MOLIÈRE ÉTAIT ABSENT

Beaucoup a été dit sur l’émission Bye Bye 2008. Les jugements sont sévères : imagination en panne, pensée débile, propos grossiers. Comment a-t-on pu en arriver là, et ce à la télévision publique, elle qui est censée incarner la qualité, le bon goût et la décence ?

On peut invoquer diverses explications. Mauvais choix des concepteurs, des vedettes de talent médiocre dont on espérait trop, une évaluation trompeuse des attentes des téléspectateurs comme si ceux-ci étaient des gens bonasses prêts à tout avaler. On a sous-estimé le bon sens et le bon goût de milliers de citoyens ordinaires.

Je risque deux autres explications. La première renvoie à la suffisance dont se gonflent certaines vedettes des médias dès qu’ils s’emparent d’un micro ou déambulent sur une scène. On semble prétendre à un pouvoir sans limite et s’attribuer le droit  de dire n’importe quoi. Comme s’il existait un droit à la débilité et à la grossièreté.

La deuxième renvoie à une forme de pauvreté culturelle qui affecte une partie de l’univers médiatique. Le phénomène qui vient de se manifester avec éclat à la télévision publique est perceptible à longueur d’année sur les ondes de certaines radios privées. Un comportement qui finit par créer une accoutumance, une ambiance, une mode qui influence le milieu des concepteurs et des animateurs. Bye Bye 2008 est un sous-produit de ce micro-climat pernicieux.

Auditeurs et téléspectateurs doivent aussi s’interroger sur leur propre comportement. Nombreux les cas où les inepties et les grossièretés aident à hausser les cotes d’écoute. La loi de l’offre et de la demande a quelque chose à voir avec ce phénomène dont l’ampleur étonne et inquiète. Un phénomène qui, semble-t-il, affecte plusieurs pays où les produits culturels sont rabaissés au niveau de marchandises soumises aux lois du marché.

 

POUR UNE LAÏCITÉ RELAXE

Investiture du nouveau président des Etats-Unis. La cérémonie débute par une prière qu’un pasteur récite et à laquelle la foule se joint en clamant un Amen retentissant. Le nouveau président participe ostensiblement au rite religieux. A la fin de la cérémonie un autre pasteur récite une prière de remerciement que vient compléter la récitation du Notre Père. Tout le monde semble trouver cela bien correct, normal, dans ce pays marqué par la séparation de l’Eglise et de l’Etat. On sait être laïque sans être constipé.

Contraste avec ce qui vient de se passer lors d’une séance du Conseil municipal, à Trois-Rivières. Débat houleux provoqué par une citoyenne qui s’oppose à ce que le maire et les conseillers disent un bout de prière avant le début de la séance. Tout le monde est d’accord avec la pratique du rite religieux, sauf elle. Sa laïcité est frileuse. Faudrait qu’elle regarde comment on fait les choses aux Etats-Unis. Cela la rendrait plus tolérante, plus relaxe.

Jadis au Québec il arrivait que des chrétiens manquent à l’esprit de tolérance. Ils pratiquaient une religiosité fermée. Voici maintenant que des laïcisants font de même, mais en sens inverse. Ils manifestent un zèle religieux dans la pratique d’un laïcisme étroit. C’est triste. Ce n’est pas sain pour le « vivre ensemble ».

