LA FIN ET LES MOYENS

Le maire de Québec voudrait que l’Assemblée nationale adopte une loi interdisant que l’on conteste en cour un contrat passé entre la ville et un entrepreneur privé et dont les tenants et aboutissants laissent croire qu’il est peut-être illégal. Ainsi le Parlement tiendrait lieu d’instance décisionnelle à la place d’un juge auquel des citoyens mécontents pourraient faire appel.

Tout ça pour défendre un projet d’amphithéâtre dont personne ne connaît les coûts réels de réalisation, sans doute nettement plus élevés que ce que disent les chiffres avancés. Une affaire qui renoue, en moins grand, avec l’aventure du Stade Olympique de Montréal, dont les citoyens de tout le Québec ont amorti pendant plusieurs années la facture plus que salée.

Mais le plus inquiétant, c’est moins la facture que le procédé utilisé et l’atteinte au fonctionnement normal des institutions démocratiques. Inquiétant aussi la promptitude de ministres et députés à entériner un tel procédé. Leur devoir est d’assurer le bon fonctionnement des institutions, non de contribuer à les affaiblir et à les rendre inopérantes.

DES ÉLECTEURS ÉTONNANTS

Des journalistes pourchassent une jeune députée anglophone élue dans le comté de Berthier-Maskinongé lors du récent scrutin fédéral. Elle baragouine quelques mots de français et n’a jamais visité le comté avant d’être élue. Pour le moment, elle trouve la situation « excitante ». Quant aux responsables politiques qui l’ont parachutée là-bas, ils n’y voient aucun problème. Pour eux, toutes les règles de la démocratie ont été respectées. Les électeurs de ce comté ont obtenu ce qu’ils voulaient.

En un sens, c’est vrai. Et c’est troublant. On a voté pour une photo affichée sur des poteaux ( Et encore, y en avait-il ?) On a voté massivement. Sans trop s’interroger, semble-t-il, sur la candidate, ses capacités, son aptitude à représenter un comté à près de cent pour cent francophone. On a voté de cette façon, en toute liberté, comme il est loisible de le faire dans un pays démocratique.

C’est aux électeurs de Berthier-Maskinongé et non à la nouvelle élue que les journalistes devraient porter attention. Tenter de comprendre leur manière de voir les choses. On a parlé d’un cas de démocratie émotionnelle. C’est à cerner de plus près.

En attendant, à la nouvelle élue qui a bénéficié d’une gratuité étonnante il convient de souhaiter bonne chance. Peut-être nous réserve-t-elle d’autres surprises.

CE PAPE QU’ON DISAIT TROP DISCRET

On a dénoncé les silences ou le discours jugé trop prudent du pape Pie XII face aux persécutions dont les Juifs furent victimes au cours de la deuxième guerre mondiale. Or voici que la Fondation Pave the way, créée  par le juif américain Gary Krupp , vient de publier des documents qui révèlent que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont exercé des pressions sur le pape Pie XII pour qu’il ne dise rien sur les brutalités nazies , évitant ainsi , estimaient des représentants diplomatiques, que ses protestations aient des conséquences déplorables et imprévisibles (Voir Agence Zenit, 18 mai 2011).

La Fondation a aussi  rendu publics des  documents qui montrent que des porte-parole catholiques et un organisme tel que Radio-Vatican ont  dénoncé à plusieurs reprises les persécutions antisémites. Cela, il est vrai, n’a pas été sans risques et sans conséquences pour les Juifs eux-mêmes. Ainsi, en Hollande, l’occupant nazi a réagi de façon virulente à la suite de la publication d’une lettre pastorale des évêques hollandais dénonçant les persécutions contre les Juifs. Face à des situations dramatiques, on n’a pas gardé le silence, mais on a cherché à éviter le pire.

Il est facile , des décennies plus tard, de faire le procès d’un pape qui a manœuvré du mieux qu’il a pu face à des dirigeants politique dépourvus  de tout scrupule. Une meilleure connaissance des faits incite à pratiquer une certaine  réserve.  On pourrait d’autre part s’interroger sur le silence de dirigeants  américains,  britanniques et autres qui, à partir de 1942, étaient au courant de l’existence des  camps de la mort. Pourquoi, au moins,  n’a-t-on pas bombardé les voies ferroviaires qui conduisaient à ces camps ?

LA GUERRE JUSTE, UNE DENRÉE RARE

« Bombarder constitue toujours un acte immoral », a déclaré Mgr Giovanni Martinelli, vicaire apostolique de Tripoli. Et  d’ajouter : «  Je respecte les Nations unies, je respecte l’OTAN, mais je dois cependant déclarer que la guerre est immorale. S’il existe des violations des droits de l’homme quelque part, je ne peux utiliser la même méthode pour les faire cesser. En tant que chrétien, je dois recourir à des méthodes pacifiques, au premier rang desquelles le dialogue » (Agence Zenit, 6 mai 2011).

