LE DROIT À L’EAU POTABLE

«  L’accès à l’eau pure est un problème de justice pour le genre humain , riches et pauvres », a déclaré le pape François . (Allocution du 13 juin 2016).  Il a tenu ce propos lors d’une rencontre avec des scientifiques venus exprimer leur inquiétude face à la pénurie d’eau potable ressentie dans plusieurs régions du monde. Une pénurie qui contraste avec la croissance vertigineuse des dépenses militaires qu’on peut observer aussi bien dans des pays pauvres que dans des pays  économiquement développés. On manque d’eau, mais on s’équipe de plus en plus en armement sophistiqué.

Les initiatives visant à accroître l’accès à l’eau potable progressent de façon significative,mais elle ne peuvent compter que sur des moyens modestes, tandis que la fabrication et le commerce des armes attirent des capitaux considérables qu’on aurait pu consacrer à la lutte contre la pénurie d’eau. Comble  d’ironie : des experts prévoient que dans un proche avenir des conflits armés éclateront justement à cause de la pénurie d’eau et dans la foulée de litiges concernant l’accès à l’eau potable. Les fabricants et les commerçants d’armes se trouveront à tirer profit de situations qu’ils auront eux-mêmes provoquées en accaparant des ressources financières qu’on aurait pu utiliser pour rendre l’eau potable accessible à tous.

Projet canadien original :  muni de réserves d’eau potable abondantes, on envisage de prendre le risque de les abîmer, voire de les détruire,  en construisant un pipeline qui traverserait quelque 800 plans d’eau. Pas vraiment la trouvaille du siècle.

 

LE NÉCESSAIRE ET LE SUPERFLU

Un bain par semaine dans un CHSLD,  c’est suffisant, selon le ministre québécois de la Santé. On peut en déduire que si l’on dépasse cette fréquence, on pénètre  dans le territoire du superflu, voire du luxe. Or  le luxe, tout le monde le sait, peut mettre en danger l’équilibre budgétaire. Vaut mieux, semble-t-il, être moins propre ou se sentir moins propre que de risquer de nuire aux finances publiques.

On est devenu bien pauvre au Québec pour ne pas être capable d’assurer des soins hygiéniques décents  à une large catégorie de citoyens. On nous dit pourtant que le fédéralisme canadien est une garantie de prospérité et  d’enrichissement collectif. Il devrait donc nous assurer de vivre dans la propreté d’un océan à l’autre, «  a mari usque ad mare », comme le proclame la devise officielle du Canada. Mais notre ministre de la Santé semble voir les choses autrement.

En attendant des temps meilleurs, les citoyens et citoyennes coincés dans un CHSLD  devront se contenter d’un bain par semaine et de quelques ajouts à la débarbouillette, tout en espérant que le ministre révise l’idée qu’il se fait de la distinction entre le nécessaire et le superflu.

DIVERSITÉ RÉCONCILIÉE

Face à la question oecuménique le pape François a parlé de diversité réconciliée. L’expression est   heureuse et éclairante. La diversité résulte de choix doctrinaux, mais aussi d’expériences vécues et d’héritages culturels multiples. Les chrétiens en recherche  d’unité ne doivent pas tenter de renouer avec les moments historiques où se sont produits les points de rupture. Au sein  des diverses lignées de croyants on a vécu des changements, on a évolué. Par exemple,  l’Église de la Contre-Réforme offre une autre image que celle qui a pris forme avec Vatican 11. De Pie IX à Jean XXIII  le virage est particulièrement tangible. On constate qu’un autre changement est en train de se produire avec le pape François.Les autres confessions chrétiennes ont vécu des mutations similaires.

Il faut rechercher une unité qui réconcilie les diversités, ce qui s’avère une tâche complexe.L’unité va de soi et tous les chrétiens de bonne foi souhaitent son accomplissement.  Mais perdurent, bien ancrées et tenaces, les diversités nées  de l’histoire et des apports culturels. L’oecuménisme cherche comment  intégrer ces diversités dans une même communauté de foi, comment réaliser une unité réconciliée avec la variété des chemins empruntés par les croyants au cours des siècles qui ont suivi les ruptures.