 

Une palestinienne en colère…

par Marie-Claude Tadros Giguère

(allocution prononcée à Place d’Youville,Québec samedi le 10 janvier 2009 lors de la manifestation de solidarité envers le peuple palestinien)

  • Être palestinienne, c’est un nom lourd à porter.
  • Être palestinienne, c’est avoir perdu son identité, avoir perdu son pays.
  • Palestine, là où je suis née dans la ville de Jaffa , devenue israëlienne. Palestine, là où je suis allée à l’école jusqu’à 12 ans.
  • Palestine, là où mon enfance a été sabotée par la guerre.
  • Palestine, là où les Israéliens m’ont expulsée comme réfugiée en 1948.
  • Palestine, là où à Gaza les Palestiniens vivent dans une prison à ciel ouvert.
  • Palestine, là où les villages et les villes sont entourés d’un mur de fer et de béton.
  • Palestine, à quand la libération des 10 000 Palestiniens qui croupissent dans les prisons d’Israël ?
  • Palestine, à quand la fin des tueries collectives, la fin des humiliations, des déportations, des couvrefeux, des arrestations arbitraires ?
  • Palestine, à quand la fin des oliviers arrachés ?
  • Palestine, à quand la fin des maisons bombardées ?
  • Palestine, à quand la fin des privations de nourriture et d’électricité ?
  • Palestine, à quand la fin du verrouillage des postes frontières ?
  • Palestine, à quand la fin de l’interdiction imposée aux pêcheurs de Gaza de sortir en mer ?
  • Palestine, à quand la fin de détours de kilomètres pour emmener un enfant à l’hôpital ?
  • Palestine, quand verrastu un jour la fermeture des colonies israéliennes ?
  • Palestine, quand verrastu un jour la fin de l’occupation ?
  • Palestine, quand vastu arrêter de souffrir ?
  • Palestine, quand verrastu ton drapeau flotter parmi les drapeaux de toutes les nations ?…Ma Palestine…Votre Palestine…


LA FORCE NE CRÉE PAS LE DROIT

Il existe une tentation lancinante pour une puissance militaire : celle de démontrer la force de son pouvoir de destruction et sa capacité de semer la terreur. Quelques exemples qui ont marqué l’histoire : Guernica, Coventry, Dresde, Hiroshima, Nagasaki. À cette liste noire on peut désormais ajouter le nom de Gaza.

Un trait commun : dans tous ces cas l’agresseur courait bien peu de risque. « À vaincre sans péril on triomphe sans gloire ». On ne donne pas la preuve de beaucoup de courage en tuant des civils sans défense, en bombardant des écoles, en démolissant des maisons.

L’armée israélienne dispose d’une capacité de destruction impressionnante. Elle en a fait la preuve déjà à plusieurs reprises dans le passé. Mais la force ne crée pas le droit. Reste toujours à rétablir le droit bafoué depuis 1948 et 1967, lequel exige qu’on restitue à un peuple opprimé et humilié des territoires et une patrie. Alors pourra s’enclencher un véritable processus de paix.

Sinon la violence continuera d’alimenter la violence.

 

COMBATTRE LA PAUVRETÉ POUR CONSTRUIRE LA PAIX

La pauvreté, un obstacle sur le chemin de la paix. C’est l’approche choisie par le pape Benoit XVI dans son récent message visant à souligner la Journée mondiale de la paix ( Jour de l’An 2009). « De fait, écrit le pape, la pauvreté compte souvent parmi les facteurs qui favorisent ou aggravent les conflits, y compris armés. A leur tour, ces derniers alimentent de tragiques situations de pauvreté ». C’est également sous l’angle de la lutte contre la pauvreté que les évêques canadiens ont construit le message qu’ils ont transmis à la population à l’occasion de Noël 2008.

Pour expliciter son approche le Saint-Père souligne diverses problématiques qui concernent de près le drame de la pauvreté : l’ambiguïté du phénomène de la mondialisation ; les multiples facettes de la pauvreté : matérielle, relationnelle, morale, spirituelle ; la question démographique; les maladies pandémiques ; la pauvreté des enfants; les dépenses militaires qui paralysent le développement ; la crise alimentaire.

