POURQUOI APOSTASIER ?

Des catholiques ont décidé d’apostasier afin de manifester avec éclat leur mécontentement envers Benoît XVI. Ils se comportent comme des clients insatisfaits d’une grande entreprise. Ils confirment la thèse voulant que l’Eglise appartienne au pape et à son entourage et que les croyants ordinaires ne font vraiment pas partie du Peuple de Dieu en marche. L’Eglise, ce sont pourtant tous les croyants en Jésus-Christ, autant que le pape. Au lieu d’apostasier, les chrétiens mécontents devraient commencer par réviser l’idée qu’ils se font de l’Eglise.

Ils quittent alors que c’est le temps plus que jamais de rester. Car les récents faux-pas qui ont leur origine à Rome ouvrent la porte à un déblocage et à des remises en question. A commencer par celle d’une forme de papolatrie qui plonge ses racines dans une vision ecclésiale dépassée mais qui influence encore la façon de voir de beaucoup de croyants. C’est parce qu’on se fait une idée obsolète de la fonction papale qu’on attend du Saint-Père des performances qui le dépassent. Alors on est déçu, au point parfois de vouloir quitter la maison.

Le déblocage concerne de nombreux dossiers : la liberté de conscience des croyants, le dialogue avec des adhérents à d’autres confessions chrétiennes, le sacerdoce des femmes, le célibat des prêtres, la morale sexuelle, etc. On a mis en veilleuse des débats majeurs. La crise actuelle peut contribuer à les ramener à l’avant-scène. Le temps est venu pour un nouvel aggiornamento. On ne doit pas laisser le Saint-Père ruminer seul face à de telles questions. C’est trop pour un seul homme. Un peu comme le cas de Pierre, le premier pape, qui eut besoin de Paul et d’autres croyants pour régler certains problèmes. L’Esprit-Saint agit à travers toute l’Eglise. Il n’est pas caché sous une mitre papale ou des mitres épiscopales.

La crise actuelle, c’est peut-être le début d’une étape nouvelle dans la vie de l’Eglise. Ce n’est donc pas le moment de s’en aller.

LE SOCIALISME AU SECOURS DU CAPITALISME

La crise économique actuelle est en train de faire disparaître la peur du socialisme Vient de surgir une nouvelle sorte de socialisme, qui se présente comme un remède capable de sauver le capitalisme malade. En effet, on a raison de parler de socialisme quand le pouvoir politique puise des sommes colossales dans le trésor public afin de sauver de la faillite des banques et de grandes entreprises qui ont joué au casino avec l’argent des actionnaires et des petits épargnants. Ce qui ressemble moins à du socialisme, c’est quand le monde ordinaire se fait refiler la facture tandis que des dirigeants incompétents, irresponsables, voire malhonnêtes se voient accorder des primes généreuses et des parachutes dorées. On étatise les dettes et on privatise les gains.

Ce socialisme d’un genre nouveau vole au secours d’un capitalisme corrompu et décadent. Une ploutocratie subventionnée à même le trésor public s’approprie sans vergogne la richesse collective en invoquant un argument massue : si vous ne nous aidez pas, ce sera pire. La propriété demeure privée, les pertes sont portées au compte de la collectivité.

Jadis on mettait en garde contre l’intervention de l’Etat dans le domaine économique. On nous dit maintenant que celle-ci devient bénéfique et souhaitable à partir du moment où les plus nantis risquent de perdre leur mise. Le nouveau slogan : « Travailleurs de tous les pays, tenez-vous bien, car vous allez payer la facture ! ». Il appert que même les ouvriers chinois, héritiers de Mao Tse Toung, contribueront malgré eux au fonds de relance de l’économie américaine puisque leurs guides vénérés se plaisent à collectionner les bons du trésor en provenance des Etats-Unis.

Il y a quelques décennies on discutait de divers modèles socialisme et de leurs avantages et désavantages : socialisme dit classique, marxisme, social-démocratie. On scrutait à la loupe les risques de l’intervention de l’Etat. Ce temps est révolu .On applique désormais un nouveau scénario qui comporte deux étapes : d’abord rescaper le capitalisme à même les fonds publics ; ensuite refiler la facture aux travailleurs et au monde ordinaire. Est-ce cela, la refondation du capitalisme dont on parle beaucoup ces temps-ci ?

