SCIENCE ET FOI

Un scribe en veut au cardinal Ouellet dont il déplore la « pensée rétrograde ». Il écrit sentencieusement que nous vivons dans un monde « où la science remplace la foi ». Donc, conclut-il, « ce n’est pas avec une pensée rétrograde et avec la certitude de posséder la vérité qu’un chef spirituel peut se faire accepter par des fidèles qui ne manquent pas d’être au fait des difficultés du monde moderne ». Et vlan !

Ça fait quelques siècles qu’on nous annonce que la science va bientôt remplacer la foi. Comme si les deux savoirs s’excluaient mutuellement. Pascal, Louis Pasteur, Teilhard de Chardin et de nombreux autres grands maîtres du savoir se seraient engagés dans une voie sans issue en tentant de réconcilier la science et la foi.

Tout comme les milliers d’universitaires d’une compétence scientifique reconnue qui oeuvrent dans des établissements catholiques ou protestants de grande renommée. Pauvres gens qui ne savent pas que le progrès de la science conduit inexorablement à la disparition de la foi. Dixit notre scribe, qui livre son plaidoyer en s’appuyant sur une argumentation dont la rigueur scientifique n’a vraiment rien d’éblouissant. Il aurait profité beaucoup de l’enseignement de la logique que l’on dispense depuis des siècles dans les établissements académiques romains qu’il toise avec condescendance.

« La science remplace la foi ». Ce n’est pas de sitôt que ça va arriver si c’est le dit scribe qui se charge de l’opération.

 

CONFUSION, DÉMISSION ET LIBRE CHOIX

Le journaliste du Soleil ( 15 mars 2007) qui a révélé la « division au sommet » au sein de l’Eglise du Québec a semé la confusion en mêlant la catéchèse implantée dans les paroisses depuis au moins deux décennies et l’enseignement religieux proprement dit. Il faut toutefois admettre à sa décharge que les porte-parole des évêques favorables à la suppression de l’enseignement religieux à l’école ont contribué, par des propos ambigus, à entretenir cette confusion. Comme si la formation catéchétique en paroisse et l’enseignement religieux à l’école étaient du pareil au même.

Dans un établissement scolaire de Bruxelles où s’activent des religieuses éducatrices hautement estimées les étudiantes musulmanes forment plus de la moitié de la clientèle scolaire. Elles peuvent bénéficier librement d’un cours de culture chrétienne. Mais on ne leur propose pas de catéchèse. Dans des établissements publics de la laïque Belgique les jeunes peuvent choisir entre six options en matière d’enseignement religieux Un bel exemple de la liberté de choix tel qu’il est normal de la pratiquer en démocratie.

Au Québec, la loi 95 supprime la liberté de choix, même dans les établissements privés. Ce à quoi, hormis le cardinal Ouellet, les évêques ont consenti pour ensuite modifier leur position dans le cas des établissements privés quitte à laisser tomber l’école publique. Pourtant, des dizaines de milliers de parents dont les enfants fréquentent les établissements publics ont revendiqué le droit à l’enseignement religieux et à la liberté de choix. C’est pour le moins peu élégant de les laisser tomber sous prétexte, semble-t-il, que certains d’entre seraient des conservateurs réactionnaires ou encore des gens de piété médiocre.

Ce que demande le cardinal Ouellet, c’est qu’on puisse offrir en toute liberté à des jeunes libres de l’accueillir une présentation honnête, substantielle et sérieuse de la culture chrétienne. Ses collègues dans l’épiscopat ont préféré, semble-t-il, miser sur un cours obligatoire et exclusif de culture religieuse dont les prémisses baignent dans le clair-obscur d’une idéologie qui ne dit pas son nom. A ses fruits on jugera l’arbre.

 

L’ÉCOLE DE TOUS LES DIEUX

L’Actualité ( 1 mars 2007) publie un reportage sur l’expérimentation d’un « programme révolutionnaire » que l’on met présentement à l’essai à l’école Saint-Jean Baptiste, au cœur de la Capitale nationale. Ce programme, c’est celui du nouveau cours d’éthique et de culture religieuse, sous-produit des sciences humaines de la religion. La journaliste est d’autant plus fière de son reportage que le ministère de l’éducation préfère travailler dans l’ombre. « On ne connaît encore que les grandes lignes du programme, écrit-elle. Le Ministère refuse d’expliquer dans le détail comment on a choisi les religions à l’étude, encore moins ce qu’on en dira ». Raison du secret : on craint, semble-t-il, les réactions des parents. Car le programme » va bouleverser tout ce qui s’enseigne depuis 400 ans au Québec en matière de religion ! » Ça promet !

