AVOIR DES CHOSES A DIRE

Des jeunes m’ont raconté une expérience qu’ils viennent de vivre. Ils vont parfois à la messe, par exemple lors de funérailles. Et quand arrive la fête de Noël. Les voilà donc à l’église, le soir du 24 décembre. Ils goûtent la luminosité, le déroulement de la cérémonie, le professionnalisme de la chorale, les cantiques traditionnels, l’ambiance chaleureuse. Une belle manifestation de la liturgie chrétienne.

Mais il y avait aussi l’homélie. Une déception. Des lieux communs platement alignés les uns à la suite des autres, un genre gnangnan comme si on parlait à des débiles, une phraséologie boiteuse. Tel un choc culturel où le vide de la parole contrecarrait la substance d’une liturgie riche en signification et en mystère.

Ces jeunes retourneront à l’église à l’occasion. En attendant, ils garderont une belle image de la liturgie de la fête de la Nativité du Christ, mais un triste souvenir de la parole que leur a adressée un célébrant qui n’avait rien à dire.

« Que celui qui, dans l’Assemblée, a quelque chose à dire se lève et parle », écrivait un Père de l’Eglise. Faudrait compléter ce conseil en invitant ceux qui n’ont rien à dire à demeurer assis et à garder le silence.

PROGRESSISME ET PENSEE UNIQUE

Selon le philosophe et homme de lettres Carl Bergeron ( voir LE DEVOIR, 30 décembre 2006), le Québec progressiste serait devenu allergique à toute référence chrétienne. D’où le choc ressenti quand un homme politique, tel monsieur Harper, se permet d’invoquer la bénédiction divine. Le Québec progressiste : c’est-à-dire une élite qui a rompu radicalement avec le passé catholique, avec une Eglise « virtuellement morte » pour plonger dans un modernisme annonciateur de lendemains qui chantent.

Pourtant, soutient le philosophe, on ne peut conjuguer un conservatisme qui fait partie de l’héritage occidental et certains legs positifs de la Révolution française sans la contribution de l’Eglise. « Une telle entreprise de réalignement historique ne pourra pas se réaliser sans une véritable réconciliation avec l’Eglise catholique. Le catholicisme, grand absent de notre vie publique et intellectuelle, est la clé pour comprendre ce qui nous arrive ». Là, je ne comprends pas. Pourquoi se réconcilier avec une Eglise obscurantiste, « virtuellement morte », absente du débat public ? Ne serait-il pas plus pertinent que nos Lumières québécoises continuent de s’éclairer entre elles pour ensuite se pencher sur le monde ordinaire enfoncé dans les ténèbres héritées de la « Grande Noirceur » ? Ont-elles vraiment besoin de faire appel à une institution qu’elles jugent obsolète ?

Pareille à la Tour de Pise, l’élite moderniste penche du même bord. Elle mange à tous les râteliers et occupe tous les créneaux. Elle est omniprésente au point de risquer de se sentir seule, en train de vaincre sans péril et de triompher sans gloire. Quoique cette hégémonie ne la gêne pas trop, puisque qu’elle se sent dépositaire de la vérité. Or pour elle seule la vérité a des droits. Ce modernisme n’a que faire avec l’obscurantisme.

Une autre école de pensée privilégie une vision différente de la réalité, mais elle est timide et bien peu bavarde. Soit qu’elle a peur, soit qu’elle manque de lieux où s’exprimer, soit qu’elle ne sait pas utiliser efficacement les modestes moyens qui sont à sa portée. Elle ne semble pas voir qu’en démocratie s’offrent toujours quelque part des voies d’accès pour une parole libératrice capable de freiner l’hégémonie d’une pensée qui se croit unique dans ses oripeaux progressistes.

 

EGLISE DU SILENCE ?

« L’Eglise catholique paie le prix de son silence », titre-t-on dans LE SOLEIL du 8 janvier 2007. Un journaliste y commente la démission précipitée du nouvel archevêque de Varsovie, accusé d’avoir pactisé autrefois avec le pouvoir communiste. Or c’est justement une commission d’enquête créée par l’Eglise polonaise qui avait confirmé cette collusion. Peut-on parler de silence ?

Qui plus est, ce sont des chrétiens de la base qui ont exigé publiquement que le personnage compromis dans cette affaire remette sa démission. La télévision nous a montré des croyants plutôt bruyants que silencieux, fussent-ils partisans ou adversaires du prélat. Les chrétiens là-bas ont l’habitude de participer ouvertement aux débats de société.