CULTURE RELIGIEUSE : UNE PROPOSITION DE PROGRAMME

On ne doit pas exclure l’éventualité d’un virage politique ouvrant la voie à un libre choix dans le domaine de l’enseignement religieux à l’école. En adoptant une telle position le législateur ne ferait que se conformer à l’article 26, para.3 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, lequel stipule que « les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants ». Il faut se rappeler en outre que l’article 41 de la Charte québécoise des droits et libertés, supprimé arbitrairement en juin 2005, précisait que « les parents ou les personnes qui en tiennent lieu ont le droit d’exiger que, dans les établissements d’enseignement public, leurs enfants reçoivent un enseignement religieux ou moral conforme à leurs convictions, dans le cadre des programmes prévus par la loi ». En abolissant cet article on a foulé aux pieds un droit parental ; en le réhabilitant, on ferait tout simplement œuvre de justice.

Un droit démocratique

La primauté des droits des parents en éducation est reconnue dans la plupart des pays démocratiques. Elle inclut le droit pour les parents d’exiger, en faveur de leurs enfants, un enseignement religieux conforme à leurs convictions ou encore celui de l’exemption d’un enseignement qui y porterait atteinte. Ces droits revêtent des formes différentes selon les contextes, mais ils font l’objet, dans maints cas, d’une protection clairement inscrite dans les lois.

Lors d’une allocution prononcée le 8 juin 1999, à l’Université McGill, l’ancien ministre québécois de l’éducation Claude Ryan rappelait que « le droit à un enseignement religieux confessionnel dans les écoles publiques est reconnu dans la majorité des pays d’Europe occidentale. Cet enseignement est obligatoire en Allemagne, en Finlande, en Irlande, en Norvège et en Autriche. Il est offert sur une base optionnelle dans les écoles publiques de Belgique, d’Italie, de Pologne, d’Espagne et de Hongrie. L’Allemagne, dont l’histoire a été façonnée de façon importante par le catholicisme et le protestantisme, réserve une place explicite à ces deux religions dans ses écoles publiques » Et l’ancien ministre d’ajouter : « À ma connaissance, ces pays ne considèrent pas que leurs législation scolaire est contraire aux chartes de droits. Je ne sache pas non plus qu’ils aient été trouvés en défaut à cet égard par les tribunaux compétents. Dans la perspective d’une conception pluraliste de la liberté, il y aurait davantage lieu de s’inquiéter à mon avis d’une politique qui, au nom d’objectifs sociétaux, viserait à imposer à tout le monde un modèle unique d’école publique et à bannir la religion de cette école ou à ne l’y tolérer que sous des formes diluées ».

La normalité démocratique requiert donc qu’on reconnaisse les droits des parents et le libre choix face à l’enseignement religieux. Se posant en fervents adeptes de toutes les libertés les artisans du nouveau cours Éthique et culture religieuse devraient logiquement être d’accord avec cette restauration des droits parentaux. Ils pourraient alors, dans un contexte de saine émulation, mesurer l’attrait qu’exerce leur présentation dite neutre et objective du fait religieux. Une vérification rendue impossible dans la conjoncture actuelle puisque le produit offert est obligatoire et qu’interdiction est faite de proposer une autre interprétation des réalités religieuses et spirituelles. « À vaincre sans péril on triomphe sans gloire », dit le poète. Persuadés de la haute qualité de leur invention ces experts en sciences religieuses ne voudront sûrement pas se contenter d’un triomphe sans gloire. Ils devraient donc normalement se rallier à l’idée d’un libre choix offert aux parents et aux jeunes, là où le nombre le justifie et les circonstances le permettent.

