HOMMAGE À STÉPHANIE

Elle avait 14 ans et s’appelait Stéphanie. Une adolescente parmi d’autres, avec les qualités et les défauts de son âge. Sans doute pareille à ces ados dont les gens plus vieux et plus sages sont enclins à déplorer les petites incartades. Or voici que celle-ci, placée en situation extrême, risque sa vie pour sauver celle de sa sœur, une bambine de 2 ans. Elle meurt dans les flammes qui détruisent la maison familiale.

Une héroïne. Ce sacrifice de soi m’émeut. Il y a là une grandeur cachée qui surgit en pleine lumière au cours de cet événement dramatique. Comme une réserve cachée de don de soi et de solidarité qui pousse vers le haut la capacité d’amour à l’égard de ceux qui partagent la même condition humaine.

On s’occupe avec raison de soutenir ceux et celles qu’a perturbés la tragédie qui a coûté la vie à Stéphanie et à la petite Sophie. En retour, puissent ces gens durement éprouvés tirer une grande fierté d’avoir vécu leur quotidien en voisinage avec cette adolescente au cœur d’or. Cela leur redonnera le goût de vivre.

MUSA SAYED

Musa Sayed est de nationalité afghane,  père de six enfants, au service de la Croix-Rouge pendant plusieurs années. Il est amputé et s’occupe de distribuer des prothèses aux enfants victimes de la guerre.

Mais il s’est converti à la foi chrétienne. Un délit grave, selon les lois afghanes. Condamné à la peine de mort. Sera peut-être exécuté dans les jours qui viennent. La CECC est intervenue auprès du ministre canadien des affaires étrangères pour que celui-ci use de son influence afin d’empêcher ce dénouement atroce.

Parce que converti au christianisme Musa Sayed est condamné à mort dans un  pays où  des soldats canadiens ont comme mission d’y aider à  instaurer un régime politique respectueux des droits démocratiques, ce qui inclut la liberté de conscience et de religion.

Un paradoxe, pour le moins.

HENA ET LA CHARIA

Hena avait 14 ans. Elle habitait un lointain village, Chamta, au Bangladesh . Son cousin de quarante ans l’a violée. Le cousin en question a été condamné à recevoir 200 coups de fouet, une sentence ensuite réduite à cent coups. Hena a été aussi condamnée à recevoir cent coups de fouet en public, au nom de la charia, pour « participation au crime ». Elle a perdu conscience au bout d’une soixantaine de coups et a été conduite à l’hôpital où elle est morte peu après. Quant au cousin, il court toujours. (Agence Zenit, 7 février 2011).

La Haute Cour du Bangladesh interdit l’application de la charia, mais, dans les faits, des dizaines de fatwas sont émises chaque année par des conseils de village musulmans comme celui de Chamta. Ce sont surtout des femmes qui sont visées, tel le cas de cette femme âgée de 40 ans, accusée d’adultère, décédée des suites de la bastonnade publique ordonnée par une fatwa du conseil religieux de son village.

Cette pratique contraste avec ce qu’on lit dans l’Evangile au sujet de la femme adultère que des hommes avaient trainée et projetée à terre aux pieds de Jésus.

Néanmoins, des experts en sciences religieuses persistent à dire que toutes les religions s’équivalent.

FRILOSITÉ DIPLOMATIQUE

Les ministres européens des affaires étrangères ont été incapables de s’entendre pour adopter une motion dénonçant la persécution dont sont victimes les chrétiens dans un grand nombre de pays, particulièrement ceux où domine la religion musulmane (voir Agence Zénit, 3 février 2011). Certains représentants voulaient qu’on biffe le mot chrétien de la résolution afin de ne pas déplaire à des gouvernements islamiques. On laissait ainsi la voie libre aux mesures de répression et aux sévices dont sont victimes de petites minorités chrétiennes. On encourageait les persécuteurs dans leurs basses œuvres. Heureusement, certains représentants de l’Union européenne se sont opposés à ce charcutage qui vidait le projet de résolution de sa substance. Celui-ci a été reporté sine die.

Grégor Puppinck, directeur de l’ECLJ (Centre européen pour la loi et la justice) commente : « Ne rien dire sur les persécutions antichrétiennes, c’est encourager les gouvernements à poursuivre leurs politiques discriminatoires, lesquelles incitent à l’exode des chrétiens, affaiblissent le pluralisme culturel et religieux et renforcent la bipolarisation. C’est de la lâcheté à court terme, et de l’inconséquence à long terme. Tout ce qui sera fait pour aider les chrétiens à rester sur place dans des conditions de sécurité contribuera à l’apaisement du conflit civilisationnel, en évitant cette bipolarisation ».

On discerne dans cette lâcheté un autre signe révélateur du syndrome de christianophobie qui affecte une certaine intelligentsia en Occident. Tantôt on s’en prend aux crucifix dans les écoles, et maintenant on abandonne à leur sort des gens sans défense dont le seul crime consiste à vouloir vivre comme chrétiens en ces terres musulmanes, jadis terres chrétiennes conquises par l’islam à la pointe de l’épée.

