IL ÉTAIT UNE FOIS, À DRUMMONDVILLE

J’ai lu, dans LA PRESSE du 17 mai 2009, le texte d’une sortie virulente de Raymond Gravel, prêtre du diocèse de Joliette, contre des opposants au cours d’éthique et de culture religieuse qui ont plaidé en cour, à Drummondville, en faveur du libre choix face à cet enseignement. A son avis, ces opposants font preuve d’intégrisme fanatique. Choqué, il constate que des parents ultra-catholiques font cause commune avec des militants athées. Ces gens-là, dit-il, ne sont même pas capables d’évaluer la pertinence et le contenu du nouveau cours. Bref, des excités pas drôles du tout.

J’étais présent, à Drummondville, lors du procès. J’ai causé avec certaines de ces personnes que dénonce Raymond Gravel. Des gens sereins, polis, respectueux de l’opinion des autres et soucieux de pratiquer la tolérance et le vivre ensemble. Mais ils sont aussi habités par de fermes convictions et estiment que les droits parentaux, ça existe. Ils suspectent qu’on veuille imposer à leurs enfants une sorte de religion civile marquée au coin du relativisme, du socioconstructivisme et du pluralisme normatif. Des experts venus sur place ont confirmé leurs pires appréhensions. Raison de plus pour appliquer le principe de précaution et réclamer le droit d’exemption. Y-a-t-il là de quoi se mettre en colère ? Un peu de sérénité, monsieur l’abbé !

TÉMOIGNAGE QUI DÉRANGE

Autrefois supérieur général des Fils de la Charité, Joseph Bouchaud a partagé pendant huit ans la vie des habitants d’un bidonville de Mexico ; pendant trois ans celle du ghetto de Chicago ; pendant un an celle d’un quartier populaire de Brazzaville ; pendant treize ans, celle d’un bidonville de Manille ( Voir LA CROIX, 21 avril 2009).

Une réalité s’est imposée à lui, telle une évidence. « Cette réalité, c’est que les directives actuelles de notre Eglise, sur le terrain de la procréation, chargent les plus pauvres de notre monde de chaînes qui aggravent leur misère et contribuent à augmenter le nombre d’humains vivant de manière inhumaine ». Il a constaté l’irréalisme et l’inefficacité des méthodes dites naturelles. « En imposant, comme seules solutions permises, des solutions qui leur sont inaccessibles et en interdisant les autres, l’Eglise contribue à enfermer les pauvres dans le cycle de la surnatalité ».

Autre interrogation troublante : « Comment peut-on présenter l’interdiction du préservatif au nom de la dignité de la vie, alors que des milliers de fœtusvont chaque jour à la poubelle dans tous les coins du monde ou sont enterrés comme des petits animaux dans un quelconque recoin de terrain , par des parents qui aiment leurs enfants mais sont écrasés par l’impossibilité de nourrir leurs trop nombreux autres enfants déjà nés ? »

Joseph Bouchaud conclut son témoignage en invitant les spécialistes en planification des naissances et en morale conjugale ( ce qui inclut sans doute le pape) à venir partager pendant quelques mois la vie des pauvres dans l’un des innombrables bidonvilles de notre monde . « Venez-y seulement avec votre Evangile, dit-il. Et regardez, écoutez, dialoguez, méditez, priez. Cherchez loyalement et librement à découvrir ce que Jésus dirait et ferait, s’il était à notre place… en répétant sans cesse les paroles lumineuses qu’il continue de nous adresser : « Tout ce que vous faites aux plus petits des miens, c’est à moi que vous le faites » ».

Un témoignage percutant qui vient déranger au plus profond de soi. Reste à déduire quelques conséquences pratiques

LES BONNES INTENTIONS

Le président de l’Assemblée des évêques du Québec n’hésite pas à vanter les mérites du coursEthique et culture religieuse. Cet enseignement, à son avis, favorise la connaissance de l’autre, le dialogue, le vivre ensemble et la poursuite du bien commun. De bonnes intentions avec lesquelles tout le monde est d’accord.

Reste à vérifier si, dans la pratique, l’amalgame de notions superficielles sur diverses religions contribuera à la réalisation de ces objectifs, si nobles soient-ils. Quoi faire quand cet étalage de données disparates heurte des convictions religieuses ? Quoi choisir quand on discute de polythéisme, de bien et de mal, de polygamie, d’excision, d’esclavage, de violence ? Qui aidera les jeunes à y voir clair ? Sûrement pas l’enseignant, puisque celui-ci est obligé, en vertu de la posture dite professionnelle, de s’en tenir à une rigoureuse neutralité. Les jeunes, laissés à eux-mêmes, devront inventer leur propre vérité. Est-ce ainsi qu’on va réussir à former le citoyen moderne auquel rêvent les inventeurs du nouveau cours ?

