CHOIX AMBIGUS

Les évêques américains se sont réjouis de la décision du président Trump de supprimer les subventions aux ONG qui incluent l’aide à l’avortement dans les services fournis aux femmes dans les pays en développement. Or la décision du président trublion compromettra l’application d’autres mesures visant à améliorer le sort de femmes qui supportent des conditions de vie parmi les plus pénibles. Ces femmes font partie des « périphéries » dont parle le pape François et dont le sort doit, selon lui, nous préoccuper en tout premier lieu.

Qui plus est et qu’ils le veuillent ou non, les éminents prélats, en faisant ce choix, donnent  de la légitimité à un politicien intempestif et dangereux dont les décisions mettent en péril des avancées sociales majeures, voire le fonctionnement normal de la vie démocratique. Ils se trouvent à mettre  en question une politique sociale sans doute imparfaite mais qui ne se réduit pas à la seule question de l’avortement. Au fait, l’éthique sociale chrétienne inclut d’autres composantes, telles  par exemple la protection de l’environnement, dont le président Trump se fiche allègrement, ou encore le refus de la torture, que ce même président considère acceptable en certaines circonstances. Nul doute que les évêques américains ont quelque chose à dire en ces matières et peuvent  parler d’autre chose que d’avortement.

LES PERSÉCUTIONS CONTINUENT

Dans un bloc-notes du mois de février 2010 je soulignais la gravité des persécutions dont sont victimes de nos jours les chrétiens à travers le monde.Voici qu’un rapport récent de l’Agence Fides vient de confirmer que la situation perdure. En sont victimes plus de 215 millions d’hommes et de femmes qui témoignent de leur foi en Jésus-Christ. On dénote une cinquantaine de pays qui, à des degrés divers, tolèrent et même organisent ces atteintes aux droits humains. Se situent en tête de liste plusieurs pays du Moyen-Orient, l’Afghanistan, la Somalie, le Soudan, l’Erythrée, le Pakistan; s’ajoutent la Corée du Nord, la Chine, le Vietnam et de nombreux autres pays dont certains reçoivent une aide humanitaire fournie par des organismes d’allégeance chrétienne.

Il est à l’honneur de l’humanisme chrétien que des témoins de la foi persistent à afficher leurs convictions dans des conditions pareilles. Mais il est moins honorable que des décideurs politiques ou économiques de pays démocratiques se comportent comme si ces abus et ces sévices n’existaient pas . Il appert que les droits humains perdent de leur importance quand se présentent des occasions de signer des accords commerciaux lucratifs. On admire le courage des victimes de persécutions, mais on ne semble pas prêt à leur porter secours en intervenant auprès de ceux qui les persécutent. Cela, paraît-il, irait à l’encontre du réalisme politique et des exigences de l’économie.

TRIBULATIONS DÉMOCRATIQUES

L’arrivée au pouvoir de Donald Trump surprend et inquiète, non sans raison. Voici que le mauvais fonctionnement d’un mécanisme démocratique a fait en sorte qu’un représentant de la post-vérité , trublion de haute gamme, détient désormais les rênes du pouvoir à la tête de la première puissance du monde. Il devient même un dépositaire de l’arme nucléaire. Inquiète, la communauté internationale pénètre pour un temps dans une période de grande incertitude.

On peut néanmoins se permettre d’espérer que le pire n’arrivera pas. Car dans une saine démocratie l’opinion publique est toujours en mouvement. Des citoyens attentifs utilisent les moyens à leur portée pour tenir en alerte le sens de la responsabilité collective. D’autres prennent du temps pour se réveiller, mais finissent par le faire. Un sondage récent permet de le constater : le président trublion est déjà en perte de vitesse. Il pourrait suffire d’une mesure du genre impeachment ou d’un vaste courant populaire pour qu’il retourne à ses affaires.

Le règne Trump sera donc, espérons-le, de courte durée. Mais qu’il puisse être devenu réalité, ne serait-ce que pour un temps, confirme l’avis de Platon, à savoir que tout ce qu’on gagne à ne pas prendre au sérieux la politique, c’est d’être gouverné par des gens pires que soi. Un avis que pourraient méditer en premier lieu ceux qui suivent les courants à la mode et ceux qui ne se déplacent même pas pour voter.

BONNE ANNÉE QUAND MÊME

On se souhaite une bonne année pour 2017. C’est de bon augure. Mais  je constate que beaucoup semblent le faire  avec une certaine réticence, sans trop de conviction.  Ils pensent à l’horrible guerre qui ravage la Syrie, au terrorisme djihadiste qui crée partout l’insécurité, au phénomène Trump, à l’accroissement du commerce des armes,  au renforcement de l’armement nucléaire, au tsar Poutine, aux inégalités sociales qui constituent une bombe à retardement aussi bien à l’intérieur des  nations qu’entre pays riches et pays pauvres. On se souhaite mutuellement la paix, mais on la sent fragile,cette paix ardemment désirée.

À contre-courant des prophètes de malheur, la liturgie chrétienne continue de parler de paix. C’est dans  ce même esprit que Jean XXIII publia jadis sa célèbre encyclique sur la paix, alors que planait la menace nucléaire.  Il  proposait que tous les hommes et femmes de bon vouloir, aussi bien non-croyants que croyants, s’attellent à l’urgente tâche de créer les conditions favorables à l’instauration d’une paix solide : entre individus, entre groupes sociaux, entre nations, à l’échelle de l’univers. Un plan d’action teinté d’utopie,mais au demeurant réaliste et incontournable. Pour l’avenir de l’humanité il n’y avait alors pas d’autre choix. C’est pareil aujourd’hui.

La paix comme espoir, mais aussi comme tâche à accomplir. De cette façon, on a plus de chance que l’année soit bonne. Nonobstant les ombres qui se profilent à l’horizon.