LES CHRÉTIENS ORDINAIRES ONT AUSSI DES CHOSES À DIRE

J’ai commencé la lecture de l’exhortation apostolique intitulée La joie de l’Évangile.  Un passage du premier chapitre a particulièrement retenu mon attention. C’est quand le pape François décrit la place qu’un évêque doit occuper dans l’Église.Le pasteur, écrit-il, se mettra parfois en avant pour indiquer la route à suivre; parfois il se tiendra au milieu du troupeau,dans une proximité simple et miséricordieuse; «  et en certaines circonstances il devra marcher derrière le peuple, pour aider ceux qui sont restés en arrière et-surtout-parce que le troupeau lui-même possède un odorat pour trouver de  nouveaux chemins ».

C’est beau et inusité. Il y a là, exprimée en quelque mots , une description toute simple de l’image de l’Église  en tant que « peuple de Dieu » habité par l’Esprit et habilité à participer à la découverte de chemins nouveaux. Si le bon pape Paul VI, théologien et penseur éminent, avait mis cela en pratique, il aurait rédigé autrement  l’encyclique Humanae vitae.  Ce qui aurait eu comme conséquence d’éviter une crise – qui perdure- au sein de  l’Église catholique.

Il peut donc arriver que dans des questions qui concernent la vie de tous les jours les croyants ordinaires se trouvent en position favorable quand le temps est venu d’explorer   des chemins nouveaux.

UN TRAIN QUI EN CACHE UN AUTRE

Le projet de loi 60, qui porte sur les valeurs québécoises, chemine laborieusement et occupe largement l’espace médiatique. Pendant ce temps, le projet de loi 52, qui porte sur les soins en fin de vie, se faufile discrètement dans le décor, sans trop retenir l’attention. Pourtant, il transporte dans ses valises une notion mal définie de la fin de la vie et une  conception des soins palliatifs qui englobe l’euthanasie tout en évitant d’en afficher l’étiquette.

Le débat serait plus éclairant si on appelait chaque chose par son nom, si on appelait un chat un chat. Car c’est un virage radical qu’on impose à la pratique médicale si on y introduit le droit, dans certaines conditions, de mettre fin directement au déroulement d’une vie d’homme ou de femme. Cette approche modifie les règles de la déontologie. L’éventualité de l’euthanasie fera désormais partie  – si le projet est adopté- des aléas de la condition humaine. Une éventualité  qui, sous le couvert d’un acte médical,  peut tout d’un coup surgir dans le contexte d’une fin de vie douloureuse, même chez des gens qui jusque là n’avaient pas osé y penser.

Une interrogation demeure : doit-on voir dans cette nouveauté une avancée de civilisation?

NOUVELLE VISION DU PATRIMOINE

Au temps de Frédéric Bach on faisait honneur à ceux qui plantaient des arbres. Avec le ministre actuel de la Culture nous abordons une autre époque. Sans doute soucieux de ne pas freiner le progrès, le ministre  consent à ce qu’on saccage un boisé situé en pleine ville.  Il aimerait bien sauvegarder le patrimoine dans son ensemble,  mais se résigne  à le  sacrifier morceau par morceau, en dialoguant avec les promoteurs. C’est comme si une  nouvelle philosophie du développement  guidait les décisions du ministère de la Culture et de son titulaire.  On est loin de l’époque de  Georges-Émile Lapalme, grand serviteur de l’État et protecteur des domaines  de Sillery, qui  s’y retrouverait difficilement dans cette nouvelle façon de voir. Car à ses yeux la sauvegarde du patrimoine devait toujours avoir préséance sur les intérêts  particuliers.

TRISTE BYE BYE

D’une année à l’autre on attend un peu mieux du Bye Bye. Un minimum de substance, un soupçon de  profondeur dans une ambiance relaxe. Vaine attente. On a mal planté le clou de la fin. Ce fut ennuyant, grossièrement bâclé, entremêlé de rares moments vraiment intéressants. Nous revient la nostalgie de Bye Bye anciens, quand l’humour savait faire bon ménage avec une bonne dose de finesse.

