DES UNIVERSITAIRES CHATOUILLEUX

L’Académie d’Al Azhar du Caire a décidé de suspendre les rencontres à caractère œcuménique avec le Saint-Siège. Le motif : les interventions répétées du pape Benoît XVI en faveur des chrétiens d’Orient, soumis à des persécutions incessantes. Ce qui a incité le pape à réclamer la protection des gouvernements, aussi bien celui d’Egypte que ceux des autres pays du Moyen-Orient (Agence Zenit, 20 janvier 2011)

Le grand imam d’Al-Azhar, la plus haute autorité de l’islam sunnite en Egypte, aurait été fort choqué parce que le pape n’a pas fait référence à la protection des musulmans. Mais toutes les nouvelles qui nous parviennent de là-bas confirment bien qu’il s’agit d’une chasse aux chrétiens et que ce sont des musulmans extrémistes qui l’ont prise en main. On veut forcer à l’exil des minorités chrétiennes qui vivent dans un climat de peur et sous la menace permanente d’agressions que les gouvernements en place ne peuvent pas ou ne veulent pas empêcher.

La crise de nerfs de l’imam chatouilleux et de ses collègues aura au moins un bon effet : axer le dialogue œcuménique moins sur des études savantes que sur le réel, le concret, la vie quotidienne de petites gens qui veulent tout simplement goûter un minimum de sécurité sans avoir à craindre la mort parce qu’ils arborent un crucifix ou qu’ils participent à une célébration eucharistique. L’œcuménisme, ça débute ainsi, à ras le sol.

BEN ALI, BÉBÉ DOC ET LES AUTRES

Le premier a pigé quelque 5 milliards$ dans les fonds publics, emprisonné ceux qui ne pensaient pas comme lui, soumis des opposants à la torture, en a fait assassiner un certain nombre. L’autre a perpétré des horreurs du même genre et s’est enfui sous la menace populaire. Et le voici de retour, car il veut, dit-il, contribuer à soulager la misère du peuple. C’est d’un humour sans égal. D’autres, ailleurs, continuent d’opprimer et d’exploiter sans retenue. La tyrannie a la couenne dure.

L’autorité est nécessaire dans un pays. Mais l’histoire montre qu’elle peut facilement basculer du côté de la tyrannie. Certains peuples ont réussi mieux que d’autres à civiliser l’exercice de l’autorité. Une sagesse civique particulière les a immunisés contre les maladies du pouvoir. Mais c’est un gain fragile. La démocratie est à refonder et à consolider tous les jours. C’est en ce sens qu’on peut dire qu’on a les gouvernants qu’on mérite.

Lueur d’espoir : le courage du peuple tunisien qui montre qu’on peut s’en sortir. De quoi faire réfléchir plusieurs potentats dont le pouvoir s’est dégradé en maladie. Comme jadis ce fut le cas pour un dénommé Hérode, que Jésus croisa sur son chemin et à qui il ne jugea même pas utile d’adresser la parole. La sagesse d’un peuple, c’est aussi ne pas dialoguer avec pareilles gens, mais plutôt de chercher comment s’en débarrasser. Le faire en recourant à des stratégies non-violentes et efficaces, qui permettent de renverser les puissants de leurs trônes et de renvoyer les riches les mains vides, comme il est dit dans le beau chant du Magnificat.

Ahurissant, et un peu débile

La Commission européenne a fait distribuer des agendas à plus de trois millions de lycéens. On y mentionne plusieurs fêtes religieuses relatives au judaïsme, à l’islam et à l’hindouisme. Aucune mention de fêtes religieuses chrétiennes. Pour Noël, on a dessiné un sapin venu de Finlande. C’est tout. (Voir LA CROIX, 13 janvier 2011).

De la christianophobie un peu débile, d’un genre différent des persécutions et du harcèlement qui sévissent dans plusieurs pays musulmans. On a affaire à une négation silencieuse des racines chrétiennes de l’Europe. Une omission ahurissante, a déclaré la Conférence des évêques européens, laquelle estime que la dite Commission devrait logiquement être ouverte le 25 décembre et travailler comme si c’était un jour ordinaire, puisque que Noël ne fait plus partie de son décor.

Laurent Wauquiez, ministre français chargé des affaires européennes, a poussé « un cri de colère » Il commente : « Cette initiative, sympathique au départ, est représentative d’une Europe que je n’aime pas et qui ne s’aime pas. Cette Europe-là nie ses racines chrétiennes et met un mouchoir pudique sur ce qu’elle est. L‘Europe des clochers ne s’assume pas. Or une identité refoulée est une identité qui se venge ». De quelle vengeance s’agit-il, je ne saurais dire.

Le ministre a parlé d’une « Europe qui ne s’aime pas ». Ce propos me fait penser à ces Québécois qui ne s’aiment pas en tant qu’héritiers de la tradition chrétienne. D’un côté et de l’autre on rejette des racines communes. Pourtant, Il existe sûrement une meilleure façon d’assumer un passé fait d’ombres et de lumière, mais où celle-ci l’emporte largement.