S’il est une portion de la chrétienté qui a donné depuis plusieurs décennies l’exemple du témoignage de la parole, c’est bien l’Eglise polonaise, et ce même avant que Jean-Paul 11 décide d’affronter ouvertement le régime communiste. C’est ainsi que le cardinal Wyszynski a longtemps joué le rôle de chef de file dans la résistance à la dictature d’obédience soviétique, qui avait supplanté celle implantée par le régime nazi pendant la deuxième guerre mondiale. Ce sont les chrétiens de Pologne qui ont provoqué la première fissure qui a conduit à l’éclatement du bloc soviétique.

Il y a eu là-bas des chrétiens qui ont gardé le silence, mais ce serait trop facile de les juger de loin sans tenir compte des risques qu’ils couraient en s’opposant au régime. Il y a eu aussi, bien plus nombreux, des adeptes du socialisme qui, par fidélité idéologique, ont aussi gardé le silence face aux abus du régime communiste .Un silence qui leur procurait moult avantages de toutes sortes. On attend toujours qu’ils expriment à la face du monde leur repentance pour cette dérive, tout comme l’a fait eu égard à son propre comportement l’archevêque démissionnaire. On apprécierait aussi la même repentance de la part d’intellectuels progressistes de chez nous qui ont cédé autrefois à la tentation totalitaire avant de se convertir au néo-libéralisme, devenu pour eux une sorte de religion qu’ils pratiquent avec ferveur. Ce serait édifiant s’ils sortaient de leur silence.

 

NATURE ET CULTURE

« A l’évidence, on ne naît pas humain, on le devient ». Cette perle philosophique, je l’ai cueillie dans un document du Comité sur les affaires religieuses, un organisme qui a comme mandat d’éclairer le ministre québécois de l’éducation dans ses prises de position en matière religieuse. On précise que l’humanité est un projet à construire et non un simple fait.

Que l’éducation et la culture actualisent le potentiel humain des personnes, tout le monde est d’accord là-dessus. Mais cette actualisation concerne un être vivant déjà pourvu d’une identité humaine. Celle-ci est déjà présente dans le petit enfant qui vient de naître. Son corps d’homme ou de femme, sa sensibilité, sa capacité d’intelligence, de savoir et de liberté, tout cela est inscrit au départ dans sa structure physiologique et psychologique. La culture ajoute à la nature, en bien ou en mal, mais le fond originel est toujours présent. Sous des traits qui les différencient en surface, les êtres humains possèdent des caractères communs qui les marquent en profondeur et constituent le premier fondement naturel de la dignité, de l’égalité et de la solidarité.

Si on ne naît pas humain, on est quoi en arrivant au monde ou pendant les mois qui précèdent cette arrivée ? Un indéfinissable amas de cellules vivantes dont la science peut disposer à son gré ? Est-ce là une conclusion qu’on doit déduire de l’énoncé insolite du Comité sur les affaires religieuses ?

Des penseurs renommés font partie du vénérable organisme. Ils rendraient service au ministre et à chacun de nous en explicitant l’idée qu’ils se font de la spécificité de la personne humaine.

 

ABATTRE LES MURS

Certains veulent abattre les murs. Les murs de l’ignorance et des préjugés. C’est l’ambition du ministre québécois de l’éducation. « Nous quittons un état où on divise les étudiants d’une classe, où plutôt d’encourager la connaissance de l’autre, on crée des murs entre eux,,,,Le choix qui est fait, c’est d’abattre les murs et d’informer les étudiants ». Ce que réalisera le nouveau cours d’éthique et de culture religieuse. (LE DEVOIR, 16 janvier 2007).

Pour ce faire, le ministre a commencé par supprimer l’enseignement religieux catholique et protestant ainsi que les cours de morale. Des chrétiens qui ignorent leur propre religion seraient plus aptes à comprendre les autres. Il faut aussi enlever les crucifix dans les classes, car cela peut heurter des musulmans ou des gens appartenant à d’autres croyances. De son côté le ministre de la sécurité publique remercie le ciel d’avoir permis qu’on sorte la religion des écoles. Il voit là un bienfait de la Providence, à l’instar d’un certain professeur de philosophie qui enseigne au Grand Séminaire de Montréal. Les grands esprits se rejoignent.