Cette prise de position  illustre la difficulté de justifier le recours à la violence armée.  Elle diffère d’un autre courant  qui approuve un tel  recours à  condition que soient respectés certains critères,  tels la légitime défense, le bien-fondé de l’intervention,  ou encore un état de fait où la guerre apparaît comme un ultime recours incontournable.

Peu de « casus belli » qui ont marqué l’histoire ont respecté  ces conditions. D’autre part, il est manifeste que surgissent des situations où les méthodes pacifiques semblent  perdre toute efficacité, comme cela s’est produit quand la vague hitlérienne a déferlé sur l’Europe en 1939.

Le vicaire apostolique de Tripoli déplore le recours à la violence armée face au dictateur mégalomane qui tient depuis longtemps la Libye sous son joug. En revanche, des gens qui se disent pacifistes sont enclins à y reconnaître  une situation d’exception où la guerre apparaît comme un moindre mal que légitime le  droit d’ingérence. Le débat est ouvert.

TSUNAMI POLITIQUE

Le calme après la tempête, au lendemain du tsunami politique qui a frappé le Québec. Un vent a soufflé, des toits se sont écroulés, des bastions n’ont pas tenu le coup face à un courant porteur de changement. De quel changement s’agit-il, il est trop tôt pour le dire.

Replongés dans la routine quotidienne, les gagnants aussi bien que les perdants vont chercher à comprendre ce qui s’est passé. Tout comme les experts, politologues, commentateurs, dont certains, parmi ceux-ci, ont soufflé sur le vent sans prévoir la suite.

Tout compte fait, c’est une démocratie qui fonctionne bien ; un système qui fait bonne figure quand on le compare à une pléthore de régimes politiques boiteux qui sont à l’origine de situations déplorables ailleurs dans le monde. Un système aux couleurs grisâtres, mais qui sait quand même nous réserver des surprises.

Reste qu’en démocratie on a les gouvernants qu’on mérite. On saura mieux avec le temps ce qui attend aussi bien les citoyens du Québec que ceux du reste du Canada. On n’en est peut-être pas quitte pour les surprises.

OÙ S’ARRÊTENT LES DROITS DES PARENTS ?

Dans Le Devoir du 23 avril Louis Corneillier écrit : « Personne, en effet, ne nie aux parents le droit d’inculquer les valeurs de leur choix à leurs enfants. Or l’école, elle, n’a pas à se soumettre à ces valeurs. L’école n’est pas au service des parents. Elle assume plutôt une fonction sociale démocratiquement définie ».

Le raisonnement apparaît un peu simple. Comme si les parents étaient réduits à la fonction de porteurs d’enfants que des experts en pédagogie et des bureaucrates prendraient en charge à un moment donné pour leur imprimer un faciès conforme à « une fonction sociale démocratiquement définie ». L’entrée dans le réseau scolaire marquerait l’échéance des droits des parents

Nous voilà renvoyés à plusieurs coudées de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 (article 26, para.3) , qui spécifie que « les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants » Aussi à bonne distance de l’ancien article 41 de la Charte québécoise des droits et libertés, aboli arbitrairement , qui affirmait que « les parents ou les personnes qui en tiennent lieu ont le droit d’exiger que ,dans les établissements d’enseignement public, leurs enfants reçoivent un enseignement religieux ou moral conforme à leurs convictions, dans le cadre des programmes prévus par la loi ». On est proche en revanche de la conception étatique jadis à la mode dans des pays tombés sous le joug d’idéologies totalitaires et dont les rédacteurs de la Déclaration de 1948 avaient pu observer de près les effets néfastes.

Il est vrai que certaines valeurs transmises dans des familles peuvent aller à l’encontre de celles reconnues dans l’ensemble d’une société moderne telle que la nôtre, dont les racines plongent dans la tradition judéo-chrétienne. Des conflits peuvent surgir. On doit alors recourir au dialogue, à la persuasion, parfois à des accommodements. Mais cela ne constitue pas une raison suffisante pour s’en prendre aux droits fondamentaux des parents, surtout quand ils concernent des convictions religieuses ou éthiques auxquelles ceux-ci adhèrent en toute sincérité. Rien n’oblige, en cette matière, à soumettre tout le monde aux diktats des bureaucrates qui trônent au sein du Ministère de l’Éducation.

D’où vient ce besoin d’imposer à tous une solution unique et de style totalitaire ? Surtout que la Loi sur l’Instruction publique prévoit un droit d’exemption en cas de situations particulièrement délicates dont certaines peuvent concerner la liberté de conscience. Le vivre ensemble n’exclut pas le droit de penser ou de croire autrement. Mais les fabricants de la nouvelle cuvée dite de culture religieuse ne semblent pas apprécier le droit à la dissidence.

Même arrimés à des devoirs et marqués par des balises, les droits des parents en éducation embarrassent les planificateurs étatiques. Mais ils incarnent en revanche une valeur collective, une garantie de santé démocratique. Ils méritent qu’on les sauvegarde.