Paramètres

En contrepartie, ceux qui revendiquent une place pour un cours librement offert de culture religieuse d’inspiration chrétienne doivent préciser les contours et le contenu de leur projet. Celui-ci, à mon avis, devrait respecter les paramètres suivants :

1) Offrir une démarche axée sur le savoir et distincte d’un processus catéchétique, tout en étant en consonance avec celui-ci ;

2) Proposer un itinéraire librement offert à des jeunes, croyants ou non, peu importe leur allégeance religieuse ; une liberté d’offrir allant de pair avec celle d’accepter ou non l’offre proposée ;

3) Tout en puisant principalement dans la tradition catholique cet itinéraire devra accorder une place tangible à la tradition juive, aux grandes confessions protestantes, à l’orthodoxie orientale, à l’islam;

4) Privilégier une démarche qui se distancie de l’attirail philosophique et pédagogique où se côtoient la primauté de la raison pure, le relativisme, le pluralisme normatif, la posture professionnelle, le socioconstructivisme, etc.

5) S’appuyer sur une prise en charge assumée par des penseurs et des pédagogues capables de comprendre de l’intérieur le donné religieux judéo-chrétien et de pratiquer une approche rationnelle et critique marquée au sceau de la liberté chrétienne.

Proposition de contenu

L’insertion de chaque tranche de contenu relève d’une opération d’ordre pédagogique. Je me sens peu de compétence pour proposer en détail en quoi consisterait ce contenu au palier primaire. Je souhaite simplement qu’il soit formé de composantes simples, servies par un outillage pédagogique de qualité. On devrait éviter de forcer de jeunes écoliers à ingurgiter des savoirs hétéroclites portant sur une large diversité de croyances, comme c’est le cas avec le cours d’éthique et culture religieuse.

Grand-père de deux enfants qui accéderont au palier primaire dans quelques années, je souhaite que mes petits-fils puissent acquérir, dans le cadre de l’école publique, un savoir élémentaire sur le récit de la Création, la vocation d’Abraham, le Buisson ardent, l’Exode, la traversée de la Mer rouge, les dix commandements, la vocation du peuple juif, Jean le Baptiste, la vie de Jésus, les débuts du christianisme, les grands témoins de la foi à travers l’histoire, l’implantation de christianisme en Nouvelle-France et au Québec. En bref : initier à un passé qui a marqué en profondeur la civilisation occidentale et à ce legs précieux que René Rémond appelle « les grandes inventions du christianisme ».

Le palier secondaire

Des gens plus compétents que moi pourraient proposer des modèles mieux adaptés et plus fonctionnels que celui que j’esquisse ici. Celui-ci comporte dix étapes d’approfondissement. Chacune pourrait couvrir un semestre, au rythme d’une heure de cours par semaine, soit un total approximatif de 12 ou 13 heures par semestre. Donc rien de pléthorique, mais de quoi permettre une appropriation substantielle de l’univers historique et social issu de la double tradition judéo-chrétienne et gréco-romaine.

Le champ de la culture religieuse chrétienne est vaste, tant dans sa dimension historique que par son contenu et ses impacts humains et sociaux. Les étapes ici suggérées visent à mettre en lumière des composantes particulièrement éclairantes et significatives de cet univers culturel.

1) Le Livre de la Genèse. Le Peuple de l’Ancienne Alliance. Abraham, Isaac, Jacob, Joseph en Egypte, Moïse, David, les Prophètes. Les origines juives du christianisme. « Nous sommes tous des sémites », disait Pie XI. .L’éthique juive et son impact sur l’éthique chrétienne. L’apport culturel et social des Juifs dans la construction de la civilisation occidentale. L’antisémitisme en Occident, au Canada, au Québec. Le drame de la Shoah. L’antisémitisme a-t-il des racines chrétiennes ?

2) Jésus de Nazareth. La réalité historique de l’existence de Jésus de Nazareth, son enseignement, les miracles, les paraboles. Confrontation avec les pouvoirs religieux et politiques, le procès, la mort, la Résurrection, les premières communautés chrétiennes.

