Pour qui nous prend-on?

Un homme politique en quête d’appuis a décidé de courtiser d’éventuels partisans en portant des jeans, une chemise à carreaux et une calotte de cycliste. Il paraît que ça rapproche du monde. Sauf qu’il ne s’est pas demandé si les électeurs ne se ne préoccupent d’abord de ses idées et de son programme politique. Or là-dessus, ils se posent des questions.

Un autre aspirant au pouvoir porte des jeans troués. Cela fait encore plus peuple. Mais ses idées sont encore plus vétustes que celles de son chef. Tout jeune qu’il soit, il ne semble pas comprendre que les électeurs n’en ont rien à cirer avec les jeans troués et les allures de bourgeois émancipé.

Ils veulent savoir si son projet de société peut intéresser les Québécois.

Les citoyens ordinaires ne sont peut-être pas plus intelligents que les personnages politiques. Mais pas moins non plus. Et ils n’aiment pas qu’on tente de les manipuler comme une bande de poires.

Liberté de choix au royaume de la laïcité

Première retombée du jugement Dugré, dans l’affaire Loyola : l’embarras du premier ministre du Québec qui, réagissant de façon improvisée, en appelle d’une décision qui pourtant n’a rien de catastrophique puisqu’elle ne fait que confirmer l’importance de certaines valeurs qu’il convient de promouvoir dans une société démocratique : la liberté religieuse, le respect des droits des parents en éducation, la liberté de choix. Au lieu de se hâter d’en appeler de ce jugement, il eut été plus approprié de s’interroger sur la pertinence d’un enseignement étatique obligatoire susceptible de porter atteinte aux convictions spirituelles et éthiques de milliers de parents et de jeunes.

Deuxième retombée : la réaction de la chef de l’opposition, non moins embêtée qui, réagissant aussi à la hâte, est d’accord pour interdire à un établissement privé d’intégrer au curriculum régulier un enseignement équivalent au programme officiel, mais marqué en sus d’une tonalité spirituelle particulière. Apparemment, ce projet heurte ses convictions laïques.

Faut se rappeler qu’en cette matière la chef de l’opposition a suivi un cheminement pour le moins sinueux. Il fut un temps où elle s’engageait à défendre non seulement le droit à un enseignement religieux mais même à respecter le statut confessionnel des établissements scolaires. Puis elle a changé de camp. La voici devenue militante fervente d’un laïcisme en apparence pur et dur. Elle dit craindre qu’on en revienne au Moyen Âge. Au fait, que sait-elle de cette époque médiévale chrétienne ? Il a connu la grandeur, ce temps où vécut et enseigna Thomas d’Aquin, qui s’efforçait de démontrer qu’il existe une connexion étroite entre la foi chrétienne et la raison. Il ne pensait pas que le fait de croire nuise à la vigueur intellectuelle, ni que la non-croyance offrît une garantie contre l’anémie de l’esprit.

Car ce fut là un grand projet médiéval : arrimer foi chrétienne et raison. Une raison autonome sous l’éclairage de la foi , celle-ci remplissant la fonction d’éclairage , de lumen sub quo. C’est le même objectif que poursuivent les enseignants de Loyola, auquel ils ajoutent celui de faire connaître à leurs étudiants les grandes composantes de l’humanisme chrétien. D’une génération à l’autre l’établissement s’est acquitté de cette tâche avec compétence et succès. Faut-il lui interdire de poursuivre désormais une mission aussi noble ?

L’empressement du premier ministre d’en appeler du jugement Dugré étonne d’autant plus que le personnage donne l’impression d’avoir des convictions élastiques. Il semble peu enclin aux visées de longue portée.

Ce n’est pas dans son genre de vouloir changer le cours de l’histoire.

Dans le cas de la chef péquiste, c’est plus inquiétant. Elle transporte dans ses bagages le projet d’une nouvelle société, d’un monde différent. D’où la question : de quoi sera fait ce monde nouveau ? Par exemple, quelle place y va-t-on accorder à la liberté de conscience et de religion et aux droits des parents en éducation ? Sans doute que le Québec souverain de demain ne risque pas de ressembler à une sorte de république de style islamique revêtue d’une défroque laïque intégriste. Mais encore, pour se sentir rassuré, il ne serait pas superflu qu’on en sache plus sur ce pays nouveau auquel rêve la chef péquiste. Il sera laïque, soit, et cela sied bien, car la laïcité est une vertu partout vantée. Mais de quelle étoffe sera tricotée cette laïcité nouvelle : ouverte ou fermée, aérée ou constipée, en continuité avec le passé ou en rupture avec lui, capable d’un minimum d’empathie face aux valeurs de souche chrétienne ou habitée par la culture du ressentiment ? Voilà une question complexe qui mérite qu’on s’y attarde.

En attendant une réponse qui pourra nous éclairer sur ce que sera le Québec de demain, il apparaît souhaitable qu’on trouve un accommodement raisonnable qui permette à un établissement scolaire hautement renommé de poursuivre la mission éducatrice de qualité dont il s’acquitte depuis un siècle et demi. Autrement dit, ce serait plus que pertinent qu’on fiche la paix à cette institution héritière d’une grande et belle tradition qui remonte à saint Ignace de Loyola.

Prolétaires chez nous

Troublant reportage d’un journaliste de LA PRESSE (3 juillet 2010) sur les conditions de vie et de travail d’ouvriers agricoles guatémaltèques qui s’esquintent sur des fermes du Québec tout en supportant des conditions de vie inhumaines et tout en se contentant de bas salaires.

Esprit de lucre et capitalisme débridé. Pas besoin de lire Zola, Dickens ou d’autres écrivains qui ont décrit la condition prolétarienne au X1Xème siècle. Voici qu’au Québec du XXIème siècle on découvre des situations comparables à celles qui prévalaient jadis au temps où le capitalisme sauvage se faisait aller sans aucun frein.

On a pourtant voté, depuis ces temps lointains et dans de nombreux pays, des lois sur les normes du travail qui visent à protéger les travailleurs contre les abus de ceux qui les exploitent. Ces lois, au Québec, doivent protéger non moins les travailleurs guatémaltèques ou mexicains que les gens d’ici. Comment se fait-il qu’elles ne semblent pas aider à alléger le sort de centaines de travailleurs étrangers qui se voient imposer des tâches épuisantes que les gens d’ici refusent d’accomplir ?

Cette exploitation honteuse de travailleurs qui contribuent au bon fonctionnement de notre économie est loin d’être à l’honneur de la société québécoise.