UN SILENCE QUI INTRIGUE

La Conférence des évêques catholiques du Canada(CECC) et un regroupement de rabbins canadiens ont créé un comité spécial voué au dialogue entre catholiques et juifs. On veut échanger à la lumière de « la double expérience des horreurs de l’Holocauste et de l’existence créatrice de l’État d’Israël ».  
L’initiative est fort louable. Notons toutefois qu’elle ne représente pas une première dans l’histoire de l’oecuménisme. Dans les années 1950, à Québec, des catholiques , des protestants et des représentants de la communauté juive se rencontraient souvent au sein d’un organisme connu sous le nom des Amitiés judéo-chrétiennes. Ils cherchaient à mieux se connaître,à faire disparaître les préjugés entretenus de part et d’autre et débattaient à l’occasion de questions qui marquaient l’actualité. L’expérience s’est étendue sur plusieurs années.Elle s’inscrivait bien dans l’esprit de Vatican 11.  
Un problème , qui, à l’époque, avait compliqué les choses était celui de la question palestinienne. On n’osait pas trop en parler, sauf à demi-mot. Or il semble que le comité que l’on vient de mettre sur pied fait aussi l’impasse sur cette affaire, comme si « l’existence créatrice de l’État d’Israël » , qui englobe de nos jours l’occupation miitaire de la Cisjordanie, ne soulevait pas un questionnement que des adeptes de l’oecuménisme ne peuvent se permettre d’esquiver.

Mais attendons la suite. Il est à souhaiter que les membres du nouveau comité oseront aborder ce dossier litigieux avec franchise et qu’ils n’hésiteront pas à faire connaître publiquement leur opinion à ce sujet.

DOUCE ANNETTE

Une parente et amie a quitté les siens pour un autre monde. Elle s’appelait Annette. Elle avait 96 ans. Le souvenir le plus grand et le plus beau qu’elle aura laissé , c’est celui de la douceur et de la patience. Elle a incarné merveilleusement l’image biblique de la brebis, si fortement présente dans l’Évangile de l’apôtre Jean. Il y avait là, chez elle, le reflet d’un tempérament particulier, mais aussi l’émanation et le témoignage d’une foi solide. Pour elle, religion et douceur allaient de pair.
Le contraste est grand avec des comportements en apparence religieux dont nous sommes aujourd’hui les témoins horrifiés et où la violence inspire et commande la conduite. Comportements mortifères qui se prétendent être l’incarnation d’un vouloir divin alors qu’ils ressemblent à des entreprises diaboliques. Car ce qui se proclame religieux ne relève pas nécessairement de l’ordre divin. Cela peut aussi provenir du diable.   

Dans la simplicité de sa foi douce Annette comprenait sûrement tout cela. Mais elle laissait à d’autres le soin de le dire et de l’expliquer. C’est dans un monde nouveau, où triomphera la douceur des brebis, qu’elle nous parlera de ces choses. En attendant, elle nous invite à la réjouissance, car elle est entrée dans la maison du Père.

LE BONHEUR EST-IL DANS LA POLLUTION?

Il y a les verts,les écolos, les amis de la nature, les protecteurs de la maison commune dont le pape François loue le bon travail. Mais il y a aussi les pollueurs , les pétrolières de l’Alberta, les responsables des changements climatiques, ceux qui nient l’existence de tels changements ou encore prennent le phénomène à la légère.Sans oublier les automobilistes qui contribuent à la croissance de la pollution en attendant de se convertir à l’énergie électrique.

Font aussi partie des pollueurs les administrateurs municipaux qui, à l’occasion, vident les égouts de leur ville dans le beau grand fleuve Saint-Laurent, des producteurs agricoles conseillés par des experts rémunérés par des fabricants de pesticides et qui utilisent une quantité phénoménale de produits empoisonnés qui se déversent dans ce même grand fleuve. On appréhende de surcroît l’arrivée d’un oléoduc qui menace aussi de polluer le grand fleuve et ces centaines de plans d’eau que nous avons la chance de posséder et le devoir de protéger.