Paix et absence de guerre

« La paix, ce n’est pas seulement l’absence de guerre ». J’ai entendu ce  propos à quelques  reprises à l’occasion du Jour de l’An, journée mondiale de la paix. Ceux qui parlent ainsi veulent mettre l’accent sur l’importance des relations harmonieuses entre parents et amis, ou encore sur la paix intérieure, sur la sérénité qu’on rêve de goûter en chacun de soi.

Cette façon de voir s’inspire de bons sentiments. Mais l’absence de guerre, incluant la forme de guerre qui s’appelle le terrorisme, c’est quand même important. Des millions de gens en Irak et en Afghanistan aimeraient bien goûter la  paix qui résulte de l’absence de guerre. De même les Somaliens, les Sud-Soudanais, les Tchétchènes et plusieurs autres peuples enfoncés dans des conflits interminables ou intermittents.

Les chrétiens victimes des terroristes en Egypte, en Irak et ailleurs ont cherché en vain la paix intérieure dans la célébration de la Fête de Noël. Emportés par un zèle démoniaque, des kamikaze  leur sont tombés dessus au nom d’Allah,  assassinant hommes, femmes et enfants. La première paix que ces petites gens demandaient au ciel, c’est la fin de la violence, du terrorisme. Ils n’ont pas eu le temps s’attarder à la  paix intérieure. Celle-ci en a pris pour son coup.

Prosaïque à dire, mais la paix commence par l’absence de guerre.

Facettes de la solidarité

Le temps de Noël et de l’An nouveau incite à réfléchir plus en profondeur sur la solidarité et sa pratique. Les uns s’y adonnent pour des motifs religieux, d’autres témoignent d’une sensibilité pas nécessairement reliée à une croyance. Le résultat est le même : on ressent le désir d’humaniser un peu plus les rapports sociaux.

La solidarité présente de multiples facettes. A la base, elle est interpersonnelle et s’exerce sur l’entourage immédiat, à commencer par la famille et les amis intimes : ceux qu’on appelle les proches, le prochain au sens originel du terme. C’est un mot auquel l’Evangile ajoutera une autre signification : sera aussi le prochain celui dont on décide de se rapprocher et dont veut être solidaire. Ainsi deviennent des prochains ceux et celles qui habitent parfois au loin et dont le sort dramatique fait appel à notre sentiment de solidarité.

Face à des situations concrètes ce sentiment inspire des initiatives de groupes privés, par exemple l’action communautaire des sociétés Saint-Vincent de Paul, la distribution de paniers de Noël, les multiples activités des ONG dans le tiers monde. C’est aussi le modèle communautaire qui encadre le travail dans les associations religieuses vouées à l’éducation, aux soins de santé et dans des regroupements qui ont comme objectif de répondre à des besoins urgents qui surgissent au sein de collectivités.

Moins apparente, mais dont la portée est souvent plus étendue, la forme de solidarité qui s’exerce à travers les institutions publiques, dans des structures et des institutions civiles, dans des aménagements créés à la suite de décision politiques. C’est le devoir de solidarité qui , sans qu’on l’identifie comme tel, inspire la pratique de la justice distributive, la lutte contre la pauvreté, les normes régissant l’aide sociale, les allocations familiales, le soutien aux plus démunis. C’est lui qui préside à l’implantation de services sociaux et de soins de santé gratuits et accessibles à tous. « La miséricorde passe par les structures », avait l’habitude de dire le Père L.J. Lebret, un spécialiste du développement international, qui a conseillé Paul VI dans la rédaction de sa célèbre encyclique sur le développement des peuples( Populorum progressio).

Pour bien pratiquer la solidarité il faut s’en donner les moyens. Le plus fondamental, c’est la répartition des ressources au sein d’une collectivité. Elle s’effectue en premier lieu par l’impôt, d’abord direct, ensuite indirect. La justice fiscale s’avère une condition essentielle pour assurer la pratique d’une solidarité efficace.

«La richesse économique d’un peuple, écrivait Jean XXIII, ne résulte pas seulement de l’abondance des biens, mais aussi et plus encore de leur distribution effective suivant la justice, en vue d’assurer l’épanouissement personnel des membres de la communauté : car telle est la véritable fin de l’économie » ( Mater et magistra).

* * * * *

La solidarité pratiquée par les Etats et des groupes privés comporte un volet international. Elle prend forme dans des programmes d’aide, dans les activités de l’UNICEF, de la FAO, de l’OMS, de l’UNESCO, dans les diverses initiatives des groupes missionnaires et des ONG, dans les secours d’urgence face à des désastres naturels. Il arrive dans les faits que les organisations privées sont parfois obligées d’assumer comme tâche de suppléance celle de pallier l’inefficacité des instances politiques en place.

En contrepartie, il y a manque au devoir de solidarité quand, poursuivant des objectifs inavouables, des gouvernements ou des entreprises de pays avancés pactisent avec des gouvernements locaux au mépris des droits et des besoins de la population en général. On ne parle plus alors de solidarité mais de connivence et d’exploitation.

On répète souvent que l’économie est mondiale. La question sociale l’est aussi. De même l’espace où la solidarité trouve à s’exercer. Les problématiques sont complexes et, pour y faire face, le besoin est grand de beaucoup de discernement, de désintéressement et de compétence.