GENDER AU LYCÉE

J’avais émis, en juin 2011, quelques réflexions sur la théorie du « gender », qui prône l’indifférenciation des sexes et  postule que la différence reconnue universellement n’était que le produit d’une construction sociale ,  donc ne s’appuie pas sur un fondement biologique.  On m’a demandé depuis lors si j’avais  raison de prendre cette affaire au sérieux, tellement la nouvelle théorie  semble quelque peu loufoque.

Le sérieux de l’affaire, on peut en avoir une certaine idée en lisant «  La théorie du gender au lycée : un enseignement idéologique », bref commentaire publié  par « Généthique », la synthèse de presse de la fondation Jérôme Lejeune (voir Agence Zénith, 29 août 2011). Ce nouvel enseignement est déjà obligatoire dans les lycées français,  en Espagne et ailleurs.

Nous sommes confrontés, dit le document de la fondation Lejeune,  à une théorie militante, prétendûment scientifique, qui, de l’avis du philosophe Thibaud Collin, vise de façon particulière  la promotion de l’homosexualité, tout en réinterprétant d’autres aspects de la sexualité. On a devant soi, selon  Collin,  « une tête de pont pour un changement radical de société ».

Il me semble qu’il y là matière suffisante  pour qu’on prenne  l’affaire au sérieux.

EFFONDREMENT MORAL

Le premier ministre britannique David Cameron a dénoncé ce qu’il a appelé un« l’effondrement moral », lequel expliquerait les récentes émeutes qui ont perturbé la vie collective en Grande-Bretagne. Il a particulièrement stigmatisé « les enfants sans père, les écoles sans discipline, les récompenses accordées sans effort »(Voir LE DEVOIR, 16 août 2011).

Des observateurs de la vie sociale en Grande-Bretagne pensent que s’il y a lieu de parler d’effondrement il faut l’expliquer autrement. Ils dénoncent l’irresponsabilité de toutes une société, la corruption des élites, les banquiers « goulus, égoïstes et immoraux », les députés qui ont « magouillé leurs notes de frais ». On en revient au vieil adage : le poisson pourrit par la tête.

Qu’un homme politique se préoccupe de moralité publique, c’est bon signe. Reste à cerner le problème là où il se pose en première instance, avec son impact sur la vie collective. On peut formuler l’hypothèse que
le mauvais exemple venu d’en haut pèse plus lourd sur la moralité publique que le vandalisme de poignées d’émeutiers dont plusieurs ont le sentiment de vivre dans un monde sans espoir où suintent de partout les inégalités et l’injustice sociale.

UN RICHE PAS PAREIL À D’AUTRES

Le milliardaire Warren Buffett estime que les mégariches ,dont il fait partie , ne paient pas assez d’impôts. Dans une tribune publiée par le New
York Times, il propose une hausse d’impôt pour les Américains dont les revenus dépassent au moins un million de dollars par an, et une hausse encore plus élevée pour ceux qui gagnent plus de dix millions annuellement. Il s’explique : « Pendant que les pauvres et les classes moyennes combattent pour nous en Afghanistan, et pendant que de nombreux Américains luttent pour joindre les deux bouts, nous, les mégariches , continuons à bénéficier d’exemptions fiscales extraordinaires ». ( voir LE DEVOIR, 16 août 2011).

Des propos percutants qui contrastent avec le comportement des
adversaires politiques du président Obama , farouchement opposés à toute hausse d’impôt pour les plus riches et qui n’hésitent pas à mettre en question les programmes sociaux dont bénéficient les citoyens américains les plus démunis.

À sa façon Warren Buffet fait penser à Zachée, dont le premier réflexe, à la suite de sa rencontre avec Jésus, fut de procéder à une redistribution de sa fortune. Les Américains riches qui se disent chrétiens et qui s’opposent aux hausses d’impôt pourraient tirer une leçon du comportement de Zachée.

ARTÉMIS ET LA COUPE STANLEY

En ce mois d’août plus d’un millier de jeunes et de moins jeunes sont venus vénérer la Coupe Stanley, à Québec. Les plus chanceux ont pu la toucher. Le maire, hilare et euphorique, l’a portée dans ses bras La télévision et d’autres médias nous ont permis de constater l’ampleur d’une frénésie populaire qui laissait transpirer quelque chose de religieux. On aurait dit la manifestation d’une sorte d’idolâtrie.

L’événement fait penser à un incident rapporté dans les Actes des Apôtres ( ch. 19 ), mais qui avait pris alors une tournure différente. Cela se produisit à Ephèse, au début de l’ère chrétienne. Des fabricants de statues de la déesse Artémis avaient organisé une grande manifestation en l’honneur de leur divine patronne, dont la popularité était en baisse. Ils voulaient redonner du prestige à leur idole, qui subissait un déclin à la suite de la prédication de l’Apôtre Paul, qui ne cessait de répéter que les idoles sont des produits fabriqués par des humains et qu’elles n’ont aucune valeur, sauf commerciale. Cela provoqua un tel chahut qu’on demanda à Paul de se faire discret, de crainte que l’affaire ne tourne à l’émeute.

