professionnelles ou encore à celles de diverses associations visant le mieux-être collectif, que ce soit ici ou ailleurs, dans des ONG, des oeuvres missionnaires,etc.

Il y a aussi des chantiers de vaste dimension qui offrent aux citoyens l’occasion d’un engagement grandement souhaitable et souvent urgent. Au premier rang, de nos jours, les initiatives visant la sauvegarde de l’environnement, la survie de notre maison commune ,dont l’avenir est en péril, comme nous le dit le pape François; notre maison commune, c’est -à-dire notre habitat terrestre et les ressources qu’il contient. Un avenir que met en péril un économisme destructeur et sans frein dont les plus pauvres sont les premières victimes. Un changement radical s’impose dès lors dans notre façon de concevoir l’économie et dans nos manières de vivre. De quoi inspirer des résolutions et des projets.

On pourrait penser que nous sommes impuissants face à la menace qui plane sur notre maison commune. Au contraire, notre action citoyenne y peut beaucoup. Par exemple, nous pouvons appuyer les initiatives visant à nous sortir de l’ère des énergies fossiles et hâter la transition vers les énergies renouvelables et ainsi freiner la dégradation des conditions de vie sur la planète. Dans cette optique, nous pouvons contribuer à empêcher que se réalise le projet de pipeline qui , porteur de pétrole empoisonné en provenance de l’Ouest, franchirait des centaines de plans d’eau au Québec et mettrait en péril de précieuses réserves aquatiques, des terres agricoles et des milieux de vie. En s’opposant à ce projet inutile et dangereux nous aiderons beaucoup au mieux-être de la grande famille humaine.

Il y a d’autres chantiers qui attendent la contribution de citoyens soucieux du bien commun. C’est ainsi que des groupes populaires et des syndicats de travailleurs projettent d’unir leurs forces, en cette année 2016, pour intervenir plus efficacement dans la défense et la promotion de valeurs et de biens collectifs, dont une plus grande accessibilité aux soins de santé, le bon fonctionnement d’une école publique de qualité, la promotion de la justice distributive, l’ instauration d’un revenu minimal pour tous. Des chantiers prometteurs qui visent à concrétiser les attentes qui pointent à l’aube de la nouvelle année.

Et ne pas oublier l’engagement politique, « une manière exigeante de vivre l’engagement chrétien au service des autres »(Paul VI). On aurait tort de s’en désintéresser. Platon nous rappelle que tout ce qu’on gagne à se désintéresser de la politique, c’est d’être gouverné par des gens pires que soi. Un propos qui mérite qu’on s’y arrête en ce temps où apparaissent nombreux ceux qui versent dans la morosité face aux projets et aux débats politiques. C’est en participant activement à la vie politique que de nombreux citoyens témoignent le mieux de leur souci du bien commun. De quoi inspirer une ferme résolution en ce début d’année 2016.

L’OR BLEU EN PÉRIL

L’eau, qu’on appelle aussi l’or bleu, est en péril. C’est un bien essentiel, plus important que le pétrole et de beaucoup. Dans de nombreux pays où les réserves d’eau sont fort limitées les changements climatiques ajoutent à la durée des périodes de sécheresse et accélèrent les processus de désertification. La déforestation et une activité économique poussée à l’extrême aggravent la situation. La recherche désordonnée du profit à court terme à laquelle s’adonnent des multinationales est en train de plonger dans la misère des populations qui ont déjà à supporter les conséquences de la pauvreté. Autant de facteurs qui menacent la survie de la terre, notre maison commune, comme l’appelle le pape François, qui à sonné l’alarme dans la belle encyclique Laudato si’.

Même au Québec l’or bleu est en péril. La pollution atteint le fleuve Saint-Laurent et plusieurs réserves d’eau potable. De nombreuses municipalités, dont Montréal au premier rang, se servent à l’occasion du fleuve comme d’un égout à ciel ouvert. À Québec aussi la qualité de l’eau se dégrade. Selon des experts, la situation va empirer quand la montée du niveau des océans remplira d’eau salée les prises d’eau fluviales qui alimentent en partie le réseau d’aqueduc de la ville.

Pendant ce temps, certains rêvent de pétrole : celui qu’on pourrait exploiter au Québec ou celui qu’on importerait de l’Alberta. En ce dernier cas, il s’agit d’un pétrole empoisonné, un pétrole sale, comme a dit le président américain Barack Obama. On nous l’expédierait au moyen d’un pipeline qui traverserait quelques 640 plans d’eau situés sur le territoire québécois avec les risques que comporte son transport et sans que nous en retirions un avantage significatif. Paradoxalement, on veut nous entraîner dans une pareille aventure au moment où de nombreux observateurs et experts signalent que le temps est venu de mettre fin progressivement à l’exploitation des énergies fossiles.

Ce qui urge avant tout, c’est de sauvegarder les réserves d’eau potable existantes et d’en rendre d’autres accessibles. À Québec, on se penche sur le triste sort du Lac Saint-Charles, qui vieillit à un rythme accéléré. Heureusement, il existe au nord de la ville plusieurs centaines de lacs et rivières qui peuvent fournir de l’eau de qualité. À commencer par la rivière Jacques-Cartier, précieuse source d’eau facilement accessible, et cela à un coût abordable, selon des experts. Cette réserve d’eau représente un patrimoine collectif plus précieux que le pétrole. En faire un usage rationnel et prudent permettrait d’accorder un répit au malheureux Lac Saint-Charles. Aucune autre communauté urbaine ne dispose d’une telle solution de rechange.

Les technocrates et les décideurs politiques auraient grand profit à lire l’encyclique Laudato si’ et à méditer ce qu’on y dit au sujet de l’eau, elle dont François d’Assise chantait la noblesse et qu’il appelait ¨ sœur eau, qui est très utile et humble, et précieuse et chaste¨. La lecture de l’encyclique aiderait de savants esprits à se libérer de la fascination de l’or noir et les inciterait à se préoccuper en premier lieu de l’or bleu, précieuse ressource qui constitue un bien essentiel tant pour le pays du Québec que pour la grande famille humaine.