Le vaste chantier dans lequel sont engagés les militants de l’oecuménisme est indéniablement complexe   et rempli d’obstacles. Mais l’enjeu est primordial et prometteur.

LE BRUIT DES ARMES

Les peuples rêvent de paix, mais les conflits armés marquent l’actualité. Ils font souvent la manchette. Quant au commerce des armes, auquel malheureusement le Canada participe, il ne fait pas de bruit, mais il occupe néanmoins un large espace dans l’activité économique mondiale. Des pays économiquement développés se disputent les acheteurs, parmi lesquels figurent plusieurs pays pauvres. C’est ainsi que l’Inde se retrouve au premier rang des acheteurs d’armes, alors qu’une large fraction de sa population croupit dans le sous-développement. On s’y prépare en vue d’éventuels conflits, mais on ne semble pas trop savoir comment s’y prendre pour vaincre la sous-alimentation, approvisionner la population en eau potable et assurer un minimum de soins de santé. La culture d’armement passe avant la satisfaction de besoins humains fondamentaux.

Le bruit des armes se fait entendre de plus en plus de nos jours, un peu comme cela s’était produit dans les années qui ont précédé la première Guerre mondiale. Tensions entre la Chine et les pays voisins, entre l’Inde et le Pakistan, entre l’Ukraine et la Russie, multiples affrontements qui affligent les pays islamiques, douloureux conflit qui perdure en Syrie, menace djihadiste. Des armes sophistiquées aggravent le risque de destruction massive, un danger que véhicule déjà l’arme nucléaire, silencieuse pour le moment mais toujours à portée de main.

Des historiens cherchent encore pourquoi le monde a basculé dans la guerre en 1914. Certains pointent du doigt le manque de vision des dirigeants politiques ou encore leur ineptie, ou encore la pétulance de militaires impatients d’en découdre avec l’ennemi, réel ou virtuel. D’autres soulignent l’impact d’une culture belligène qui s’était répandue au sein des collectivités. On a joué avec le feu, avec les tensions et on a tout à coup perdu le contrôle des événements. L’assassinat, par un étudiant serbe un peu fêlé, d’un prince de l’Empire austro-hongrois, a déclenché un conflit dont le déroulement, dans la suite, a échappé aux décideurs politiques. La guerre s’est dès lors emparée des peuples, telle une sorte d’épidémie. En furent victimes des millions de petites gens, des familles, des enfants. En tirèrent gloire des milliers de combattants et quelques généraux. Suivit une mauvaise gestion de la paix retrouvée, d’où émergèrent les conditions ouvrant la voie pour un autre conflit, encore plus meurtrier.

Nonobstant le bruit des armes perdure néanmoins de nos jours une vaste aspiration à la paix. De nombreuses initiatives visent à rendre celle-ci moins fragile, tels les efforts incessants d’organismes relevant des Nations-Unies, les interventions du Saint-Siège, les activités diplomatiques provenant de sources diverses, l’aide aux populations victimes des conflits armés, le soutien au développement des peuples, lequel, selon Paul VI, donne un nouveau nom à la paix. Pour lui, le développement des peuples est devenu la nouvelle façon de désigner la paix comme projet.

L’instauration et la consolidation de la paix dépendent de l’engagement d’hommes et de femmes de bonne volonté. Elle est aussi un don fragile menacé par la bêtise humaine, le culte de la violence ,les injustices de toutes sortes, les exactions de petits potentats déchainés. Une avancée humaine qui, nous dit Jean XXIII, repose sur quatre piliers :la vérité, la justice, la liberté, la solidarité. Le risque devient plus grand d’entendre le bruit des armes quand ces piliers sont ébranlés. Voilà ce qui doit préoccuper particulièrement ceux qui veulent être des artisans efficaces de paix.