TERRORISTES EN COL BLANC

J’ai pris connaissance un peu en retard d’un texte remarquable de Jean-Claude Guillebaud, intitulé Les terroristes en col blanc, publié dans Le Nouvel Observateur (14 juillet 2011). L’auteur dénonce  les agences de notation dont les décisions risquent d’aggraver les maux qu’elles prétendent prévenir, car elles se comportent «  comme l’orage (qui) porte la foudre ». On est entré dans la sphère de la prophétie auto-réalisatrice, déclare José  Manuel Barroso, président de la Commission européenne. Nous devrions, affirme  pour sa part Michel Barnier, nous  désintoxiquer de ces notations délétères.

Ce sont ces mêmes agences qui, en 2008, s’étaient lourdement trompées dans leurs notations en matière de crédit hypothécaire. Elles s’enrichissent grâce à des marges opérationnelles exorbitantes, favorisent l’opacité du nouveau système bancaire et imposent à des populations entières une austérité qui prive des pays de tout espoir de croissance. « Elles les fait entrer dans le cercle vicieux de l’endettement aggravé, avec la souffrance sociale comme unique avenir », conclut Guillebaud.

Je souhaite que des économistes de chez nous jettent un coup d’œil attentif sur ce phénomène du terrorisme en col blanc.

QUÉBÉCOIS SOLIDAIRES

J’ai jeté un coup d’œil sur le bottin Vers une vie nouvelle!, édition 2011, publié par la maison d’entraide L’Arc-en-ciel. On y trouve une longue liste  de plusieurs centaines d’organismes  qui ont pignon sur rue dans la grande région de Québec et les régions avoisinantes.

Ce qui m’a frappé,  c’est à fois la multiplicité des organismes et leur diversité. L’ensemble forme un vaste réseau qui vise à assurer avant tout aux plus démunis, aux plus mal pris, un soutien rapide et efficace qui compense pour un apport institutionnel public qui se fait attendre ou qui, parfois,  se révèle tout simplement inexistant.

Vers une vie nouvelle!  trace le portrait d’une société où la solidarité se montre créatrice et attentive. Une société où on n’attend pas tout  des pouvoirs publics sans toutefois délester ceux-ci  de leur devoir d’intervention dicté  par la justice distributive. Grâce à des subventions plus que modestes, parfois sans aucune subvention, on a pris l’habitude de faire plus avec peu. Des contributions privées et le bénévolat pallient en maints cas l’insuffisance  des programmes publics et améliorent la qualité de vie des citoyens les plus nécessiteux. Une manière de rendre une civilisation plus humaine.

CONTOURS DE LA CATHOLICITÉ

« Je crois en l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique ». Cette formule  d’adhésion date des premiers siècles du christianisme .Le vocable catholique désigne  l’universalité spécifique de la foi chrétienne, ancrée dans la personne du Christ ;  une croyance qui s’affirme universelle et  propre à  réunir tous les chrétiens,  mais qui, dans les faits, demeure  sans cesse marquée  par les dissidences et les divisions. Vue sous cet angle la  catholicité apparaît   comme un projet particulier,   un objectif qui intéresse spécifiquement les experts en œcuménisme.

Des événements récents ont  mis en lumière les  tribulations et les souffrances subies par  les chrétiens d’Orient. Mais non moins  les divisions qui affectent  les communautés chrétiennes dans cette région du monde. Une situation  dont on retrouve des équivalences ailleurs et auxquelles on est devenu  habitué, trop habitué, pourrait-on dire.  Les divisions  entre chrétiens se sont incrustées dans l’histoire, porteuses  de spécificités  culturelles propres à chaque  confession. Les initiatives d’ordre œcuménique, si louables soient-elles,  y changent peu de chose, même si elles favorisent la multiplication de contacts cordiaux et des rapprochements qui influent dans le sens de l’unité.