Paradoxalement, la journaliste reproduit une statistique sur la demande actuelle pour un enseignement religieux chrétien au Québec : en 2005-2006, 75% des élèves du primaire et 63% du secondaire étaient inscrits à des cours d’enseignement religieux catholique ou protestant. De quoi légitimer amplement un accommodement raisonnable à une époque où, dans un établissement scolaire, on a réservé un temps d’accès exclusif à la piscine pour trois écolières musulmanes afin que celles-ci puissent échapper à des regards mâles. A moins que les chrétiens aient moins de droits que ceux qui adhèrent à d’autres traditions religieuses ?

Quelques photos agrémentent le texte, dont celle d’un Raélien, car le nouveau cours instruira les jeunes sur le mouvement raélien, et aussi sur les Témoins de Jéhovah. Sans oublier l’Eglise de scientologie dont les activités, en France, ont attiré l’attention des instances judiciaires.

Une photo montre des objets que les jeunes ont eux-mêmes fabriqués pour représenter les principales religions. C’est pittoresque, mais rien n’empêche qu’on fasse la même chose dans un cours d’enseignement religieux proprement dit, catholique ou protestant, en y joignant de surcroît une profondeur de sens que l’on pourra difficilement se permettre dans en encadrement dit objectif et neutre.

Saint Jean-Baptiste de Québec, prototype de « l’école de tous les dieux ». Un cas porté à notre connaissance grâce à la perspicacité d’une journaliste et qui donne le goût d’en savoir plus sur le « programme révolutionnaire » que des fonctionnaires du ministère de l’éducation concoctent dans le secret. En savoir plus c’est possible, à condition que le ministre lui-même se montre moins cachotier.

 

SYMBOLES, HISTOIRE ET VALEURS

Voisin des armoiries de la Grande-Bretagne le crucifix continuera d’occuper sa place dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. Les trois formations politiques qui y siègent présentement se sont mises d’accord là-dessus. C’est une bonne nouvelle.

Une question de culture, d’histoire, de tradition, a-t-on dit. C’est vrai. Mais on peut aussi y voir un geste de reconnaissance envers tous ceux et celles qui, adeptes de près ou de loin de la foi chrétienne, ont construit le pays du Québec et de surcroît une bonne partie de l’espace canadien hors Québec. Ont fait partie de cette cohorte nombreuse des découvreurs, des défricheurs, des cultivateurs, des bûcherons, des hommes de métier, des religieux éducateurs, des religieuses enseignantes et infirmières, des maîtresses d’école à la manière d’Emilie Bordeleau, des pères et des mères de familles nombreuses, des ouvriers d’usine, des fondateurs et fondatrices de collèges, de couvents, d’écoles normales, d’instituts familiaux, d’écoles de métiers, de syndicats, de coopératives, de caisses populaires, etc. .Des citoyens qui ont édifié une société distincte autour d’églises et de chapelles coiffées d’une croix et construit ensemble un pays de langue française. La raison d’être de l’Assemblée nationale du Québec repose en grande partie sur ce passé. On ne lèse les droits de personne quand on rend hommage aux pionniers qui ont posé les fondements.

 * * * * * *

Mais le symbole de la croix chrétienne représente plus que de l’histoire et des traditions. Il connote une anthropologie qui nourrit une conception particulière de la vie en société et conséquemment peut guider des choix sociaux et politiques, que l’on soit croyant ou non. Par exemple, la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 puise largement dans cette anthropologie.

La dimension sociale du christianisme est plus importante que les traditions religieuses, tout comme la foi au Christ, chez les disciples de Jésus de Nazareth, passait avant le Temple et les rites anciens. La foi inspire des rites religieux, mais elle va au-delà. Elle s’exprime à travers des symboles, mais elle ne s’y limite pas.

Il est arrivé que cette dimension sociale ait cheminé plus aisément hors des sentiers religieux traditionnels qu’en empruntant ceux-ci, voire qu’elle a pris son essor parfois à l’encontre du discours ecclésial officiel. Ainsi, la devise liberté-égalité-fraternité, proclamée en 1789 par les chefs de file de la Révolution française, cache un enracinement évangélique que des chrétiens ont pris beaucoup de temps à reconnaître. Tout comme les concepts de liberté d’opinion et d’expression que le Christ a mis en l’honneur et que, par exemple, le bon pape Pie IX n’a jamais flairés. De même dans le cas des valeurs démocratiques, longtemps tenues en suspicion, dont Jacques Maritain explicitera les racines chrétiennes et que Jean XXIII saura si bien mettre en lumière dans Pacem in terris. Au fait, les valeurs sociales d’inspiration chrétienne, telles un levain dans la pâte, ont pointé lentement et souvent laborieusement, selon un processus dialectique, avec des avancées et des reculs, au gré d’accidents de parcours et à travers des épreuves parfois douleureuses.

