J’AI SOUVENANCE

J’ai souvenance d’un matin, tard en novembre 1976, où je me rendis pour la première fois à mon bureau du Ministère des affaires culturelles, dont j’étais devenu le titulaire. Je me demandais ce qui m’attendait. Or voici qu’à l’entrée se tenait Jean-Paul L’Allier, ministre sortant, venu m’accueillir sur place afin de rendre les choses plus faciles. Il avait sans doute deviné qu’un petit de coup de pouce au départ ne serait pas de trop pour le néophyte que j’étais. Il me fit visiter les lieux, me parla de quelque dossiers, me souhaita bonne chance et ensuite quitta les lieux. Transition amicale effectuée par un grand commis de l’État pour qui le service public avait préséance sur les divergences politiques. Ainsi était cet homme, dont on a dit grand bien, et avec raison.

FAIRE LE MÉNAGE DANS SA COUR

En avril 2009, lors d’une rencontre avec les représentants des Premières nations du  Canada, le pape Benoît XVI avait présenté les excuses de l’Église catholique dans le dossier des mauvais traitements infligés à de jeunes Amérindiens qui avaient fréquenté des pensionnats tenus par des religieux et des religieuses. Or voici que Trudeau le jeune,  qui semble ignorer le passé, aurait voulu, paraît-il,  que le pape François présente des excuses alors que cela a déjà été fait. Mais on peut en  revanche se permettre de soupçonner qu’il puisse y avoir dans cette manœuvre une tentative de détournement d’attention quand on sait que les événements qui se sont déroulés dans ces pensionnats et que tous déplorent s’inscrivent dans le courant d’une politique de génocide culturel inventée et mise en pratique par ce même pouvoir fédéral que détient de nos jours le premier ministre Trudeau.

Je me permets de souhaiter que le  nouveau premier ministre suive quelques cours d’histoire et fasse d’abord le ménage dans sa cour avant de prodiguer des conseils au pape François.

DE QUOI S’OCCUPER EN 2016

Une vieille tradition veut que le Jour de l’An et le début d’une année nouvelle soient des moments favorables pour prendre des résolutions propres à rendre la vie de chacun plus féconde , pour s’engager dans des activités qui soient bénéfiques pour les autres et qui en conséquence apportent plus de bonheur à tous.  Pour certains, cela prend forme dans les rapports interpersonnels, par exemple dans une présence aidante au sein de la famille et de l’entourage immédiat. D’autres y joignent une participation à des activités professionnelles ou encore à celles de diverses associations visant le mieux-être collectif, que ce soit ici ou ailleurs, dans des ONG, des oeuvres missionnaires,etc.

Il y a aussi des chantiers de vaste dimension qui offrent aux citoyens l’occasion d’un engagement grandement souhaitable et souvent urgent. Au premier rang, de nos jours, les initiatives visant la sauvegarde de l’environnement, la survie de notre maison commune ,dont l’avenir est en péril, comme nous le dit le pape François; notre maison commune, c’est -à-dire notre habitat terrestre et les ressources qu’il contient. Un avenir que met en péril un économisme destructeur et sans frein dont les plus pauvres sont les premières victimes. Un changement radical s’impose dès lors dans notre façon de concevoir l’économie et dans nos manières de vivre. De quoi inspirer des résolutions et des projets.

On pourrait penser que nous sommes impuissants face à la menace qui plane sur notre maison commune. Au contraire, notre action citoyenne y peut beaucoup. Par exemple, nous pouvons appuyer les initiatives visant à nous sortir de l’ère des énergies fossiles et hâter la transition vers les énergies renouvelables et ainsi freiner la dégradation des conditions de vie sur la planète. Dans cette optique, nous pouvons contribuer à empêcher que se réalise le projet de pipeline qui , porteur de pétrole empoisonné en provenance de l’Ouest, franchirait des centaines de plans d’eau au Québec et mettrait en péril de précieuses réserves aquatiques, des terres agricoles et des milieux de vie. En s’opposant à ce projet inutile et dangereux nous aiderons beaucoup au mieux-être de la grande famille humaine.

Il y a d’autres chantiers qui attendent la contribution de citoyens soucieux du bien commun. C’est ainsi que des groupes populaires et des syndicats de travailleurs projettent d’unir leurs forces, en cette année 2016, pour intervenir plus efficacement dans la défense et la promotion de valeurs et de biens collectifs, dont une plus grande accessibilité aux soins de santé, le bon fonctionnement d’une école publique de qualité, la promotion de la justice distributive, l’ instauration d’un revenu minimal pour tous. Des chantiers prometteurs qui visent à concrétiser les attentes qui pointent à l’aube de la nouvelle année.

Et ne pas oublier l’engagement politique, « une manière exigeante de vivre l’engagement chrétien au service des autres »(Paul VI). On aurait tort de s’en désintéresser. Platon nous rappelle que tout ce qu’on gagne à se désintéresser de la politique, c’est d’être gouverné par des gens pires que soi. Un propos qui mérite qu’on s’y arrête en ce temps où apparaissent nombreux ceux qui versent dans la morosité face aux projets et aux débats politiques. C’est en participant activement à la vie politique que de nombreux citoyens témoignent le mieux de leur souci du bien commun. De quoi inspirer une ferme résolution en ce début d’année 2016.