POUR MIEUX COMPRENDRE

Pas facile de cerner la nature spécifique du cours d’éthique et de culture religieuse, ni les objectifs de ceux qui l’on inventé. Mais certains textes fondateurs apportent un éclairage révélateur. A titre d’exemple, ce passage tiré d’un livre du philosophe Georges Leroux, Ethique, culture religieuse, dialogue : arguments pour le programme, où l’auteur prône la mainmise de l’Etat dans le domaine de la culture religieuse.

« ….Pour la première fois dan l’histoire du Québec, la société peut se reconnaître, par la voie de l’Etat, seule propriétaire de cet enseignement, elle peut l’assumer comme sa vocation propre, au même titre que la santé ou la justice. Elle peu surtout lui assigner des finalités qu’elle détermine pour elle-même, et qui seront d’abord sociales et politiques : assurer un vivre-ensemble harmonieux ».

A remarquer : 1) l’esquisse d’une religion civile ; 2) le glissement qui fait transiter d’un présumé consensus social à un diktat étatique ; 3) l’imposition de finalités sociales et politiques.

Se rappeler ce propos de Jean-Paul Desbiens ( Frère un Tel ) : « Ce n’est pas à l’Etat à catéchiser. Quand l’Etat catéchise, il ne catéchise pas Jésus-Christ, il catéchise l’Etat ».

LE PASSÉ VU AUJOURD’HUI

Société du patrimoine politique du Québec
Colloque Duplessis et son temps
Notes de présentation

On juge le passé à partir de son propre site d’observation. Mais tous n’occupent pas le même site et n’ont pas suivi le même cheminement. Il s’ensuit que le regard jeté sur le passé peut être pour les uns l’occasion d’une apologie ou d’un procès, pour d’autres celle d’une évaluation nuancée.

Il y avait, au temps de Maurice Duplessis, ceux qui avaient accédé à la modernité et ceux qui y aspiraient pour eux et pour d’autres mais avaient le sentiment qu’on leur bloquait la route. Se rappeler l’espoir qui a surgi le 17 août 1936 et la déception qui a suivi, la relance de 1944-48, la grève de l’amiante, l’exercice arbitraire du pouvoir, le triomphe peu honorable de 1956.

Il y avait des agents de changement impatients qui se butaient au conservatisme social, aux mesquineries, à l’utilisation arbitraire des fonds publics, à l’anti-syndicalisme systématique. Mais il y avait d’autre part ceux qui multipliaient les témoignages de reconnaissance suscités par des subventions parfois modestes, par un petit coup de pouce au profit d’œuvres sociales et éducatives, d’une Ecole normale ou d’une université.(Voir Robert Rumilly, Maurice Duplessis et son temps).

Il y avait aussi ceux qui étaient en attente de mesures propres à transformer leur milieu de vie. Exemples : des routes pavées, de nouvelles écoles, l’électrification rurale, le crédit agricole. Pour eux, Duplessis a incarné la modernité.

Eu égard à la question nationale, il fut, à sa manière un chef de file et un relais dans le projet de souveraineté du Québec. Pensons au « Maîtres chez nous » d’octobre 1939, réitéré à maintes reprises. Maurice Duplessis a contribué à entretenir une aspiration nationale que d’autres avaient mise en veilleuse (v.g. la bataille en faveur d’un impôt provincial)

Son temps ne fut pas celui d’une grande noirceur, ni de grandes clartés. Plutôt celui d’une continuité dans le cheminement laborieux et parfois erratique d’une petite nation têtue, tenace, fidèle à ses racines, consciente d’être différente, longtemps pauvre, puisant dans son histoire et sa foi chrétienne la force de s’inventer sans cesse et de faire face à de nouveaux défis.