3) Essor du christianisme. Processus d’inculturation intégrant l’héritage culturel gréco-romain. Les persécutions. Le virage constantinien. La rencontre avec le monde dit barbare. La confrontation avec l’islam. La construction de l’Europe chrétienne. La Cité chrétienne médiévale. Les moines civilisateurs et bâtisseurs. Corporations, confréries, artisans et travailleurs au sein de la Cité. Les Ordres mendiants. La montée de la bourgeoisie. La chrétienté orthodoxe et la rupture avec Rome. Dérives : confusion entre le temporel et le spirituel, l’intolérance, l’Inquisition, les avatars du pouvoir papal.

4) Renaissance, Réforme et Contre-Réforme. Les guerres de religion. Ignace de Loyola et les Jésuites. Au-delà des frontières de l’Europe. Le Nouveau Monde. La Nouvelle-France. Les grandes réalisations missionnaires.

5) Volet anthropologique et éthique. Les grandes inventions du christianisme (voir René Rémond). Les valeurs d’égalité, de justice sociale, de liberté, de droits de la personne. La Magna Carta. Ethique de la responsabilité. Le statut de la femme dans le monde chrétien. La doctrine sociale de l’Eglise. Les initiatives des chrétiens face aux dérives du capitalisme. Christianisme et marxisme. Les chrétiens et l’argent.

6) Foi et raison. La création des universités. L’Eglise et la science : Augustin, Thomas d’Aquin, Galilée, Pascal, Pasteur, Henry Newman. Les preuves philosophiques de l’existence de Dieu. Créationnisme et évolutionnisme. Teilhard de Chardin. Les défis soulevés par les nouvelles technologies.

7) La cité séculière. Racines chrétiennes de la laïcité. Les chrétiens en démocratie. Les valeurs démocratiques. Les Chartes modernes. La liberté religieuse dans l’espace public.

8) L’art chrétien. Œuvres littéraires, peinture, sculpture, musique, architecture, les grandes cathédrales, l’art du vitrail, l’iconographie.

9) Dossiers d’actualité : écologie, droit à la vie, avortement, bioéthique, éthique sexuelle, commerce des armes, violence armée, développement intégral et solidaire, liberté religieuse. Des problématiques donnant prise au dialogue et à des débats fructueux.

10) Grands témoins de la foi : Jérôme, Augustin, Benoît, François d’Assise, Thomas d’Aquin, Thérèse d’Avila, Ignace de Loyola, François Xavier, Thomas More, Vincent de Paul, Jean-Baptiste de la Salle, François de Montmorency Laval, Marie de l’Incarnation, Marguerite Bourgeois, Henry Newman, Sœur Teresa, Jean-Paul 11, etc. Héros anonymes et saints du quotidien. La contribution sociale des chrétiens ordinaires. Oeuvres éducatives et caritatives. Défense de la famille et promotion des droits de l’enfant. Témoins de la foi dans les camps de concentration et les goulags : Le Père Kolbe, les militants de la Rose blanche, Dietrich Bonhoeffer, Edith Stein, etc.

Ressources

On aurait avantage à faire appel à l’expertise de spécialistes de France et d’ailleurs réputés pour leurs nombreuses réalisations dans le domaine de la culture religieuse, soit pour la rédaction de manuels, soit pour le choix de lectures, soit pour la mise au point de méthodes pédagogiques efficaces. Il est important que le chantier de la culture religieuse soit réputé pour son niveau d’excellence et la qualité des moyens pédagogiques mis en œuvre.

Maîtrise d’œuvre

La direction du projet ici esquissé (ou de tout autre projet similaire) pourrait être confiée à des établissements renommés pour leur compétence en culture religieuse et en pédagogie, tel par exemple l’Institut Marie-Guyart.

Un libre choix enrichissant

Ceux qui proposent le libre choix dans le domaine de la culture religieuse n’ont pas la prétention, contrairement aux inventeurs du cours d’éthique et culture religieuse, de détenir la seule solution valable, la seule méthode pédagogique efficace, la potion magique que tous doivent obligatoirement ingurgiter. A leur façon ils croient aussi au pluralisme, mais à un pluralisme vécu dans le respect de la liberté religieuse et de la liberté de conscience. Ils n’ont pas peur de la liberté. Ils pensent que le libre choix peut être enrichissant pour tous.