Si je pouvais voter

Étrange comportement que celui de têtes d’affiche de la classe politique qui répètent sans cesse que les citoyens qui habitent l’espace canadien ne veulent pas d’élections, donc qu’ils ne sont pas intéressés à exercer leur droit de vote. Comme si ce droit n’avait aucune importance. Jadis, pourtant, on s’est battu avec acharnement pour l’obtenir. Des militantes féministes ont mené de dures batailles pour que les femmes puissent aussi l’acquérir. Dans des pays comme l’Irak ou l’Afghanistan on est prêt à risquer sa vie pour l’exercer. Or voici qu’on veut nous faire accroire que les citoyens canadiens s’en fichent et qu’ils ne veulent pas être dérangés dans leur train-train quotidien.

Je connais beaucoup de gens qui aimeraient bien pouvoir exercer leur droit de vote. Ils prennent au sérieux ce propos de Platon : « Tout ce qu’on gagne à se désintéresser de la politique, c’est d’être gouverné par des gens pires que soi ». Ils savent qu’on a les gouvernants qu’on mérite et que le moyen d’en mériter des meilleurs, c’est d’aller voter et de le faire avec intelligence et discernement.

Autre étrangeté : le leader de la loyale opposition de Sa Majesté déclare que le budget soumis à l’approbation du Parlement est sans valeur et plein de trous. Mais il refuse aux contribuables la possibilité de rejeter ce budget. Pas question d’élections puisque, dit-il, les gens n’en veulent pas. Le leader de la loyale opposition de Sa Majesté a décidé au nom de tout le monde qu’il ne s’opposera pas à l’adoption d’un mauvais budget. Mais à quoi donc sert ce genre d’opposition ?

Des faiseurs d’opinion répètent aussi que les gens ne veulent pas d’élections, mais en même temps ils tentent d’influencer les façons de voir en prévision du jour lointain où il faudra bien permettre qu’on exerce son droit de vote. Mais on a l’impression que l’idéal, pour eux, c’est une démocratie sans élections. C’est tellement plus simple.

La cerise sur le gâteau

Étrange débat que celui lancé par Lucien Bouchard, ancien premier ministre du Québec, qui invite à mettre de côté l’objectif de la souveraineté politique pour s’occuper de problèmes quotidiens. Comme si la possession de la souveraineté nationale ou sa privation n’avaient pas d’incidence sur le développement d’une société et sur la vie de tous les jours. Comme si, pour un peuple, le fait d’être maître chez lui n’avait pas plus d’importance que la cerise sur le gâteau.

Comment expliquer les énergies déployées par un grand nombre de nations en vue d’accéder à l’indépendance ? L’histoire là-dessus jette un éclairage précieux : celui du cheminement de peuples qui ont poursuivi inséparablement le double objectif de la souveraineté politique et du développement économique et social : les Etats-Unis, la Norvège, la Pologne, la Slovaquie, la Slovénie, la Croatie, les pays jadis membres de l’ex URSS, l’Inde, les anciennes colonies africaines, etc. L’ONU compte maintenant près de 200 Etats souverains et leur nombre ne cesse d’augmenter. L’addition de vanités collectives ou l’actualisation d’une tendance profonde et normale ? Pourquoi la nation québécoise refuserait-il pour elle-même ce que l’on considère comme allant de soi pour d’autres ?

Faux dilemme que celui que nous sert cet ancien premier ministre, souverainiste circonstanciel. Je préfère pour ma part la façon de voir de Jean-Paul II, citoyen de la Pologne souveraine, qui considérait chaque nation comme une incarnation historique et sociale du travail de toutes les générations liées par un même héritage et une même culture. Voilà pourquoi il souhaitait « que toutes les nations, même les plus petites, même celles qui ne jouissent pas encore de la pleine souveraineté et celles auxquelles celle-ci a été enlevée par la force, puissent se retrouver dans une pleine égalité avec les autres dans l’Organisation des Nations-Unies. » Une façon de voir les choses qui va bien au-delà de la cerise sur le gâteau.

Vaches sacrées et vaches maigres

Le choix des mots n’a rien d’innocent. Quand on y va à répétition, cela prend l’allure d’un argumentaire. S’ensuit un effet consciemment ou inconsciemment recherché. C’est ce qui se produit avec l’étiquette des « vaches sacrées », auxquelles on impute les difficultés que doit affronter le pouvoir politique dans sa tentative visant à équilibrer les finances publiques.

Pour certains experts conservateurs les vaches sacrées désignent des gains sociaux que les Québécois ont réalisés au cours des années. Nous nous sommes donné de bons services de santé, accessibles aussi bien aux moins nantis qu’aux plus fortunés. Des garderies à coût modeste facilitent le quotidien des jeunes familles. Les bas tarifs d’électricité aident en premier lieu les gens à faible revenu. Les diplômés de CEGEP ont accès aux études universitaires en acquittant des frais de scolarité moins élevés que dans les autres provinces canadiennes. Ces divers avantages compensent en partie pour un niveau de taxation relativement élevé. Tout compte fait, le système se révèle conforme aux requêtes de la justice sociale et de la justice distributive. Reste à l’améliorer tout en respectant les exigences d’une saine gestion économique.