AUTORITÉ ET POUVOIR

L’autorité, un service, un ministère ;  le pouvoir, un instrument d’usage ambigu, qui peut servir ou asservir.  Le pouvoir peut rendre malade, comme nous l’enseignent aussi bien le passé que le présent de l’histoire des peuples.  Bébé Doc,  Ben Ali, Hosni  Moubarak, dont on parle beaucoup ces temps-ci, n’apportent qu’un court  ajout à la longue liste des malades du pouvoir.

On s’est efforcé  longtemps, en pays de chrétienté, de  réconcilier le principe d’une autorité venue d’en  haut avec le respect des droits des citoyens face aux abus du pouvoir. C’est dans cette optique que fut promulguée  la Magna Carta, en Angleterre, en 1215, en plein Moyen Âge. Ce qui montre que  les gens qui ont vécu à cette époque n’étaient pas aussi obscurantistes qu’on le dit.

Au moment de leur investiture,  les rois, reines et princes s’engageaient à pratiquer la justice et à respecter  les règles morales communément admises.  Des promesses pas toujours tenues, mais qui constituaient néanmoins un frein contre les abus. Il y eut de bons rois, tels  Henri IV de France, l’empereur Charles IV  d’Autriche-Hongrie et d’autres  monarques qui ont assuré une gouvernance dont la qualité se compare aisément  à celle  de représentants démocratiquement élus.

L’instauration de régimes voués au service du bien commun résulte de multiples efforts visant à civiliser l’exercice du pouvoir. Une réussite inégale, variant selon les pays. C’est ainsi qu’on a pu observer une  progression laborieuse des droits démocratiques  en Amérique latine, où les dictatures militaires eurent longtemps le vent  dans les voiles avant que des régimes vraiment démocratiques ne réussissent à s’implanter solidement.

Des dérapages peuvent se produire dans des pays où les traditions démocratiques semblaient bien enracinées.  L’Italie a vécu le fascisme mussolinien, l’Espagne a vu triompher la domination du  franquisme, le Portugal a vécu celle de Salazar,  la Grèce a subi le poids du régime des Colonels, le Chili, celui de la dictature de Pinochet. Mais,  heureusement, partout la démocratie a fini par reprendre le dessus.

Deux dérapages spectaculaires ont marqué l’histoire contemporaine ; le nazisme et le communisme. Dans les deux cas, une idéologie athée a servi de moteur et de déclencheur dans la construction de sociétés totalitaires caractérisées par l’idolâtrie du pouvoir. Ce qui confirme a contrario la thèse de Jacques Maritain, lequel  a mis en lumière les liens qui unissent la démocratie et les valeurs sociales chrétiennes.

Les déviations du pouvoir  ont donné lieu à des situations dramatiques dans plusieurs pays du tiers monde. On a encore en mémoire le génocide cambodgien,  le règne délirant  d’Idi Amin Dada en Ouganda, le triste gâchis de Robert Mugabe au Zimbabwe.  Nombreux les peuples de tradition  musulmane soumis au joug de potentats. Isolée, toujours au pouvoir, la dictature birmane survit, en partie grâce à la complicité d’entreprises étrangères à la recherche de profits plantureux et qui n’ont cure aucunement du sort réservé à la population locale.

Au fait, le volet économique et financier occupe une place importante dans l’histoire des  régimes tyranniques. La corruption y empoisonne souvent la gouvernance. On y observe  des détournements considérables de fonds publics  dont une partie provient de l’aide  au développement. Dans un article solidement documenté le journaliste Jean-Claude Leclerc ( LE DEVOIR, 24 janvier 2011) fait ressortir l’ampleur et la gravité du  phénomène. A noter le témoignage qu’il rapporte d’une représentante de la Banque mondiale, Ngozi Okonjo-Iweala,  qui déclare : « Des milliards sont volés chaque année aux pays en voie de développement, qui se trouvent ainsi privés d’opportunité économique ». Selon les calculs de cette spécialiste,  de 16,2 à 34,2 milliards d’euros seraient dérobés annuellement sous la forme de détournement de fonds publics. Ce qui semble rendre dérisoires les efforts accomplis par les ONG et les gens qui les appuient.

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Il demeure en revanche  que les exemples ne manquent  pas de leaders politiques qui ont considéré  l’exercice du pouvoir comme l’occasion par excellence de promouvoir  le bien commun et comme moyen de stimuler la croissance humaine et sociale des collectivités  dont ils ont eu la charge. Des noms marquent l’histoire : Franklin  D. Roosevelt, Nelson Mandela, Charles de Gaulle, René  Lévesque  et combien d’autres.

A la liste des dirigeants méritants j’ajoute le nom de Barak Obama, qui vient de livrer un discours empreint de noblesse et de lucidité sur  l’état de l’Union.  Un cas exemplaire où l’exercice du pouvoir  est ennobli par un  sens élevé de l’autorité envisagée comme un ministère au service de la collectivité. Un modèle qu’auraient avantage à imiter des potentats qui souffrent de la maladie du pouvoir et ne cessent d’empoisonner la vie quotidienne des  peuples qu’ils oppriment et exploitent sans vergogne.