Phénomène  étrange: dans un temps où la laïcité se veut plus pure que pure des artistes arrosent leurs prestations de jurons servis en vrac. Difficile à expliquer. Peut-être une façon de pallier la pauvreté des propos, peut-être une tentative d’exorciser un passé que l’on renie. Quoi qu’il en soit, le résultat est peu enviable.

Mais il faut faire preuve de patience. Les artistes de chez nous sont capables de beaucoup mieux. Ils en feront sans doute la démonstration d’ici le prochain Bye Bye et, espérons-le, quand adviendra celui-ci.

ATTENTES POUR 2014

On se souhaite mutuellement un tas de bonnes choses à l’occasion de l’An nouveau. Il y de bons vœux qui nous concernent de près, d’autres visent des gens qui vivent loin mais dont on veut se rapprocher. Comme dans la parabole du Bon Samaritain. Le prochain, c’est non seulement celui qui vit à proximité, mais aussi celui dont on accepte de devenir solidaire, même s’il habite un lieu lointain. À lui aussi il convient de souhaiter que 2014 comble ses attentes.

Une première attente: la fin de la tragédie qui perdure en Syrie. La télévision nous a transmis des images d’horreurs où des centaines d’enfants figurent parmi les victimes. Le tyran qui opprime le peuple syrien rappelle le souvenir d’Hérode, cet autre tyran demeuré célèbre pour avoir commandé le massacre des enfants de Bethléem. Le tyran contemporain assassine plus méthodiquement, avec des armes chimiques. Les instances internationales, dont fait partie le Canada, se révèlent incapables pour le moment de mettre fin à ses exactions sanglantes.

Autre espoir: une pause dans la persécution des chrétiens. Ceux-ci subissent des épreuves de toutes sortes, et ce dans de nombreux pays, surtout ceux où des islamistes détiennent le pouvoir. Mais aussi ailleurs, comme en Chine ou au Vietnam. On dirait que persécuter des chrétiens soit devenu une coutume tolérable, une mode. On ne sait même pas si la question préoccupe les hauts fonctionnaires qui siègent aux Nations unies.

Espoir aussi que le pain remplace les armes. Car s’il y a ceux qui subissent les conflits, il y a aussi ceux qui en vivent. Tous ne déplorent pas les conflits. Certains en font leur pain quotidien. Ils s’enrichissent en vivant du commerce des armes. Nombreux les pays où la fabrication et la vente des armes contribuent à accroître la produit national brut. Le Canada en fait-il partie?

Et voici une attente qui loge bien proche de nous: de quoi aura l’air ce Québec en train de se donner un nouveau visage. Face au passé il ressent tantôt de la nostalgie, tantôt du rejet, comme s’il était sain de renier ses propres racines. Face à de nouveaux arrivants, il manifeste surtout de l’accueil, mais parfois de la méfiance, révélatrice d’une crise d’identité. On semble avoir oublié ce propos de Lionel Groulx, qui nous a souvent rappelé que le passé est un maître qui enseigne comment on peut faire face à l’avenir.

En attente sommes-nous aussi du résultat de la lente mutation qui marque la vie de l’Église. Les grands médias y prêtent plus ou moins d’attention, mais le phénomène, illustré par des initiatives multiples et diverses, est bien tangible. De nouvelles institutions remplacent celles qui ont complété leur durée de vie. Des regroupements de croyants ouvrent des chantiers nouveaux. On projette un regard neuf sur le monde, la condition humaine, la vie quotidienne. Partout l’Esprit Saint est à l’oeuvre.

L’aggiornamento dérange parfois le centre de la catholicité, parfois il y puise son élan. Le pape François concilie tradition et modernité. Des sensibilités différentes se rejoignent sous un leadership qu’il veut partager avec les Églises locales. On réalise de plus en plus que c’est une même foi qui unit dans la diversité ceux qui croient en Jésus-Christ; ce qui vaut aussi pour les communautés chrétiennes séparées de Rome. De cet aggiornamento on peut espérer des effets bénéfiques. Donc une année 2014 chargée de promesses.