Le bonheur est dans le pré, titrait jadis un film plein d’humour. On croirait qu’on le trouve maintenant dans la pollution puisque celle-ci , selon des experts, accompagne inévitablement le progrès, qui est une des clés du bonheur. La suite est à suivre.

FRANÇOIS, ÉVÊQUE DE ROME  

« Je ne crois pas qu’on doive attendre du magistère papal une parole définitive ou complète sur toutes les questions qui regardent l’Église et le monde », nous dit François, qui se considère d’abord comme évêque de Rome et non d’abord comme pape. Ce qui ne plait pas à tout le monde. Certains l’accusent de dévaluer l’image millénaire du Summus Pontifex, que Pie 1X avait portée à son paroxysme avec la proclamation du dogme de l’infaillibilité pontificale. Ils lui reprochent de se comporter comme un pape qui veut descendre de son trône.

Le changement de titre pourrait sembler purement symbolique. Mais selon le vaticaniste Marco Politi, il est potentiellement révolutionnnaire. « Révolutionner l’Église sans en avoir l’air : c’est assurément une grande force du pape François » , affirme de son côté Dominique Greiner, dans le journal La Croix. Un changement qui a l’air de rien, mais peut signifier beaucoup, par exemple par le fait qu’il appelle un autre changement, celui-là auquel devront consentir les chrétiens ordinaires. Car si le pape tient à représenter en premier lieu l’évêque de Rome, un primus inter pares, les catholiques , en conséquence , doivent modifier leur attitude face au pouvoir papal, donc éviter de verser dans la papolatrie et l’absolutisme dogmatique ou moral. Aussi se comporter comme des croyants libres et responsables au sein de l’institution ecclésiale et non pas tout attendre d’en haut.

Au fait, ils ont déjà eu la possibilité de le faire lors de la tenue du Synode extraordinaire sur la famille, qui a duré un an. Les Églises locales et divers regroupements de chrétiens ont alors eu l’occasion d’émettre des opinions sur le mariage et la famille. C’est ainsi qu’ont pu s’y faire entendre aussi bien ceux et celles qui vivent dans le quotidien l’expérience de la vie conjugale que des célibataires ne disposant à ce sujet que d’un savoir rapporté. Cela eut été grandement bénéfique pour l’institution ecclésiale si on avait procédé de la même façon dans l’élaboration de l’encyclique Humanae vitae.

On devine que le virage ne fait que commencer. Ainsi, l’encyclique Laudato si’ témoigne d’une volonté d’engagement social qui prolonge et approfondit l’orientation déjà clairement inscrite dans la pensée sociale chrétienne depuis Léon X111 et entérinée par Vatican 11 dans Gaudium et spes. Une orientation susceptible de guider les chrétiens confrontés aux grands défis économiques , sociaux et politiques d’aujour’hui. On réalise de plus en plus que la présence chrétienne dans le monde de ce temps doit être plus que religieuse; elle se doit aussi d’être humaine et sociale et dépasser la zone des rapports individuels et intimes. Elle doit viser à influer sur les structures , les aménagements collectifs, sans toutefois prétendre les supplanter.  C’est pourquoi, dans Laudato si` , l’évêque de Rome n’hésite pas à aborder les questions d’écologie, d’économie et de justice structurelle. Il invite les gens de bonne volonté à qui il s’adresse à faire de même.

En outre, s’il est vrai, comme l’a rappelé jadis l’éminent penseur Jacques Maritain, que la démocratie puise en grande partie à des racines chrétiennes, il devient impératif que l’institution ecclésiale intègre de plus en plus, au cœur de sa propre gouverne, ces valeurs démocratiques que sont la liberté et l’égalité, assises d’une véritable fraternité. On a raison de croire que le pape François voit venir cela d’un bon œil.

On dirait un nouvel aggiornamento, une sorte de révolution tranquille que François, évêque de Rome, amorce discrètement. De quoi imprimer un visage neuf à la grande communauté universelle de ceux et celles qui se déclarent disciples de Jésus.