Jadis responsables, du moins en principe, des orientations générales et du contenu de l’ancien cours d’enseignement religieux, les évêques du Québec se préoccupaient sûrement qu’on y traitât de bien commun, du respect de l’autre, de dialogue, d’égalité de l’homme et de la femme, du vivre ensemble. Car ces composantes  humanistes s’insèrent tout naturellement dans une authentique vision chrétienne du monde. Alors pourquoi se sont-ils résignés aussi facilement à la suppression de cet enseignement pour accorder leur appui à une approche pédagogique inspirée par le relativisme et le socioconstructivisme et marquée au coin du pluralisme normatif ? Sûrement pas à cause d’un attrait exercé par la postmodernité ! Alors pourquoi ?

TÉMOIGNAGE QUI DÉRANGE

Autrefois supérieur général des Fils de la Charité, Joseph Bouchaud a partagé pendant huit ans la vie des habitants d’un bidonville de Mexico ; pendant trois ans celle du ghetto de Chicago ; pendant un an celle d’un quartier populaire de Brazzaville ; pendant treize ans, celle d’un bidonville de Manille ( Voir LA CROIX, 21 avril 2009).

Une réalité s’est imposée à lui, telle une évidence. « Cette réalité, c’est que les directives actuelles de notre Eglise, sur le terrain de la procréation, chargent les plus pauvres de notre monde de chaînes qui aggravent leur misère et contribuent à augmenter le nombre d’humains vivant de manière inhumaine ». Il a constaté l’irréalisme et l’inefficacité des méthodes dites naturelles. « En imposant, comme seules solutions permises, des solutions qui leur sont inaccessibles et en interdisant les autres, l’Eglise contribue à enfermer les pauvres dans le cycle de la surnatalité ».

Autre interrogation troublante : « Comment peut-on présenter l’interdiction du préservatif au nom de la dignité de la vie, alors que des milliers de fœtus vont chaque jour à la poubelle dans tous les coins du monde ou sont enterrés comme des petits animaux dans un quelconque recoin de terrain , par des parents qui aiment leurs enfants mais sont écrasés par l’impossibilité de nourrir leurs trop nombreux autres enfants déjà nés ? »

Joseph Bouchaud conclut son témoignage en invitant les spécialistes en planification des naissances et en morale conjugale ( ce qui inclut sans doute le pape) à venir partager pendant quelques mois la vie des pauvres dans l’un des innombrables bidonvilles de notre monde . « Venez-y seulement avec votre Evangile, dit-il. Et regardez, écoutez, dialoguez, méditez, priez. Cherchez loyalement et librement à découvrir ce que Jésus dirait et ferait, s’il était à notre place… en répétant sans cesse les paroles lumineuses qu’il continue de nous adresser : « Tout ce que vous faites aux plus petits des miens, c’est à moi que vous le faites » ».

Un témoignage percutant qui vient déranger au plus profond de soi. Reste à déduire quelques conséquences pratiques.

HARGNE ANTICHRÉTIENNE

Interdiction d’un pèlerinage, couvre-feu arbitraire pendant la nuit de Noël pour empêcher la célébration de la messe, harcèlement, arrestations sans motif, emprisonnements : ainsi va la vie des chrétiens au Vietnam (voir Agence Zenit). Et ainsi continue de se manifester le courage de croyants qui ne lâchent pas prise.

Phénomène qui se répète d’une décennie à l’autre : celui d’une inépuisable hargne envers le christianisme de la part des gouvernements communistes à travers le monde. Comment expliquer que ces régimes, convaincus de posséder la formule parfaite du « socialisme réel » et de détenir la recette infaillible qui garantit les « lendemains qui chantent » se révèlent incapables de supporter les manifestations les plus inoffensives qui soient de liberté religieuse? Un phénomène qui perdure depuis Lénine, a connu un sommet avec Staline, se répète en Chine, en Corée du Nord et ailleurs.

Pour la plupart les idéologues marxistes se sont de nos jours recyclés, certains dans le capitalisme pur et dur. Mais il en reste des poignées, ici et là, qui demeurent fidèles au crédo originel et vivent dans l’attente du Grand Soir. Ceux-là connaissent peut-être la réponse à l’interrogation que suscite le fait de l’inépuisable hargne antichrétienne qui marque l’histoire des régimes communistes à travers le monde. Puissent-ils un jour bien vouloir nous dévoiler la source de cette triste continuité.

