POLLUEURS RÉCOMPENSÉS  

Selon un rapport que vient de publier le Fonds monétaire international, les subventions publiques mondiales accordées au secteur des énergies fossiles ( charbon, pétrole,gaz) atteindront cette année les 5300 milliards de dollars, ce qui équivaut à 6,5% du PIB mondial et dépasse la portion de ce même PIB consacrée à la santé. (Voir LE DEVOIR, 22 septembre 2015).
On sait que l’exploitation et l’utilisation des énergies fossiles sont en partie responsables de l’augmentation du coût des soins de santé et de diverses formes de pollution reliées aux changements climatiques. Si bien que, grâce à des subventions publiques, nous payons nous-mêmes une part de notre empoisonnement pour ensuite assumer , par des fonds publics , la facture reliée aux dommages qui s’ensuivent.

On aura vu mieux comme modèle de gestion de notre habitat humain. Mais pour les industries qui oeuvrent dans les énergies fossiles, c’est une aubaine. Le contribuable ordinaire les soutient avec de l’argent public pour ensuite réparer les pots cassés, toujours avec des fonds publics. Une situation de rêve pour une entreprise privée. 

LES PROPOS PIEUX ET L’ACTUALITÉ

Je viens d’écouter une homélie. Des propos bien structurés, un beau parler, un français de qualité. Rien à dire sur la forme.

Mais j’ai ressenti une certaine déception sur le fond. Après une brève allusion au drame vécu par les migrants venus de Syrie, le célébrant a centré son discours sur les épreuves personnelles de ses auditeurs. Ceux-ci, leur a-t-il dit, souffrent et cela est normal : c’est la vie. Surtout qu’en vieillissant les épreuves se font plus nombreuses. Faut donc apprendre à supporter ses peines. Les auditeurs, dont plusieurs sont d’un âge certain, ont été invités à souffrir vertueusement. Ce qui est en soi une chose fort louable.

Paradoxe : la liturgie du jour rapporte des propos de l’Apôtre Jacques invitant à pratiquer une foi qui incite non pas à se regarder le nombril mais à aider les autres qui souffrent de faim et de misère. Tels ces migrants syriens en quête d’une terre d’accueil.

Les propos de l’Apôtre m’ont paru plus collés à la réalité présente que les pieuses considérations du célébrant, tout bien intentionnées fussent-elles.

POUR QUI VOTER?

Une occasion de voter se présente, le 19 octobre prochain. Moment important dans une démocratie. On ne peut prendre cela à la légère. Pour un indépendantiste québécois non moins que pour un fédéraliste  l’exercice du droit de vote lors d’un scrutin à l’échelle canadienne  demeure un devoir, et cela aussi longtemps que perdurera  le régime politique actuel. Un devoir qui est aussi un droit et une chance. Voter donne l’occasion de faire savoir ce qu’on pense des partis politiques, des programmes, des engagements que prennent  les divers candidats. L’exercice du droit de vote ne représente qu’un volet de la vie démocratique, mais ce volet est majeur. Des millions de gens dans le monde aimeraient pouvoir exercer un tel droit.On aurait tort de s’en priver sous prétexte que notre régime démocratique est imparfait. Il sied ici de méditer  le  propos attribué à Platon nous rappelant que «  tout ce qu’on gagne à se désintéresser de la politique, c’est d’être gouverné par des gens pires que soi ».

Pour beaucoup, voter, c’est  d’abord un acte de libération. L’occasion de se débarrasser pacifiquement  d’une gouvernance dont on ne veut plus. C’est là un avantage majeur de la démocratie : se libérer de façon non-violente de mauvais gestionnaires de la chose publique. Cela peut sembler peu de chose, mais c’est beaucoup. Nombreux les pays où on ne réussit pas à assurer  la transmission du pouvoir sans recourir  à la violence. Cet échec se traduit par un coût humain et social souvent très élevé, comme on peut l’observer présentement en Syrie.

D’autre part, dresser le bilan d’une gouvernance ne doit pas se limiter au dossier de l’économie. D’abord parce que, dans une économie libérale, le pouvoir d’intervention du politique demeure restreint. Ensuite parce que la responsabilité du politique inclut  maints autres domaines, par exemple la sauvegarde des libertés civiles, la protection des droits des citoyens les plus vulnérables, la lutte contre les inégalités, la sauvegarde de l’environnement, la consolidation de la paix sociale. C’est rapetisser la dimension sociétale que de la limiter à l’homo economicus.

Voter, c’est ouvrir la voie à la  possibilité de nouveaux choix; ceux qui concernent des objectifs collectifs et la désignation des mandataires qui apparaissent  les plus aptes à concrétiser ces choix. Des choix inspirés par des valeurs auxquelles on est particulièrement sensible, aussi par le contexte, la conjoncture, les problématiques qui marquent l’actualité. Des choix qui portent à la fois sur des objectifs à long terme et sur l’avenir immédiat, ce qui donne inévitablement lieu à l’expression d’une large diversité d’opinions chez les électeurs; une diversité saine qui est à la source de la multiplicité des formations politiques.

 

Pour ma part, je choisis   au  premier rang le projet d’une société axée sur le développement humain global et sur l’écologie, tel que nous le propose le pape François dans l’encyclique Laudato si. On trouve là une base solide pour un projet de société qui fait passer en premier lieu le respect de l’environnement et de la nature, la préservation de l’eau et de l’air, les droits des moins nantis à des conditions de vie décentes et qui d’autre part refuse l’hégémonie néfaste  d’un libéralisme échevelé allié à une technocratie sans frein.

Ce qui veut dire par exemple qu’il devient impératif, dans un tel contexte, de ne pas voter pour un parti  qui se désintéresse de la question du réchauffement climatique, encourage l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta ou encore approuve le projet de construction d’un pipeline ouest-est  qui risque de mettre en péril de précieuses  réserves d’eau potable et des milieux de vie  dont bénéficient ccux qui habitent l’espace pancanadien.

Choisir, c’est aussi donner son appui à des politiques sociales qui visent à assurer aux moins nantis un minimum décent de ressources  et à réduire les écarts entre riches et pauvres. C’est mettre en pratique le principe de justice structurelle : se rappeler que la première charité, c’est la justice.

Choisir, c’est en outre, pour des Québécois que la chose intéresse,  favoriser l’élection de porte-parole préoccupés  de faire entendre la voix du pays d’ici au sein de l’espace pancanadien. Un avantage démocratique dont il serait imprudent de se priver.Le propos  de Platon trouve ici une application particulière  en ce sens qu’il incite les Québécois à devenir pleinement responsables de leur propre destin collectif.

Dans le contexte actuel, ces problématiques et ces choix se rejoignent. Contrer le danger du pétrole empoisonné en provenance de l’Ouest, préserver les ressources naturelles et les milieux de vie de l’espace québécois, mettre de l’avant une politique axée sur le développement durable, construire une société plus égalitaire,  rapatrier les lieux de décision où s’inscrit le politique : ces objectifs sont  en grande partie  interconnectés. Il existe une logique qui associe les grands objectifs écologiques, la protection de l’environnement, la sauvegarde des ressources  naturelles, la justice structurelle  et le rapatriement des lieux de décision. De quoi guider son choix au moment de voter.