Il faut aussi supprimer les murs à l’Assemblée nationale. Le chef du Parti Québécois n’aime pas que le crucifix plane au-dessus d’un espace où siègent des juifs et une députée musulmane. A son avis, les symboles religieux n’ont pas place dans l’espace public. Faudrait les emmurer. Donc on va ériger de nouveaux murs. Pas d’accommodement possible ?

Pour en revenir à l’école, reste un gros obstacle au vivre-ensemble qui aidera à l’avenir à mieux se connaître et à être plus gentils les uns envers les autres, Cet obstacle imposant, monumental, c’est le réseau scolaire anglophone, qui dresse un mur au cours même du monde de l’éducation. Un gros mur, dont néanmoins nous nous accommodons. Le ministre va-t-il l’abattre ?

Mais peut-être que l’entreprise de démolition à laquelle on se livre présentement vise seulement les Québécois francophones. Pour les autres, on trouvera sûrement des accommodements.

 

DIALOGUE INTERRELIGIEUX AU SERVICE DE LA PAIX

Connaissance des autres cultures, dialogue interreligieux, militantisme en faveur de la paix : ce sont là des activités convergentes qui engagent l’avenir de l’humanité.

L’éminent théologien Hans Küng rappelle que la paix dans le monde passe par le rapprochement entre les religions et que son instauration dépend en grande partie d’un dialogue interreligieux plus que jamais nécessaire(1).L’histoire montre en effet que les antagonismes religieux débouchent souvent sur des affrontements armés. Or cela est devenu de moins en moins tolérable de nos jours. « L’humanité, écrit Hans Küng, pourra en effet de moins en moins accepter de laisser les religions attiser les guerres au lieu de bâtir la paix, sombrer dans le fanatisme au lieu de travailler à la réconciliation, se prévaloir de leur supériorité au lieu d’ouvrir le dialogue »(2).Mais on est toujours témoin d’affrontements où l’appartenance religieuse semble jouer un rôle prédominant : Irlande du Nord, ex-Yougoslavie, Bosnie, Tchétchénie, Soudan, Irak, etc. En revanche, on constate la présence dans toutes les religions de croyants qui ont à cœur la défense et la promotion de valeurs qui conditionnent l’instauration de la paix entre les individus et entre les peuples, telles la justice sociale et le respect des droits humains. Notre époque a besoin de l’action concertée de croyants d’allégeances différentes prêts à travailler ensemble au mieux- être humain , moral et spirituel de l’humanité.

Contexte difficile

Plusieurs obstacles freinent le dialogue interreligieux. On aurait pu croire par exemple que dans un monde où les moyens de communication sociale connaissent une croissance spectaculaire on assisterait à la multiplication des échanges et des débats sur des questions religieuses et sociales de première importance. Or cela est loin d’être évident. Ainsi on évalue à plus de 4000 les sites internet qui diffusent l’idéologie islamiste à travers le monde .Mais, selon des observateurs, ils servent beaucoup plus à exacerber les antagonismes qu’à favoriser le dialogue.

D’autres obstacles se dressent sur la voie du rapprochement, comme la confrontation de modes de pensée et de mentalités issus de croyances religieuses différentes. Là où certains y voient le signe d’une diversité enrichissante, d’autres constatent que celle-ci contribue surtout à compliquer le dialogue. Le temps aidant, les traditions culturelles se figent et deviennent imperméables à toute imprégnation venant de l’extérieur. Des univers culturels peuvent fonctionner en vase clos et bloquer tout processus d’osmose. Nous voilà bien loin du rêve d’une religion unitaire.

De surcroît, les vieux antagonismes marquent les mémoires. Les musulmans se remémorent les Croisades tandis que les chrétiens ont souvenir qu’à une époque antérieure les conquérants arabes ont envahi l’Afrique du Nord, l’Espagne, plusieurs régions de la France et imposé leur domination sur le bassin de la Méditerranée. A cette menace qui planait sur la chrétienté s’en est ajoutée une autre quand les Turcs se sont emparés de Constantinople, ont conquis l’Empire byzantin et conduit leurs armées jusqu’aux portes de Vienne. Ce sont là de sombres pages d’histoire qu’on n’oublie pas facilement.

