QUAND  SOUFFLAIT UN VENT DE CHANGEMENT  

 

Pour comprendre ce qui s’est passé le 15 novembre 1976 il est éclairant de jeter un regard en amont, sur les mois et les années marqués par le vent de changement qui avait débuté avec la Révolution tranquille et  continuait de souffler sur la société québécoise.  Le 15 novembre 1976 marque à la fois  un aboutissement et un nouveau départ.La Révolution tranquille poursuit sa route en empruntant un nouveau chemin et en amorçant une nouvelle étape.

Au cours de la période qui a précédé le jour historique du 15 novembre un contexte particulier a pris forme. Il résultait de l’influence  de plusieurs facteurs susceptibles d’alimenter des courants de changement. Le processus s’est étendu sur plusieurs années,  dans le prolongement de la décennie  marquée par l’accès au pouvoir du gouvernement Lesage, en juin 1960.

À l’époque, le pouvoir politique  en place donne l’impression  d’être solidement installé, mais il se révèle faible  face au  courant indépendantiste et à l’action de  mouvements sociaux dynamiques. Il fait aussi preuve de faiblesse face au pouvoir fédéral omnipotent et hautain. C’est le temps du mépris. Demeure dans la mémoire collective l’image d’un Pierre Trudeau qui se moque de Robert Bourassa en le qualifiant  de mangeur de hot-dog.

Un courant indépendantiste dynamique influe sur le cheminement du Parti Québécois.  Il fait sentir sa présence de façon particulière lors du Congrès national de 1974, où l’on consolide le lien  entre l’objectif de la souveraineté et le mécanisme référendaire. On apprend à  conjuguer le  réalisme politique et la fidélité à des convictions de base. Pour sa part, grâce à  son ralliement historique, Pierre Bourgault  joue un rôle crucial dans le regroupement des forces souverainistes. Il aide à faire comprendre que pour se donner un pays il faut d’abord accéder au pouvoir.

L’appui d’intellectuels et d’artistes y a été aussi pour beaucoup dans l’essor  du vent de changement.Son apport  a été précieux. Il semble s’être en partie  dilué au cours des années qui ont suivi.

D’autres facteurs favorables ont influencé le cours des événements. Pensons par exemple au combat mené par les Gens de l’air en faveur du droit de travailler en français dans l’espace aérien québécois. Le conflit ne concernait directement qu’une poignée de travailleurs, mais, symboliquement , il affectait et dérangeait tout le Québec français. Il marquait une sorte de prélude au débat à venir sur le projet de loi 101, qui a donné naissance à la Charte de la langue française.

 

René Lévesque a été la pierre d’angle du changement en cours. Il réunissait un charisme exceptionnel et une expérience politique reconnue. Il représentait une assurance, une caution , particulièrement pour certains électeurs un peu timorés face à la part d’inconnu qu’impliquait  le changement proposé. Car il n’est pas facile de décider de devenir vraiment  maître chez soi après des décennies de dépendance agrémentée de certains avantages. Le charisme personnel et le réalisme politique de cet homme d’État  ont fait en sorte que le changement proposé apparaissait à la fois rationnel tout en étant porteur d’un risque pondérable.

Une convergence de facteurs favorables  a préparé l’heureux événement du 15 novembre 1976. Un bel exemple de conditions gagnantes, diraient certains. Reste à savoir si de nos jours  pointe à l’horizon une autre convergence favorable, laquelle permettrait  à la nation québécoise de franchir une nouvelle étape dans l’accomplissement de son destin.

 

LE DÉLIT D’ÊTRE PAUVRE

Le gouvernement du Québec a adopté une loi qui vise à réduire à la famine ceux et celles qui manquent de zèle dans la recherche d’un emploi. Ces prestataires que l’on pourchasse vont allonger la liste des pauvres qui sont en attente de paniers de Noël. On tape sur la tête des plus démunis quitte à s’en remettre à la charité privée pour pallier le resserrement de l’aide publique.

Il en est ainsi parce que l’État manque d’argent, nous dit-on. Mais ce manque résulte en partie du fait que l’État se prive de ressources qui lui reviennent. Par exemple, on laisse émigrer dans des paradis fiscaux des milliards$ qui devraient servir à répondre aux besoins collectifs, à commencer par ceux des plus démunis. « Les paradis fiscaux, une maladie qu’il faut enrayer », nous dit Joseph Stiglitz, prix Nobel de l’économie. Mais il semble plus simple de taper sur la tête des plus démunis que de rappeler à l ‘ordre de grandes entreprises qui font fi de leurs obligations sociales.

LE SOCLE IDENTITAIRE

Un aspirant à la direction du Parti conservateur du Canada  s’est donné comme objectif de  sauvegarder l’identité canadienne , ce qu’il appelle le socle identitaire canadien. Un défi de taille, quand on sait qu’on parle toujours au Canada de l’existence de deux solitudes ou encore de la coexistence de deux nations. Le régime fédéral sert à gommer des différences qui sautent  aux yeux quand on franchit l’espace canadien «  a mari usque ad mare ».

Il demeure que l’exercice proposé peut s’avérer utile. On pourra par exemple se demander ce qu’ont en commun  des composantes politiques disparates, telles par exemple le Québec et l’Alberta. Les différences sont patentes : l’histoire, la langue, la culture, les intérêts économiques. Un trait commun : les valeurs proclamées dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. Mais ce trait est non moins partagé par d’autres pays. Il ne suffit donc pas pour déterminer un socle identitaire. Reste la volonté commune,  l’acceptation d’un vivre ensemble plus ou moins harmonieux. Mais un courant identitaire spécifiquement québécois  est en train d’ébranler cette volonté commune. L’hypothèse d’un socle identitaire unique devient plus fragile.

Au fait, on  aurait avantage à privilégier  l’hypothèse de deux blocs identitaires qui outrepassent l’encadrement politiques actuel. Ainsi a-t-on solutionné ailleurs le problème des blocs identitaires, comme ce fut le cas quand ont été tressés de nouveaux liens  politiques entre la Suède et la Norvège, la Suède et le Danemark, la République tchèque et la Slovaquie, le Timor-Oriental et l’Indonésie, la Tunisie et la France, etc. Bien circonscrire les blocs identitaires, c’est témoigner  de réalisme politique et favoriser  l’établissement de rapports pacifiques et fructueux entre nations. Cela implique de reconnaître  la diversité  qui caractérise la problématique canadienne.