On ne bâtit pas un programme politique seulement en invoquant ces valeurs, mais elles peuvent éclairer des choix concrets. En apparence des choix profanes, laïques, pourrait-on dire, mais qui possèdent des racines chrétiennes. C’est de la récupération que d’interpréter ainsi l’histoire, diront peut-être certains pour qui le passé chrétien se résume à une longue période d’obscurantisme dont la modernité nous aurait libérés. Il faut laisser dire. Ce qui compte, c’est la vérité des faits.

 * * * * * *

Imaginons qu’un journaliste contemporain de Jésus ait reçu de son patron le mandat de décrypter le projet de société que le prophète venu de Nazareth voulait promouvoir. Il aurait sans doute transmis à son chef de pupitre les mêmes observations que les auteurs des Evangiles ont consignées. Ceux-ci nous décrivent un juif marginal, pacifiste, adepte de la non-violence, mais capable de se mettre en colère. La bêtise, l’injustice, le mensonge et la manipulation des valeurs religieuses le choquent. Il fait la promotion d’une religion libératrice, non oppressante. Le sabbat pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. Il traite tous les gens sur un pied d’égalité, hommes ou femmes, riches ou pauvres, maîtres ou esclaves, juifs ou gentils. Il accueille chaleureusement les enfants et tient des propos très durs envers ceux qui portent atteinte à leur intégrité morale. Il ne démissionne pas face a la souffrance et cherche à la soulager tout en enseignant qu’elle est peut être porteuse de richesse spirituelle. Il souhaite que tous aient de quoi manger et en même temps veut qu’on évite le gaspillage de nourriture et qu’on vise plus haut que les seuls biens matériels. Pour lui, le plus avoir doit servir à la croissance du plus être. Il exerce un métier manuel, se montre solidaire des travailleurs et prescrit de les rémunérer convenablement. Il met en garde contre les dangers de la richesse et l’obsession de l’argent et prêche la solidarité, le partage, la tolérance et le pardon. . Il se comporte en homme libre face aux grands de ce monde, dénonce l’idolâtrie du pouvoir et présente l’exercice de l’autorité comme un service, un ministère et non comme un marchepied servant à s’élever au-dessus des autres pour mieux les exploiter. Il veut qu’on rende à César ce qui est à César mais aussi à Dieu ce qui est à Dieu. Il ne promet pas des lendemains qui chantent, mais invite à l’espérance, et pour ici-bas et pour une vie à venir.

D’un tel enseignement des chrétiens à travers le monde ont appris à dégager peu à peu des lignes d’action qui ont servi de programme politique et social à des millions d’hommes et de femmes de bon vouloir, croyants ou non-croyants. Il n’y a rien d’outrecuidant à mettre en lumière la source de ces projets de société. Ce que peut faire un modeste crucifix affiché dans l’enceinte d’une institution parlementaire.

 

SYMBOLES, HISTOIRE ET VALEURS

Voisin des armoiries de la Grande-Bretagne le crucifix continuera d’occuper sa place dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. Les trois formations politiques qui y siègent présentement se sont mises d’accord là-dessus. C’est une bonne nouvelle.

Une question de culture, d’histoire, de tradition, a-t-on dit. C’est vrai. Mais on peut aussi y voir un geste de reconnaissance envers tous ceux et celles qui, adeptes de près ou de loin de la foi chrétienne, ont construit le pays du Québec et de surcroît une bonne partie de l’espace canadien hors Québec. Ont fait partie de cette cohorte nombreuse des découvreurs, des défricheurs, des cultivateurs, des bûcherons, des hommes de métier, des religieux éducateurs, des religieuses enseignantes et infirmières, des maîtresses d’école à la manière d’Emilie Bordeleau, des pères et des mères de familles nombreuses, des ouvriers d’usine, des fondateurs et fondatrices de collèges, de couvents, d’écoles normales, d’instituts familiaux, d’écoles de métiers, de syndicats, de coopératives, de caisses populaires, etc. .Des citoyens qui ont édifié une société distincte autour d’églises et de chapelles coiffées d’une croix et construit ensemble un pays de langue française. La raison d’être de l’Assemblée nationale du Québec repose en grande partie sur ce passé. On ne lèse les droits de personne quand on rend hommage aux pionniers qui ont posé les fondements.