La part des extrémismes

L’extrémisme islamique ravive les peurs anciennes. Infiltré dans le monde occidental, il menace de l’intérieur, sous le couvert de la religion. Il apparaît comme un ennemi insaisissable qui met en péril des valeurs précieuses et un modèle de société qui, aux yeux d’un grand nombre, marquent un progrès pour l’humanité. Dans un contexte pareil, on pense moins à dialoguer qu’à se protéger.

A l’opposé se dresse un autre extrémisme, celui qui prolifère dans des milieux chrétiens protestants fondamentalistes où l’on appuie les stratégies militaristes américaines. Il est inévitable que le monde musulman se sente menacé par cette approche qui prétend refléter l’esprit de l’Evangile. Un tel extrémisme rend difficile le dialogue même entre chrétiens. La distance est grande entre la doctrine sur la paix explicitée par les papes contemporains et les discours belliqueux d’influents porte-parole de la droite religieuse américaine.

Dialogue et construction de la paix

Le dialogue interreligieux ne peut se limiter à des échanges sur la paix et la non-violence, mais il demeure qu’on doit accorder une attention particulière aux dangers que recèle l’extrémisme religieux et se montrer attentif à l’urgence de multiplier les initiatives en faveur de la paix et de la promotion des droits humains, condition d’une paix stable.« La paix et le droit sont mutuellement cause et effet l’un de l’autre : la paix favorise le droit, et à son tour le droit favorise la paix » (Paul VI). L’humain est « un critère œcuménique fondamental », dit Hans Küng. Il précise : « C’est dans la mesure où une religion sert l’humanité, où , dans son enseignement dogmatique et moral, dans ses rites et ses institutions, elle promeut les hommes dans leur identité, leur signification et leurs valeurs humaines, et où elle leur permet de mener une existence porteuse de sens et fructueuse, c’est dans cette mesure qu’elle est une religion vraie et bonne »( 3).

Le dialogue favorise une meilleure connaissance des autres religions et un plus grand respect réciproque. C’est ce qu’ont expérimenté divers mouvements œcuméniques au cours des dernières décennies. J’ai eu pour ma part la chance de participer aux activités des Amitiés judéo-chrétiennes, organisme fondé à Québec en 1952( 4). Des chrétiens de diverses confessions auxquels se sont joints des membres de la communauté juive de la ville y ont appris à échanger, à mieux se connaître, à laisser tomber des préjugés. Ils ont prié ensemble et ont fait consensus sur des valeurs humanistes, même s’ils ont buté parfois sur des obstacles de taille, par exemple lors d’échanges sur le conflit israélo-palestinien et le droit des Palestiniens à un pays qui leur appartienne. Les Amitiés judéo-chrétiennes ont aidé des hommes et des femmes de bonne volonté à repousser les frontières de l’incompréhension et à faire progresser le dialogue interreligieux.

Quand on quitte l’espace judéo-chrétien, les obstacles sont plus difficiles à surmonter. La connaissance réciproque des croyances est souvent déficiente. Pour ma part, je possède un savoir bien limité sur la religion musulmane : des données historiques , la connaissance d’un certain nombre de sourates du Coran et de quelques ouvrages dont plusieurs montent en épingle des phénomènes inquiétants : le totalitarisme théocratique, des traditions qui choquent, comme l’asservissement de la femme , la polygamie, les crimes d’honneur, le recours à la violence au nom de la religion, etc. Il faudra bien, face à des problèmes de cette nature, accroître l’information et accepter de voir la réalité en face si l’on veut se retrouver sur la même longueur d’ondes.

Pour ce qui en est des autres grandes religions telles le bouddhisme ou l’hindouisme, le manque de connaissances est encore plus flagrant. A défaut d’une vision globale quelque peu adéquate, il serait souhaitable de connaître tout au moins ce que ces traditions séculaires ont à nous dire sur les valeurs humanistes et la manière de construire la paix dans le monde. « Il m’est apparu de plus en plus évident ces dernières années, écrit Hans Küng au début de son plaidoyer sur l’éthique planétaire, que ce monde unique dans lequel nous vivons n’aura une chance de survie qu’à condition de ne pas continuer à laisser coexister des éthiques différentes, contradictoires, voire se faisant mutuellement la guerre. Ce monde unique appelle un ethos fondamental unique ; cette société mondiale unique ne requiert certainement pas une religion et une idéologie unitaires, mais bien quelques normes, valeurs, idéaux et objectifs liant tous les hommes- qui les unissent et les obligent »(5).

