UN PREMIER  SYNODE

 

L’Évangile du quatrème dimanche de l’Avent décrit la rencontre de Marie et d’Élisabeth, dans un bled de Palestine. Les deux femmes avaient besoin de se parler des  grossesses mystérieuses et  imprévisibles qui venaient de changer le cours de la vie de chacune d’elles. Marie a  parlé de l’Ange Gabriel, Elisabeh a décrit la surprise de son vieux, qui en avait perdu la parole quand on lui annonça  la venue prochaine d’un rejeton.

Ainsi débuta l’aventure chrétienne. Une sorte de premier synode, où les hommes sont absents. Ce fut une affaire de femmes, ce qui a bien changé depuis. Des femmes remplies de foi, enceintes et heureuses. Pas larmoyantes, pas chialeuses, mais tournées vers l’avenir. Avec deux enfants qui s’annoncent, c’est ce qu’il fallait faire.Tout comme il faut  aujourd’hui se tourner vers l’avenir au lieu de mariner dans les failles du passé et la culture du ressentiment. Car le présent et l’avenir imposent leur agenda, comme essaie de nous le faire comprendre le pape François dans sa belle encyclique Laudato si.` Au fait, c’est aussi ce que nous enseigne la liturgie de l’Avent. Pas le temps de chialer et de niaiser,  car il y a beaucoup de choses à faire, des montagnes à abattre, des sentiers à redresser, un monde plus civilisé à construire. Les chantiers sont nombreux. Il faut cesser de bougonner et se retrousser les manches. Le temps presse.

UN HÉRITAGE DE FRANÇOIS

 

Je veux parler ici de François d’Assise, ce saint que le pape François aime beaucoup et dont il a fait la louange dans sa belle encyclique Laudato si`.On attribue à ce saint l’invention de la crèche de Noël, dont on peut admirer la réplique grandeur nature au mont Greccio, non loin de Rieti, l’endroit où il construisit la première crèche, en 1223. Ainsi débuta une longue tradition qui a contribué à mettre en lumière la dimension humaine et humaniste de la foi chrétienne. Un humanisme axé sur la dignité et la valeur de chaque  personne et qui dépasse les clivages engendrés par les inégalités sociales et économiques. Ce que nous aide à mieux comprendre  La pastorale des santons de Provence,d’Yvan Audouard.

Des crèches de Noël , on en trouve dans les lieux publics, dans les vitrines de magasins,dans des résidences privées. Cela dure depuis huit siècles. Mais voici que dans certains pays, dont la France, une nouvelle mouture de la laïcité veut interdire les crèches de Noël dans les lieux publics. Faut dire que cette laïcité nouveau genre est à ce point tatillonne qu’elle s’en prend même aux sapins verts, leur attribuant une signification religieuse qu’il serait pourtant bien difficile de démontrer.

Croître en rompant avec ses racines n’est pas chose facile. Et non sans risques. De là-haut, François, étonné devant tant de bêtise, doit peut-être jeter sur nous un regard compatissant. S’il revenait parmi nous, il voudrait sans doute  ajouter d’autres animaux dans la crèche, par exemple quelques ânes , des ânes instruits et diplomés, décideurs politiques ou fonctionnaires, apôtres de la nouvelle laïcité. Peut-être que la lumière de Noël leur dessillerait  les yeux.

SALARIAT ET PRODUCTIVITÉ

« Quand on est salarié, on est moins productif », a déclaré la présidente d’un syndicat de médecins. Le propos étonne. Car cela semblerait  vouloir dire que la grande majorité des travailleurs, qui sont des salariés, serait formée de gens au rendement médiocre et qui ne mériteraient pas toute la rémunération dont ils bénéficient. Par exemple les enseignants, les fonctionnaires, les infirmiers et infirmières, et j’en passe.

Voyons l’affaire de plus près. J’ai souvenir de mon père,  salarié, chef de gare de chemin de fer,  fidèle au travail, attentif au bon fonctionnement du service et soucieux de la sécurité des voyageurs. Il se comportait comme si l’entreprise était la sienne. Ce qui le guidait, c’était le respect  des normes régissant son emploi, une conscience professionnelle exigeante et un sens de l’honneur qui commandait que le travail soit bien fait.