Avec ses qualités et ses défauts, nonobstant le procès qu’on lui intente non sans raison, Maurice Duplessis fait partie de cette histoire qui est la nôtre. C’est pourquoi René Lévesque considérait qu’il avait droit à sa statue devant le Parlement, et ce sur la portion de terrain dont le Québec est propriétaire. Tout compte fait, ces deux hommes, qui sans doute ne s’aimaient guère, ont participé à la réalisation d’un même projet collectif. Mais, il faut bien le reconnaître, chacun avec sa propre vision des choses et avec des méthodes et un style différents.

AU SERVICE DE LA VIE

Le débat sur l’avortement traverse les siècles et affecte toutes les cultures. Le progrès scientifique contribue à le rendre plus dramatique qu’auparavant puisqu’il permet de nos jours de confirmer clairement l’identité humaine de l’embryon dès la phase préliminaire. Dans les pays où la naissance d’une fille est vue comme une épreuve l’écographie fournit l’information dont on a besoin pour prévenir ce qu’on considère comme un malheur appréhendé. D’autre part, le recours à l’avortement est considéré par certains comme une simple technique de contraception alors même qu’existent d’autres moyens efficaces d’empêcher des naissances non souhaitées.

Nouvelle relance

Le débat perdure. Il suffit parfois d’un simple incident pour le raviver. C’est ce qui s’est produit par exemple quand la Gouverneure générale du Canada a décidé d’honorer le docteur Henry Morgentaler, rendu célèbre grâce aux milliers d’avortements dont il a été l’instigateur. Il est sans doute le médecin canadien le plus connu dans le monde, plus même que l’éminent docteur Penfield, neurologiste montréalais hautement réputé.

On vient d’assister, à l’été 2009, à une relance du débat, mais sous un angle vraiment inattendu. Il s’agit d’une dispute entre partisans de l’avortement qui ne s’entendent pas sur les procédures à suivre. L’avortement est-il un acte médical d’importance mineure? Faut-il organiser des blocs opératoires dans les cliniques privées? Comment répondre le plus efficacement à la demande?

La dispute escamote cependant une question essentielle, celle de savoir ce qui se passe dans le cas d’un avortement, quel en est l’enjeu : la suppression d’un appendice embarrassant ou plus que cela? Est-on en présence d’une simple excroissance qu’une intervention médicale peut contrer aisément ou d’une vie humaine au stade embryonnaire? Si on retient la deuxième interprétation on ne peut se satisfaire d’une discussion qui porterait seulement sur des aspects techniques.

Un avortement pour trois naissances au Québec : le phénomène a de quoi inquiéter. On a raison de considérer cela comme un problème de société. Pourtant les partisans de l’avortement, à commencer par les porte-parole du corps médical, le ministre de la santé et le premier ministre, ne semblent pas en être conscients.

Une autre approche

Ceux qui estiment que l’avortement soulève une question morale se sentent peu concernés par le débat qui divise les pro-choix tout en étant surpris de la légèreté avec laquelle ces bonnes gens abordent une question aussi grave. Comme si le pouvoir qu’on s’attribue de supprimer une vie humaine à un stade initial ne posait aucun problème éthique dès lors que sont respectées des règles minimales d’hygiène. Ceux que l’on qualifie de pro-vie réalisent qu’ils ont bien peu à dire dans une dispute où les protagonistes ne se préoccupent que de la méthode qui permettrait d’assurer le plus grand nombre possible d’avortements dans de bonnes conditions d’hygiène et au meilleur coût.