Dans les faits le monde chrétien offre l’image d’une grande diversité de modes  d’expression  de la foi. On y discerne  l’Eglise catholique romaine, les Eglises d’Orient,  la chrétienté orthodoxe, l’anglicanisme, le luthéranisme,  le calvinisme,  de nombreuses confessions issues du protestantisme originel, un éventail  de  sectes dont il est difficile souvent  de cerner la nature exacte et dont la parenté avec la foi chrétienne est parfois douteuse, comme on peut le constater en maints cas aux Etats-Unis.

En principe, la base commune, la pierre d’angle, c’est la foi en Jésus-Christ, le Fils de l’homme, porteur d’un message de vie et de liberté,  mort et ressuscité. Une foi qui s’explicite dans des confessions formelles,  des crédos et s’exprime  dans des styles   de vie, des modes de présence sociale, le culte de certaines valeurs humaines. On reconnaît  par exemple   au christianisme le mérite d’avoir  largement fait progresser des  valeurs sociales telles  que le droit à la vie, la dignité de la personne,  l’égalité de tous les êtres humains, incluant l’égalité des sexes. Même la notion de laïcité,  qui a fait son chemin au cœur des sociétés modernes dites sécularisées, possède des racines qui remontent  aux débuts du christianisme, ce qui n’empêche pas qu’elle ait eu à affronter  des  résistances provenant  de milieux chrétiens traditionalistes. Rien de plus laïque que la devise Liberté, égalité, fraternité ; pourtant,  son enracinement chrétien est indéniable.  

La catholicité progresse  quand ceux qui croient  en Jésus-Christ approfondissent et mettent en valeur la part de son message qui leur a été transmis dans le cadre de tel ou tel courant  historique, de telle ou telle tradition.  Ils imitent alors, chacun de leur côté et à leur manière,  cet homme dont parle l’Evangile,  qui creuse dans un champ à la recherche d’un trésor, d’une pierre précieuse. Ce sont  des travailleurs qui, sans en avoir toujours conscience, participent au même chantier de la construction du Royaume de Dieu. Nul doute par exemple que Dietrich Benhoeffer, luthérien fervent et témoin émérite de la foi, a fait partie de la catholicité tout comme en font partie les chrétiens socialement engagés qui militent au sein de l’Armée du Salut.

Ce chantier  se transforme d’une époque à l’autre, d’une génération à l’autre,  Car le monde d’aujourd’hui qui a été marqué par le christianisme a intégré des avancées humaines et sociales  qui le rendent  différent des temps anciens. Il a progressé. Les croyants de notre époque   ne traitent  pas du droit à la  vie, de  la peine de mort, de la liberté, de l’égalité des personnes  ou encore de la justice sociale comme on le faisait dans le passé.  Ils interviennent  dans un monde en évolution qui a intégré progressivement des manières de voir et des pratiques nouvelles.   Tel un levain dans la pâte les pratiques chrétiennes ont  contribué à humaniser, à civiliser et, en retour, sous certains aspects, se sont  elles-mêmes humanisées et civilisées.  Cela, à des degrés divers, compte tenu de l’influence spécifique  de tel ou tel courant  religieux.  C’est ainsi par exemple qu’on attribue au courant social protestant,  principalement luthérien, le mérite d’avoir favorisé l’émergence de la social-démocratie, à laquelle a aussi contribué la pensée sociale de source catholique. De même il revient à des  mouvements marginaux,  aussi bien catholiques que protestants,   d’avoir largement contribué à l’abolition  de l’esclavage, de pair avec des courants sociaux ne revendiquant aucune appartenance religieuse spécifique.

La catholicité émerge  d’en bas autant qu’elle s’affirme d’en haut. Elle grandit à mesure que des chrétiens  qui adhèrent à des confessions différentes se rapprochent  les uns des autres grâce à des pratiques humaines et sociales qui se nourrissent du  même Evangile et témoignent d’une foi commune.  Des courants qui proviennent de la base- – la théologie de la libération en fournit  un exemple éclairant – dégagent  la route des obstacles qui nuisent à la réalisation tangible de la catholicité. Et ce non moins  que le  dialogue œcuménique auquel des experts consacrent beaucoup de temps et d’énergie.