S’approprier la vision chrétienne de la paix

Le dialogue interreligieux ne peut se limiter à l’expression de bons sentiments. Il implique des échanges d’informations et des débats d’idées, ce qui requiert au préalable une connaissance substantielle de son propre héritage religieux. Il est donc impératif que ceux qui affirment adhérer au message de l’Evangile soient capables d’expliciter les composantes fondamentales de la vision chrétienne de la paix. Or celle-ci a évolué au cours des siècles, s’est progressivement libérée de certaines contradictions, s’affirme de nos jours avec plus de clarté que jamais. Mais encore faut-il la connaître si on veut la faire connaître.

Les chrétiens des premières générations étaient des adeptes de la non-violence, proches héritiers de l’image du Christ homme de paix et de compassion, Agneau de Dieu, Celui qui invite à tendre la joue gauche à qui nous frappe à la joue droite, remplace les sacrifices sanglants par le repas eucharistique, refuse de recourir au glaive et se laisse crucifier comme un scélérat. Un idéaltype qui dépasse toute tentative d’imitation même approximative, mais demeure néanmoins un modèle qui a inspiré le comportement héroïque de milliers de martyrs, marqué en profondeur l’expérience spirituelle de François d’Assise, de Charles de Foucauld, de ces trappistes assassinés en Algérie il y a quelques années, de quakers, de mennonites, etc.

A d’autres époques, surtout quand ils se sont mis à participer activement aux jeux de pouvoir, les chrétiens ont été enclins à légitimer et à adopter les pratiques de violence à la mode. On a peu à peu transité de la non-violence à l’idée de guerre juste puis à celle de guerre sainte pour ensuite adopter le principe du droit de guerre en tant que privilège arbitraire exercé par le roi ou le prince. Restait à bénir les épées et plus tard les canons. Mais un fond de pacifisme chrétien a toujours perduré. Il a resurgi à l’époque contemporaine, face aux conflits sanglants qui ont marqué particulièrement l’histoire de l’Europe et à l’apparition d’armes de destruction massive. On parle de moins en moins de droit de guerre comme on le faisait au temps de Louis XIV. On tend à revoir la notion de guerre juste et à considérer la violence armée, incluant le terrorisme, comme un fléau, un échec pour l’humanité. Une pensée sociale chrétienne sur la guerre, la violence et la paix s’est structurée progressivement et a connu une formulation articulée avec la célèbre encyclique Pacem in terris de Jean XXIII , les nombreuses prises de position sur la paix de Paul VI et Jean-Paul II , la remarquable Lettre des évêques américains sur la paix de 1983 , sans oublier les nombreux ouvrages de théologiens , d’historiens, de sociologues et d’éthiciens qui ont contribué à remettre à l’avant-scène une vision chrétienne de la paix en connexion avec des racines évangéliques. Ce qui ne veut pas dire qu’on trouve dans cette nouvelle approche des recettes toutes faites pour solutionner chaque conflit qui surgit ici et là dans le monde .Mais au moins on peut s’appuyer sur un fil conducteur qui conduit à opter de prime abord pour le dialogue et non pour la violence armée.

 * * * * * *

On observe en fait de nos jours chez beaucoup de chrétiens un virage culturel et éthique face à la guerre, la violence, la course aux armements, la menace nucléaire. On cerne mieux les paradigmes d’inspiration évangélique que les alluvions d’une culture belliciste avaient recouverts au cours des siècles. On reconnaît l’urgence de consolider les piliers de la paix dont parle Jean XXIII : la vérité, la justice, la liberté, la solidarité. On prend conscience de l’interconnexion qui relie la recherche de la paix et la promotion des droits humains, le développement intégral et solidaire, le culte des institutions démocratiques, l’urgence de freiner la course aux armements, le refus de la violence armée en tant que premier recours pour régler les conflits. Des paradigmes qui ont pris racine dans un terreau chrétien, mais dont la portée est universelle et qui méritent de figurer en tête de liste quand on dresse l’ordre du jour du dialogue interreligieux.

LOUIS O’NEILL
Janvier 2007

 

Notes

 

(1) Hans Küng, Projet d’éthique planétaire, Paris, Editions du Seuil,1990

(2) Ouvrage cité, p.11

(3) Ouvrage cité, pp.148-149

(4) Voir Louis O’Neill, Les trains qui passent, Montréal, Fides, 2003,pp. 55-64

(5) Hans Küng, ouvrage cité, pp.10-11