Voilà qui est trop beau, disent ceux qui se qualifient de lucides et de réalistes. Quand on est né pour un petit pain, il ne faut pas ambitionner de se nourrir de tarte à la crème. Des chefs de file de « la sinistre confrérie des économistes « (dixit J.K.Galbraith) déclarent que le temps est venu de se débarrasser de ces vaches sacrées qui coûtent trop cher. Il faut désormais instaurer l’ère des vaches maigres qui sied à ceux qui sont nés pour un petit pain. L’avenir est à la frugalité, et la frugalité, c’est la santé. Grâce aux vaches maigres, tout le monde ne s’en portera que mieux, à commencer par les plus nantis.

Il y a là matière pour un beau débat de société.

Liberté écorchée

Que l’on soit si l’on veut partisan farouche du cours d’éthique et culture religieuse(ECR), une question perdure, incontournable : en vertu de quel principe se permet-on de rendre ce cours obligatoire ?

La question est d’autant plus pertinente que les concepteurs du cours sont connus pour leur attachement avoué aux libertés démocratiques. Or ils évacuent le droit à la liberté de choix dans un domaine particulièrement délicat, celui des croyances et des convictions personnelles. Qui plus est, ils nient aux parents ce droit, que La Charte québécoise des droits et libertés énonçait clairement, avant d’être charcutée ; un droit inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948.

Le cardinal Marc Ouellet vient de rappeler aux mentors du cours ECR la primauté des droits parentaux en éducation et celle du droit à la liberté religieuse, volet inséparable de la liberté tout court. Il prévient : « Quand on limite la liberté des gens, tôt ou tard, ça nous rebondit en face », a-t-il déclaré ( Le Devoir, 5 février 2010). Un avertissement à ne pas prendre à la légère.

Le cardinal s’affirme en défenseur de la liberté, les mentors obligent les jeunes à ingurgiter leur potion magique. Voilà qui résume bien le débat, qui est loin d’être terminé, sur la liberté religieuse à l’école.

Chrétiens persécutés

Les chrétiens ont été victimes de nombreuses persécutions à l’époque de l’Empire romain. Au cours des siècles suivants, il est arrivé qu’ils se soient mutuellement persécutés, parfois entretués, comme au temps de la Réforme protestante ou, à une époque plus récente, en Irlande du Nord. Au XXème siècle des millions de croyants ont subi l’oppression exercée par deux régimes totalitaires, le nazisme et le communisme. Des régimes imbus de l’idéologie marxiste continuent de nos jours de peser lourd sur la vie quotidienne des croyants, come c’est le cas au Vietnam et en Chine. Les sous-cultures d’inspiration marxiste véhiculent un virus qui semble les rendre allergiques à toute forme de liberté, particulièrement la liberté religieuse.

Mais ce ne sont pas là les seuls cas où l’oppression fait sentir son poids. . Nombreux les pays où le régime politique n’a rien de marxiste et où les chrétiens sont l’objet de persécutions, par exemple dans certains pays musulmans. Si bien qu’une association rattachée au mouvementAide à L’Eglise en détresse ( AED) a jugé nécessaire de mettre sur pied un site consacré aux chrétiens persécutés, dénommé « Where God weeps ». (Voir Agence Zenit, 1 février 2010). Car on décèle des cas de plus en plus nombreux de minorités chrétiennes victimes de sévices de toutes sortes : brutalités policières, destruction de bâtiments religieux et d’écoles, menaces de mort, assassinats. Le nombre de missionnaires et d’agents de pastorale qui ont perdu la vie de façon violente a doublé en 2009. Les atteintes à la liberté religieuse se produisent parfois dans des pays dont les ressortissants, quand ils s’établissement en Occident, réclament haut et fort des droits et privilèges que le pays d’origine refuse aux minorités religieuses chrétiennes.

Le site « Là où Dieu pleure » ( Where God weeps) se donne comme principal objectif de porter sur la place publique des situations de détresse auxquelles les médias ne font pas toujours écho, et ce pour diverses raisons, dont la censure qui freine l’accès à l’information dans les pays où l’on brime les droits humains. S’ajoute à cela l’indifférence dont font preuve des professionnels des communications face à des événements et à des situations à connotation religieuse.

Parmi les chaînes de télévision qui retransmettent les émissions du site « Where God weeps » mentionnons EWTN Global, Salt &Light (Canada) et Boston Catholic TV. Une lacune regrettable : le site n’émet qu’en anglais. On ne sait pas quand l’information transmise le sera aussi en français et dans d’autres langues.