« YOUPI MA RELIGION À MOI ! »

Le nouveau cours Ethique et culture religieuse n’a pas fini d’étonner. Qu’on se rappelle à titre d’exemple le cas de cet enseignant qui a demandé à ses élèves de dessiner un nouveau drapeau du Québec parce qu’il estimait que le fleurdelisé ne convenait plus puisqu’on y discerne l’effigie d’une croix. L’enseignant zélé croyait déceler là une atteinte à la laïcité.

Le cours réserve d’autres surprises. C’est ainsi qu’on trouve une perle bizarre dissimulée dans un cahier d’activités destiné aux élèves de premier cycle du secondaire et dont le titre est Partons à l’aventure ! La perle se nomme « Youpi ma religion à moi ! ». Comme aventure, c’est du vrai de vrai.

On invite les jeunes ( 12, 13 ans) à créer leur propre religion « comme moyen pour vérifier leur capacité à saisir les multiples facettes des mouvements religieux ». On précise : « À partir des multiples exemples vus en classe dans le chapitre 1, tu décides de fonder ton propre mouvement religieux pour répondre à ta quête de sens. Ce mouvement doit naître de ton imaginaire ». Production attendue : une description détaillée d’une religion inventée respectant la structure exigée.

Regroupés dans des équipes de quatre les écoliers doivent donc faire appel à leur imaginaire pour réaliser le projet suivant :

*inventer un fondateur et un mythe fondateur ;
*inventer un Dieu ou des dieux et en nommer les attributs ;
*inventer un code moral ;
*inventer un livre sacré ;
*inventer quelques rituels ;
*inventer quelques objets de culte.

On nous dit que ce cahier d’activités n’a pas été officiellement approuvé, donc qu’on ne doit pas prendre l’affaire trop au sérieux. Pourtant, il s’agit bien d’un outil de travail reconnu que l’on met à la disposition des enseignants et des jeunes. On y trouve un tas de trucs sur le vivre-ensemble et le dialogue. Certains éléments sont intéressants, mais le tout projette l’image d’un fouillis où s’entremêlent les bonnes intentions et la confusion. On ne réussit pas à retracer le fil conducteur qui assure l’unité de l’œuvre. L’ensemble est gentil, sirupeux, un peu gnangnan.

Quant à la perle bizarre, elle suscite une interrogation bien particulière puisqu’elle équivaut à un affront atteignant toutes les religions. Pourtant un des objectifs du cours est, nous dit-on, d’encourager une approche inclusive et tolérante envers les croyances. Or pour en arriver à inventer une bizarrerie pareille il faut au moins implicitement avoir assumé les trois postulats suivants : 1) toutes les religions se valent ; 2) mises ensemble elles ne valent pas grand-chose ;3) aussi bien s’en moquer et en tirer un passe- temps.

Voyons la pratique et tâchons d’imaginer d’éventuelles conséquences. A quatre participants par équipe il serait possible d’inventer cinq ou six religions par classe, chacune avec son ou ses dieux, son code moral, ses rituels. Des centaines de nouvelles religions pourraient ainsi émerger à l’échelle du Québec. Un vrai déferlement de religiosité. Même les adeptes du relativisme et du pluralisme normatif risqueraient d’être emportés par le courant. Les enseignants n’y pourraient rien, car il leur est interdit d’exprimer une opinion personnelle. Brouillard et confusion. Montée prévisible d’un sentiment de mépris envers tout ce qui est religieux. Est-ce là le but recherché ?

On peut heureusement prévoir que le déferlement n’aura pas lieu, car les jeunes sont capables de faire preuve de sens commun, plus que ceux qui ont inventé ce jeu. On peut aussi faire confiance au sens critique de parents qui sauront faire œuvre d’intelligence et de discernement. Il demeure qu’un dérapage aussi grossier sème l’inquiétude. Des parents se demandent si la potion magique qu’on fait ingurgiter à leurs enfants au nom du vivre-ensemble ne serait pas toxique. Ce qui incite certains d’entre eux à invoquer le droit d’exemption pour les jeunes dont ils ont la charge. Ils appliquent le principe de précaution. C’est une saine prudence qui les incite à agir ainsi.

L’un des grands esprits qui ont concocté le nouveau cours a affirmé avec assurance qu’on ne trouve nulle part ailleurs dans le monde l’équivalent d’un tel produit pédagogique. En découvrant le jeu Youpi ma religion à moi ! , je suis enclin à croire qu’il a raison. Car il est sûrement hors du commun d’inventer pareil passe-temps dans le domaine religieux. C’est « le bout du bout », comme m’a dit l’un de mes amis, pédagogue renommé qui fut longtemps enseignant et directeur d’école.