D’autre part, il en est, parmi les pro-vie, qui estiment que le volet politique et juridique du problème est secondaire. Ils savent que les frontières de l’éthique et du juridique ne coïncident pas toujours et que le législateur peut approuver une mesure sociale d’exception en faveur de ceux qui considèrent l’avortement comme un moindre mal légitimé en certaines circonstances par une éthique de détresse. Ce qui ne les empêche pas de s’inquiéter du danger que représente la banalisation de l’avortement transformé en technique de contraception. Mais il demeure que leur attention se porte ailleurs, surtout que le dogmatisme et la virulence du discours dominant rendent difficiles le dialogue qui pourrait conduire à l’élaboration de normes juridiques inspirées d’une rationalité politique axée sur la poursuite du bien commun.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien à faire. Dans la réalité, on dénombre une grande diversité d’initiatives inspirées par la culture de la vie. Pensons par exemple à la campagne qu’avait organisée la regrettée Eunice Kennedy Schriver, sous le nom de One millions for life, qui visait à recruter un million de personnes souhaitant adopter des enfants non désirés. Ou, en plus modeste, à ce message affiché sur le babillard à l’entrée de plusieurs églises et qui informe quant à la possibilité de prendre contact avec un organisme du genre Grossesse-secours. Ou encore à ces cas de parents et d’amis qui font équipe pour prendre en charge les multiples tâches et responsabilités liées à la venue prochaine d’une vie nouvelle non souhaitée.

Au fait, la culture de la vie peut se manifester de multiples façons. J’en souligne quelques-unes.

·      Exprimer ouvertement ses convictions. Pas besoin d’adopter un style de pro-vie agressif pour rappeler que l’avortement signifie la suppression d’une vie humaine, donc soulève une question morale et que sa banalisation peut favoriser des comportements irresponsables.

·      Tout en étant conscient qu’il existera toujours des situations en apparence sans issue où des gens de bonne foi appliquent une éthique de détresse il est souhaitable que ceux qui optent pour une culture de la vie manifestent leur préférence pour des solutions qui vont dans le sens de leurs convictions profondes.

·      Encourager les comportements responsables en éduquant à une vie sexuelle elle-même marquée par le sens de la responsabilité, ce qui inclut l’accès à des méthodes efficaces de contraception. On doit s’attendre à ce sujet à des divergences d’opinion sur la validité morale de ces méthodes, même chez des gens qui se réclament d’une éthique d’inspiration chrétienne.

·      Manifester une attitude d’accueil à la vie, quelles que soient les circonstances qui entourent son apparition. « Tant qu’une fille-mère aura à craindre non seulement la gêne, mais la honte, tant que la maternité ne sera pas, comme telle, toujours honorée et efficacement aidée, aucune morale n’empêchera la multiplication des avortements » (M. Labourdette,o.p.)

·      Accompagnement et soutien. Assurer un financement décent aux organismes du genre Grossesse-secours. Cet appui passe loin avant le financement public d’un club de hockey professionnel.

·      Soutien à la famille. Ce qui implique par exemple une politique du logement social qui donne priorité aux jeunes couples avec enfants.

·      Des places pour tous les enfants dans les garderies, les écoles, les centres culturels et sportifs, les bibliothèques, les colonies de vacances, les services de santé. Accueillir la vie ne se limites pas aux étapes de son annonce et de son apparition ; il inclut toutes les phases du développement humain. Le recours à l’avortement n’est souvent que la conséquence du refus de la vie dans une société qui ne sait pas assurer un espace décent aux vies nouvelles en attente d’épanouissement.

·      Ecologie sociale. L’accueil à la vie commande l’instauration d’un climat social favorable au respect de la dignité de chaque personne, à commencer par celle des plus petits, des êtres sans défense. Ce qui requiert par exemple qu’on protège le caractère sacré de l’enfant et que l’on applique la règle de la tolérance zéro à l’égard des prédateurs sexuels.

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Au cours des dernières décennies le Québec s’est privé de plusieurs milliers de citoyens à qui on a refusé le billet d’entrée sur la scène de la vie collective. Ce problème social dépasse de beaucoup celui des chicanes qui opposent entre eux des partisans pro-choix. Il est impératif de se mettre au service de la vie même quand cela va à l’encontre du courant dominant et tout en sachant que se présenteront à l’occasion des situations dramatiques et complexes où on devra s’en remettre à la conscience éclairée et à la bonne foi des personnes directement concernées.