Au chapitre des solutions il propose la pratique d’une forte solidarité globale, la création d’institutions efficaces et participatives, la construction d’un espace où puisse se développer une juste logique économique, l’urgence d’une gestion attentive de la mondialisation. Et d’ajouter, au sujet de celle-ci : « Dans la réalité mondialisée actuelle, il apparaît avec toujours plus d’évidence que la paix ne se construit que si l’on assure à tous la possibilité d’une croissance raisonnable ; tôt ou tard, en effet, tous doivent payer les conséquences des distorsions de systèmes injustes. Seule l’inconscience peut conduire à construire une maison dorée avec tout autour le désert et la désolation. La mondialisation, à elle seule, est incapable de construire la paix et, dans bien des cas, au contraire, elle crée des divisions et des conflits ».

Une telle vision des choses s’inscrit dans la ligne de l’encyclique Populorum progressio, ce grand document que Paul VI a consacré à la question du développement. Le prédécesseur de Jean-Paul 11 arrimait le combat contre la pauvreté au vaste projet du développement intégral et solidaire des peuples. C’est à lui qu’on doit la belle formulation : « Le développement, nouveau nom de la paix ».

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À d’autres occasions Paul VI a abordé le projet de la construction de la paix en attirant l’attention sur des facteurs qui interviennent plus directement dans la genèse des conflits armés et où la pauvreté apparaît plutôt comme une résultante de la violence que comme son point de départ. Car les pauvres sont plus souvent les victimes des conflits que d’en être les instigateurs. Il arrive qu’ils se révoltent à l’occasion, dans l’espoir de mettre fin à des situations d’exploitation et d’oppression. Mais cette révolte est de courte durée et vite noyée dans le sang.

Il en est autrement pour les plus nantis. Alexandre le Grand multipliait les conquêtes militaires afin d’exploiter les peuples conquis et accroître les richesses de son empire. Les armées romaines se livraient à la guerre pour exploiter eux aussi des peuples qu’ils soumettaient à leur joug. Les armées arabo-musulmanes, bien équipées, semaient la destruction et la pauvreté sur leur passage. Les Conquistadores espagnols ont asservi des nations amérindiennes pour mieux les dépouiller de leurs ressources. Nantis d’une forte supériorité militaire, les pays industrialisés ont multiplié les conquêtes coloniales et ont accaparé une large portion des ressources appartenant aux peuples colonisés. L’instinct prédateur des pays riches s’est toujours avéré une menace plus grande pour la paix que les revendications des peuples pauvres. En général, ceux-ci demandent simplement d’être traités avec justice et de vivre en paix.

Il existe de multiples facteurs autres que la pauvreté qui expliquent l’émergence de conflits armés. Notons les affrontements ethniques, les conflits religieux, la mégalomanie, les maladies du pouvoir, la cupidité. Ces dérives se retrouvent non moins dans des sociétés nanties que chez des peuples pauvres. Le cas actuel de Robert Mugabe avec la mixture qu’il incarne, faite de mégalomanie, de stupidité et de cruauté, connaît moult précédents historiques. D’autre part, même dans des régimes démocratiques on cède à la tentation de la violence. Les USA ont, à maintes reprises, exporté la guerre au nom de motifs douteux, comme c’est le cas en Irak et en Afghanistan. L’envie de déclencher la guerre augmente avec l’accroissement des ressources militaires. La pratique de la violence armée demeure en priorité une affaire de riches.

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En réponse à l’adage romain « Si tu veux la paix, prépare la guerre », Gaston Bouthoul , le fondateur de la polémologie, avait l’habitude de rétorquer : « Si tu veux la paix, connais la guerre ». Car celle-ci, tout compte fait, apparaît comme un phénomène à la fois insolite et complexe dont on connaît mal la nature et la genèse. On sait qu’elle a à faire avec la pauvreté, les inégalités, les injustices économiques, mais aussi et surtout avec d’autres facteurs générateurs de violence (voir édito août 2008). De ceux-ci il faut également se préoccuper. Autrement, les conflits continueront de se perpétuer pendant que nous multiplierons les vœux, les prières et les invocations en faveur de la paix.