La dévotion à la Coupe Stanley et à d’autres idoles similaires ne risque pas de soulever une émeute, comme ce fut le cas jadis à Éphèse. Baignant dans une société de consommation, nous sommes devenus des habitués de l’idolâtrie, au point de n’en plus discerner les manifestations. En contrepartie, nous sommes moins sensibles à la réalité d’un Dieu unique, transcendant les idoles fabriquées par les hommes. Dans un tel contexte, pas de risque d’émeute.

DÉMOCRITE AU QUÉBEC

Quoi qu’il ne sût rien  de l’énergie nucléaire, Démocrite, philosophe de la Grèce antique,  avait développé sa  propre théorie de l’atome. Il imaginait  un  brassage des atomes et l’émergence d’un vide  se situant à l’origine  des   quatre éléments qui forment les piliers de la vie végétale, animale et humaine : la terre, l’eau, l’air et le feu. Quand on a accès à ces éléments,  disait-il, on possède l’essentiel.

La terre est la source  de la  nourriture. Elle alimente les réserves forestières, fournit un espace pour la production de végétaux comestibles et pour l’élevage des animaux, des endroits  pour construire des maisons, un milieu où vivent et se reproduisent toutes sortes d’espèces de vivants. Les pays que l’on dits développés sont ceux qui  ont été les premiers à réaliser la révolution agricole. Précédant les révolutions industrielles l’agriculture garantit  l’avenir des nations.

L’eau  est essentielle à la vie quotidienne. Elle donne à la terre sa fécondité. La  mer abrite des milliers d’espèces dont se nourrit l’être humain. Elle permet aussi d’établir des liens avec  d’autres  communautés humaines, ce qui  était particulièrement vrai dans la Grèce antique. Elle assure, grâce à la technologie, la qualité de la vie dans les cités. Sans elle, le quotidien des collectivités devient insupportable et inhumain.

On se montre  de plus en plus conscient de l’importance de la qualité de l’air que l’on respire. Les débats sur l’environnement occupent une place qui devient prépondérante  dans l’espace public. On sait désormais qu’on ne peut, sous prétexte de croissance  économique,  laisser la pollution mettre en danger la qualité de la vie et la santé des citoyens, tant dans le monde rural qu’en milieu urbain.

Le feu, c’est l’énergie qui produit  la chaleur, et aussi  les combustibles qui permettent la transformation des aliments,  l’éclairage, les activités de la vie quotidienne. Au Québec, il provient de façon particulière de l’abondante énergie hydro-électrique,  non polluante,  qui, en plus d’éclairer et de réchauffer nos maisons, assure le fonctionnement de milliers d’usines et la fabrication de biens de consommation qui améliorent la qualité de l’existence.

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Si Démocrite pouvait visiter le Québec contemporain, il conclurait que nous possédons en abondance les quatre éléments essentiels dont il a fait mention dans ses écrits.   Mais il s’interrogerait  sur la façon dont nous faisons usage de ces éléments. Il se poserait des questions  au sujet  de l’avenir de la forêt boréale, de la pollution qui affecte le fleuve Saint-Laurent et de nombreux lacs et rivières, de la fragilité de la nappe phréatique,  des terres agricoles dont se sont emparés des entrepreneurs assoiffés de gains rapides, de la menace que représentent les gaz de schiste.  Il serait d’accord pour dire  que nous  possédons des ressources  qui peuvent garantir  la qualité de la vie,  mais peut-être aurait-il  aussi l’impression que nous sommes en train  de saper  ces quatre précieux piliers  essentiels à une existence humaine de qualité.

Surtout que nous ajoutons aux risques déjà présents.  Ce qu’il faut faire, disent certains,  si nous voulons devenir plus riches. Plus riches,  avec un grand fleuve menacé par des  déversements de pétrole ou de gaz naturel, des terres agricoles de grande valeur qui risquent de se transformer  en surfaces trouées d’où s’échappent des gaz de schiste, des nappes phréatiques menacées par la contamination ?  Vraiment plus riches ? Ou plutôt en train de nous nous appauvrir parce que nous aurons gaspillé  imprudemment des ressources naturelles dont la Providence nous a fait cadeau ?

À l’aune de nos critères modernes Démocrite n’était peut-être pas un grand scientifique. Mais il était un sage. Or c’est de sagesse dont nous avons besoin plus que d’une technologie  imprudemment bricoleuse qui n’a aucun  souci d’assurer   la solidité des grands piliers de l’existence quotidienne que sont la terre, l’eau, l’air et le feu. La sagesse invite à faire prévaloir  l’essentiel sur  des gains aléatoires aux conséquences imprévisibles.