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Mais le symbole de la croix chrétienne représente plus que de l’histoire et des traditions. Il connote une anthropologie qui nourrit une conception particulière de la vie en société et conséquemment peut guider des choix sociaux et politiques, que l’on soit croyant ou non. Par exemple, la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 puise largement dans cette anthropologie.

La dimension sociale du christianisme est plus importante que les traditions religieuses, tout comme la foi au Christ, chez les disciples de Jésus de Nazareth, passait avant le Temple et les rites anciens. La foi inspire des rites religieux, mais elle va au-delà. Elle s’exprime à travers des symboles, mais elle ne s’y limite pas.

Il est arrivé que cette dimension sociale ait cheminé plus aisément hors des sentiers religieux traditionnels qu’en empruntant ceux-ci, voire qu’elle a pris son essor parfois à l’encontre du discours ecclésial officiel. Ainsi, la devise liberté-égalité-fraternité, proclamée en 1789 par les chefs de file de la Révolution française, cache un enracinement évangélique que des chrétiens ont pris beaucoup de temps à reconnaître. Tout comme les concepts de liberté d’opinion et d’expression que le Christ a mis en l’honneur et que, par exemple, le bon pape Pie IX n’a jamais flairés. De même dans le cas des valeurs démocratiques, longtemps tenues en suspicion, dont Jacques Maritain explicitera les racines chrétiennes et que Jean XXIII saura si bien mettre en lumière dans Pacem in terris. Au fait, les valeurs sociales d’inspiration chrétienne, telles un levain dans la pâte, ont pointé lentement et souvent laborieusement, selon un processus dialectique, avec des avancées et des reculs, au gré d’accidents de parcours et à travers des épreuves parfois douleureuses.

On ne bâtit pas un programme politique seulement en invoquant ces valeurs, mais elles peuvent éclairer des choix concrets. En apparence des choix profanes, laïques, pourrait-on dire, mais qui possèdent des racines chrétiennes. C’est de la récupération que d’interpréter ainsi l’histoire, diront peut-être certains pour qui le passé chrétien se résume à une longue période d’obscurantisme dont la modernité nous aurait libérés. Il faut laisser dire. Ce qui compte, c’est la vérité des faits.

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Imaginons qu’un journaliste contemporain de Jésus ait reçu de son patron le mandat de décrypter le projet de société que le prophète venu de Nazareth voulait promouvoir. Il aurait sans doute transmis à son chef de pupitre les mêmes observations que les auteurs des Evangiles ont consignées. Ceux-ci nous décrivent un juif marginal, pacifiste, adepte de la non-violence, mais capable de se mettre en colère. La bêtise, l’injustice, le mensonge et la manipulation des valeurs religieuses le choquent. Il fait la promotion d’une religion libératrice, non oppressante. Le sabbat pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. Il traite tous les gens sur un pied d’égalité, hommes ou femmes, riches ou pauvres, maîtres ou esclaves, juifs ou gentils. Il accueille chaleureusement les enfants et tient des propos très durs envers ceux qui portent atteinte à leur intégrité morale. Il ne démissionne pas face a la souffrance et cherche à la soulager tout en enseignant qu’elle est peut être porteuse de richesse spirituelle. Il souhaite que tous aient de quoi manger et en même temps veut qu’on évite le gaspillage de nourriture et qu’on vise plus haut que les seuls biens matériels. Pour lui, le plus avoir doit servir à la croissance du plus être. Il exerce un métier manuel, se montre solidaire des travailleurs et prescrit de les rémunérer convenablement. Il met en garde contre les dangers de la richesse et l’obsession de l’argent et prêche la solidarité, le partage, la tolérance et le pardon. . Il se comporte en homme libre face aux grands de ce monde, dénonce l’idolâtrie du pouvoir et présente l’exercice de l’autorité comme un service, un ministère et non comme un marchepied servant à s’élever au-dessus des autres pour mieux les exploiter. Il veut qu’on rende à César ce qui est à César mais aussi à Dieu ce qui est à Dieu. Il ne promet pas des lendemains qui chantent, mais invite à l’espérance, et pour ici-bas et pour une vie à venir.

D’un tel enseignement des chrétiens à travers le monde ont appris à dégager peu à peu des lignes d’action qui ont servi de programme politique et social à des millions d’hommes et de femmes de bon vouloir, croyants ou non-croyants. Il n’y a rien d’outrecuidant à mettre en lumière la source de ces projets de société. Ce que peut faire un modeste crucifix affiché dans l’enceinte d’une institution parlementaire.