Haïti: vers un nouveau départ

L’indicible choc. C’est sans doute le constat auquel les médias ont fait écho le plus fréquemment en décrivant les séquelles énormes de la secousse sismique qui a ravagé Haïti. Une réaction qui en rappelle d’autres dont on fut témoin dans le passé lors de séismes de grande amplitude. Ainsi celle que Voltaire avait manifestée à la suite du tremblement de terre qui détruisit Lisbonne en 1755. « Le séisme ébranle les certitudes des individus et des systèmes de valeurs. La terre bouge, les croyances flageolent, l’âme se fend » ( Christophe Barbier, L’Express,21 Janvier 2010).

Que l’on soit croyant ou non, un drame aussi horrifiant soulève de multiples pourquoi qui demeurent sans réponse. Des sceptiques et des incroyants se sentent renforcés dans leur refus de croire. Des croyants cherchent à comprendre pourquoi le Dieu de miséricorde a permis à la nature de suivre ses propres lois, provoquant ainsi un débordement indicible de souffrance et d’horreur. Chez les uns et les autres des interrogations restent en suspens.

Des chrétiens ont cru pouvoir expliquer l’inexplicable en se raccrochant à la ligne de pensée d’un célèbre télévangéliste américain qui a proposé une interprétation stupide et odieuse de la catastrophe, invoquant la thèse farfelue de la malédiction.. Comme quoi l’étude méticuleuse de textes bibliques n’immunise pas contre la bêtise.

En revanche, des manifestations religieuses transmises par des réseaux de télévision laissent penser que les pauvres et les non-instruits sont capables d’une foi plus éclairée et plus solide que les gens instruits. Ils n’ont peut-être pas lu le Livre de Job , mais ils aboutissent à la même conclusion que l’auteur du livre sacré : il y a une souffrance qui est de l’ordre du mystère. Mais viendra le jour de la réparation et de la restauration, alors que le Dieu miséricordieux essuiera toute larme des yeux de ceux et celles qu’il aime et qui ont tenu le coup sous le poids de l’épreuve.

Débordement de solidarité. L’aide est venue de partout. Elle a outrepassé les capacités de distribution des organismes qui ont pris en charge les opérations de secours. Le sentiment d’appartenance à une même famille humaine a franchi un grand pas en avant. Des millions de gens provenant de tous les pays se sont sentis haïtiens. Réflexe prometteur pour l’avenir. Il contribuera sûrement à stimuler les initiatives qui vont dans le sens du développement solidaire des peuples et qui visent à réduire les inégalités entre pays riches et pays pauvres. La solidarité rend l’imagination créatrice et porteuse d’efficacité.

Solidarité Québec-Haïti. Celle-ci est particulière. Elle se nourrit de racines dont certaines plongent loin dans le passé : des communautés religieuses à l’œuvre en Haïti depuis plusieurs décennies, des ONG efficaces, des Québécois pour qui Haïti représente une deuxième patrie, des Haïtiens devenus citoyens du Québec tout en demeurant toujours attachés au pays d’origine, d’innombrables liens d’amitié qui se sont tissés au cours des années. Ce qui explique par exemple que des militaires québécois de retour d’Afghanistan ont dit oui sans hésiter quand on leur a proposé de se rendre en Haïti pour y accomplir des missions de paix. Eux aussi se sentent proches de ce pays lourdement éprouvé. . aïti Haïti Ha

C’est sans difficulté que des milliers d’Haïtiens ont adopté le Québec, terre française et de tradition judéo-chrétienne. On n’a pas eu besoin de leur fabriquer des accommodements pour qu’ils se sentent à l’aise chez nous. Ils ont apporté avec eux leur parler français coloré, la vitalité, la jeunesse, des enfants qui nous manquent, le goût du travail, un savoir aux multiples facettes, une foi dans l’avenir qui devine au-delà des afflictions du présent. Ils savent s’adapter à notre climat rude, parfois maussade. Mais si le temps qu’il y fait est parfois frisquet, le sol est solide et l’espace est grand.

Reconstruire Haïti, oui. Une tâche qui s’impose. Mais rien n’empêche qu´en même temps on agrandisse la rallonge haïtienne en territoire québécois et parallèlement la rallonge québécoise en territoire haïtien. Grâce au rapprochement progressif de deux peuples qui entretiennent déjà de multiples affinités, on peut entrevoir un nouveau départ historique, tant pour le Québec que pour Haïti, et dont on aura raison de se réjouir et d’être fier. Possiblement l’émergence d’une forme inédite de souveraineté-association. On ne sait jamais.

On objectera : ce n’est qu’un rêve. A cette objection je réponds en citant un chant populaire brésilien. On y lit ceci : « Lorsqu’on rêve seul, ce n’est qu’un rêve. Lorsque nous rêvons ensemble, c’est le commencement de la réalité »