CONFIDENCE D’UN MILLIARDAIRE

« La Chine, l’Inde, l’Amérique du Sud vont donner du fil à retordre à l’Amérique du Nord et à l’Europe. Il faut nous unir pour sauver notre peau » C’est par cet avertissement que l’homme d’affaires canadien Paul Desmarais conclut une entrevue accordée au magazine français Le point

(26 juin 2008)

Cette manière de voir les choses étonne un peu. Car dans une optique de développement solidaire les progrès réalisés par les pays émergents fournissent un motif de réjouissance et non une raison d’avoir peur. De vastes portions du tiers monde sont en train de se libérer du sous-développement. C’est une bonne nouvelle. Demeure un motif d’inquiétude : où en est-on dans le partage des gains acquis ? Dans plusieurs pays le nombre de milliardaires ne cesse de croître tandis que des millions de gens manquent de nourriture, d’eau potable, d’écoles, d’établissements de santé. La juste répartition des fruits du progrès est un critère incontournable de développement authentique. Une croissance inégalitaire pose problème. Voilà ce qui doit nous préoccuper.

« Il faut nous unir pour sauver notre peau », conclut monsieur Desmarais. On a l’impression, en écoutant le célèbre homme d’affaires, qu’il ne peut y avoir de progrès sans compétition et sans guerres économiques. Pourtant, il n’est pas utopique de penser qu’on peut réussir une nouvelle avancée à la fois technologique, matérielle et humaine grâce à une plus grande collaboration entre pays avancés et pays émergents, s’inspirant du fait que de multiples initiatives marquées au coin de la solidarité ont permis aux pays avancés, dans une époque récente, de connaître un nouvel essor.

C’est en aidant les autres à sauver leur peau que nous sauverons la nôtre.

CULTURE D’ARMEMENT

Les morts s’ajoutent aux morts en Afghanistan et en Irak. Mais des décideurs politiques et des stratèges militaires continuent de faire confiance à la puissance des armes. Ça nous rappelle la guerre du Vietnam. On voulait alors endiguer l’avancée du communisme. Bilan : des centaines de milliers de morts, un pays détruit, la victoire du communisme avec, dans sa foulée, la paralysie sociale et économique caractéristique des régimes marxistes. On réédite de nos jours le même scénario mais avec un nouvel objectif : supprimer le terrorisme et imposer la démocratie en s’appuyant sur la supériorité militaire.

C’est une forte inclination celle qui nous accoutume à la violence. Nous sommes en train de nous habituer de nouveau aux destructions, aux pertes de vie inutiles, à l’échec prévisible, aux souffrances imposées à de pauvres gens sans défense. Les budgets militaires gonflent d’une année à l’autre tandis que régresse l’aide au développement Comme si la guerre en Irak et en Afghanistan constituait un processus historique incontournable, telle une fatalité. Les uns croient à l’efficacité de la violence, d’autres s’y résignent car on les a convaincus que la violence structurée, organisée, fait partie de la nature des choses et peut produire de bons résultats. Alors qu’en réalité elle sert avant tout à détruire et fait régresser l’humanité. Mais il est vrai qu’elle favorise les intérêts des fabricants et des commerçants d’armes. Et plusieurs, parmi ceux-ci, une fois les profits engrangés, se convertissent en spécialistes de la reconstruction quand vient le temps de rebâtir ce qu’on a détruit. S’ensuit une nouvelle source d’enrichissement pour le complexe militaro-industriel.

La guerre est un phénomène insolite auquel les médias nous habituent en nous racontant tous les jours, sans sourciller, sur un ton détaché, des histoires de pauvres gens victimes de bombardements ciblés ou aveugles, de massacres, d’attentats- suicide, de faim et de misère. Heureusement que des militants tels ceux qui font partie du mouvement Echec à la guerreviennent nous rappeler que cet amoncellement d’horreurs n’a rien de normal. Ils troublent notre bonne conscience en nous interpellant au sujet de notre propension à considérer la culture d’armement comme étant une composante naturelle de la vie en société.

Faire échec à la guerre dans notre façon de penser, de raisonner, constitue une étape préalable à franchir si nous voulons servir la cause de la paix.

PRÊTS POUR ENSEIGNER QUOI ?

« Les profs seront-ils prêts pour le cours de culture religieuse ? ». se demande une journaliste (Voir LE SOLEIL, 26 juillet 2008).Elle aurait pu formuler la question autrement : est-il possible d’être prêt pour donner ce genre de cours ? Est-ce le manque de préparation qui fait problème ou le cours lui-même ?

En autant qu’on peut en comprendre la nature le cours appelé Ethique et culture religieuse est un produit de la sociologie des religions, mais propose en outre, derrière un masque de neutralité, une sorte de religion universelle vouée à favoriser la tolérance et le mieux vivre ensemble. Il pratique le relativisme face aux croyances, présume une totale neutralité de la part de l’enseignant – la posture professionnelle- et fait la promotion d’une éthique puisée dans les Chartes des droits. Il exclut tout enseignement confessionnel et jouit d’une place exclusive à l’école grâce au charcutage de la Charte québécoise des droits et libertés, dont on a supprimé l’article 41. À noter qu’on a déjà vu mieux comme modèle de tolérance.

Le relativisme est une idéologie et la posture professionnelle un mythe. En mélangeant les deux on obtient une potion indéfinissable que les enseignants doivent avaler s’ils veulent être prêts. C’est beaucoup demander. Et c’est aussi beaucoup demander aux parents qui pensaient qu’ils avaient un mot à dire sur l’enseignement religieux à l’école