Il lui arrivait parfois, en fin de semaine, d’ajouter quelques heures de travail non rémunéré afin de mettre au point le rapport d’activités et la comptabilité. Cela lui semblait une chose normale. Pour lui, assurer un bon service faisait partie de l’ordre des choses. D’être salarié n’en faisait pas un trainard, loin de là.

Ainsi en est-il de nos jours  pour des milliers de travailleurs salariés. Je suis persuadé qu’il en est de même  pour la  grande majorité des médecins face à leurs obligations. On les déconsidère quand on laisse entendre qu’ils ne travaillent bien que si on leur offre la carotte chaque fois qu’ils  posent un geste. Ils ont plus de grandeur d’âme. Inspirée par  une vision comptable de la profession cette présidente dresse d’eux un portrait peu flatteur qui manque de justesse.

L’OR BLEU EN PÉRIL

L’eau, qu’on appelle aussi l’or bleu, est en péril. C’est un bien essentiel, plus important que le pétrole et de beaucoup. Dans de nombreux pays où les réserves d’eau sont fort limitées les changements climatiques ajoutent à la durée des périodes de sécheresse et accélèrent les processus de désertification. La déforestation et une activité économique poussée à l’extrême aggravent la situation. La recherche désordonnée du profit à court terme à laquelle s’adonnent des multinationales est en train de plonger dans la misère des populations qui ont déjà à supporter les conséquences de la pauvreté. Autant de facteurs qui menacent la survie de la terre, notre maison commune, comme l’appelle le pape François, qui à sonné l’alarme dans la belle encyclique Laudato si’.

Même au Québec l’or bleu est en péril. La pollution atteint le fleuve Saint-Laurent et plusieurs réserves d’eau potable. De nombreuses municipalités, dont Montréal au premier rang, se servent à l’occasion du fleuve comme d’un égout à ciel ouvert. À Québec aussi la qualité de l’eau se dégrade. Selon des experts, la situation va empirer quand la montée du niveau des océans remplira d’eau salée les prises d’eau fluviales qui alimentent en partie le réseau d’aqueduc de la ville.

Pendant ce temps, certains rêvent de pétrole : celui qu’on pourrait exploiter au Québec ou celui qu’on importerait de l’Alberta. En ce dernier cas, il s’agit d’un pétrole empoisonné, un pétrole sale, comme a dit le président américain Barack Obama. On nous l’expédierait au moyen d’un pipeline qui traverserait quelques 640 plans d’eau situés sur le territoire québécois avec les risques que comporte son transport et sans que nous en retirions un avantage significatif. Paradoxalement, on veut nous entraîner dans une pareille aventure au moment où de nombreux observateurs et experts signalent que le temps est venu de mettre fin progressivement à l’exploitation des énergies fossiles.

Ce qui urge avant tout, c’est de sauvegarder les réserves d’eau potable existantes et d’en rendre d’autres accessibles. À Québec, on se penche sur le triste sort du Lac Saint-Charles, qui vieillit à un rythme accéléré. Heureusement, il existe au nord de la ville plusieurs centaines de lacs et rivières qui peuvent fournir de l’eau de qualité. À commencer par la rivière Jacques-Cartier, précieuse source d’eau facilement accessible, et cela à un coût abordable, selon des experts. Cette réserve d’eau représente un patrimoine collectif plus précieux que le pétrole. En faire un usage rationnel et prudent permettrait d’accorder un répit au malheureux Lac Saint-Charles. Aucune autre communauté urbaine ne dispose d’une telle solution de rechange.

Les technocrates et les décideurs politiques auraient grand profit à lire l’encyclique Laudato si’ et à méditer ce qu’on y dit au sujet de l’eau, elle dont François d’Assise chantait la noblesse et qu’il appelait ¨ sœur eau, qui est très utile et humble, et précieuse et chaste¨. La lecture de l’encyclique aiderait de savants esprits à se libérer de la fascination de l’or noir et les inciterait à se préoccuper en premier lieu de l’or bleu, précieuse ressource qui constitue un bien essentiel tant pour le pays du Québec que pour la grande famille humaine.