LE GÉNIE DE L’INCROYANCE

Chateaubriand a écrit Le génie du christianisme. C’est vraiment dépassé, car deux chercheurs viennent de découvrir que l’intelligence est d’abord l’apanage des incroyants. Ceux-ci seraient plus doués pour l’intelligence analytique tandis que les croyants auraient une prédisposition pour l’intelligence intuitive, qui serait de niveau  inférieur.

C’est une découverte révolutionnaire. Le Psalmiste peut aller se rhabiller avec son énoncé péremptoire où il affirme  qu’il est un insensé celui qui dit en son cœur que Dieu n’existe  pas. La science moderne – ici représentée par deux chercheurs décomplexés- proclame  le contraire. Un propos réconfortant pour celui qui s’évertue à chasser l’idée de l’existence de Dieu. Et ennuyeux pour le croyant, qui vient d’apprendre qu’il est pourvu d’une intelligence inférieure, comme le furent sans doute  Augustin  d’Hippone, Thomas d’Aquin, Blaise Pascal, Louis Pasteur, Jean-Sébastien Bach,  Beethoven,  Mozart et quelques autres qui ont fait la gloire de la pensée et de l’art chrétiens.

Décidément, on n’arrête pas le progrès. Pas même celui de la bêtise.

AVANT QU’IL NE SOIT TROP TARD

J’extrais d’une documentation reçue du Parti vert du Canada les données suivantes  qui peuvent nous éclairer sur les enjeux reliés aux projets d’oléoducs ( pipelines) susceptibles  d’affecter la qualité de vie au sein de l’espace nord-américain.

* Tous ces pipelines achemineront probablement du bitume dilué, c’est-à-dire un mélange de bitume solide et de produits chimiques qui permet de diluer le bitume pour qu’il puisse s’écouler.

*Le bitume dilué est un produit beaucoup plus dangereux pour l’environnement que le pétrole brut. Le déversement de bitume dilué dans la rivière Kalamazoo par Enbridge en 2010 n’a  pas encore été nettoyé, trois ans après l’incident.

*Une règlementation forte s’impose, «  permettant à l’industrie de ce secteur de ralentir sa cadence pour que les entreprises puissent transformer la production locale. Cette approche entraînera la création de dizaines de milliers d’emplois et stoppera le transport d’un produit dangereux au profit d’un produit local plus sécuritaire et ayant une valeur ajoutée ».

* «  À long terme, le Parti vert du Canada appuie la mise en place d’une économie verte qui créera des milliers d’emplois grâce aux investissements dans les énergies renouvelables, l’accroissement du transport ferroviaire pour passagers,  la modernisation des convois de marchandises et la remise à neuf de milliers de bâtiments selon les plus hauts standards d’efficacité énergétique » Priorité est accordée à une économie verte sensée que favorisera  l’imposition d’une taxe sur le carbone.

Il y a là, me semble-t-il,  une manière intelligente de voir les choses, axée sur l’écologie et le respect de l’environnement. Puissent d’autres formations politiques s’en inspirer. Surtout que ce qui vient de se produire à Lac-Mégantic invite à s’arrêter et à réfléchir avant qu’il ne soit trop tard.

DU PROGRÈS CHACUN SE FAIT UNE IDÉE

Tous veulent que progresse la société dont ils font partie, mais je constate que tous ne se font pas la même idée du progrès. Face à des situations concrètes on exprime des points de vue divergents. Ainsi, c’est au nom du progrès que certains décideurs se préparent à saccager le beau décor de la Côte Gilmour, à Sillery, afin de plaire aux automobilistes pressés d’aller grossir les bouchons de circulation à l’entrée du Pont Pierre-Laporte. Ceux qui s’opposent au saccage se font traiter de « chialeux » Dans le district Saint-Sacrement les adeptes du béton ont détruit une centaine d’arbres et ont ajouté l’humour au saccage en donnant à l’espace déboisé le nom de Cité verte. Des entrepreneurs rêvent de densifier les grands domaines de Sillery et considèrent comme des pelleteurs de nuages les groupes de citoyens qui souhaitent en faire des espaces publics dont toute la population pourrait profiter. Pour les uns la densification est un symbole de progrès alors que pour d’autres elle représente un mode d’urbanisation qu’on doit réguler avec prudence sous peine de voir se détériorer la qualité de vie de l’ensemble des citoyens. Autre sujet de débat qui vient de surgir dans la région de Québec : le projet de construire un oléoduc qui servirait à transporter à travers cours d’eau et terres agricoles du pétrole brut assaisonné de substances empoisonnées et qui, au-delà de Québec, irait rejoindre un site d’exportation. Les uns y entrevoient un facteur de progrès, les autres anticipent les risques de déversements pouvant porter gravement atteinte à l’environnement et provoquer une dégradation de la qualité de vie.

On voit bien que du progrès on se fait une idée qui varie selon les personnes, les milieux, les groupes d’intérêts. Les décideurs politiques doivent tenir compte de cette diversité et surtout nous faire savoir au préalable comment eux-mêmes définissent le progrès.

LAC-MÉGANTIC

Comme des milliers de citoyens du Québec et d’ailleurs j’ai ressenti un choc devant l’ampleur et la tristesse du drame qui a perturbé la vie des habitants de Lac-Mégantic. Comme d’autres je suis troublé par le caractère en apparence imprévisible du drame, les lacunes techniques aux conséquences catastrophiques, les erreurs de gestion qui ont affecté le fonctionnement d’un système de transport devenu, avec les années, de plus en plus fragile.

Me reviennent en mémoire les propos d’un cheminot, membre de ma famille, qui déplorait les mauvaises conditions de travail imposées aux surveillants des voies ferrées de l’entreprise dont il faisait partie et les empêchaient de remplir leur tâche de façon adéquate. Déjà, à cette époque, on lésinait sur le nombre d’employés mis en service. On ne prenait en ligne de compte que la règle d’une rationalité à courte vue qui imposait la réduction maximale du nombre de travailleurs, quitte à prendre le risque que surviennent des accidents coûteux

Et il y a l’histoire de cette autre entreprise ferroviaire, qui jouissait jadis d’une grande réputation, mais qui fut en partie démantelée au profit de petites entreprises broche à foin que le pouvoir fédéral laisse depuis longtemps fonctionner sans trop les surveiller, sous prétexte qu’elles sont privées, donc supposément bien gérées. On vient de voir ce que ça donne.

Choc salutaire pour tous. Nous savons désormais que des compagnies ferroviaires transportent des bombes à retardement au milieu des villes et des villages. Nous réalisons que l’intervention des pouvoirs publics est indispensable quand il s’agit de protéger des vies et d’assurer le bien commun. On ne peut confier à des entreprises capitalistes privées la prise en charge de responsabilités de ce genre. Cela risque d’engendrer des coûts très élevés pour la collectivité. Le mythe du privé toujours meilleur vient de révéler ses limites. Et cela de façon spectaculaire et dramatique.

Reste à décider à quelle autorité publique il convient de confier cette tâche de surveillance et de régulation. Des spécialistes bien informés ont observé que le pouvoir fédéral s’est révélé inapte, dans ce domaine, à exercer une régulation efficace, et ce bien avant que n’éclate la tragédie de Lac-Mégantic. Le temps semble donc venu d’étendre la compétence québécoise au secteur du transport ferroviaire, et ce pour le plus grand bien tant des travailleurs du rail que des collectivités qui profitent de ce mode de transport.