GRANDS ESPRITS ET SIMPLES D’ESPRIT

Je suis du nombre des simples d’esprit dont Bernard Derome et son équipe se sont moqués lors d’une présentation récente du téléjournal (18 juin). Mais il n’y a pas là de quoi gémir. Le passage biblique invoqué n’a pas la signification déplaisante qu’on veut lui prêter. La première Béatitude est porteuse d’une belle dimension spirituelle qu’ignorent les scribes qui ont rédigé ce soir-là les nouvelles à Radio-Canada. Mais il faut les comprendre. Ils sont limités à leur propre vision du monde, un peu comme ces personnages imaginés par Platon dans son allégorie de la caverne.

Il est vrai que les chrétiens d’ici ou d’ailleurs sont pour la plupart des gens ordinaires, bien ordinaires, du monde simple. Certains s’en font même une fierté. Déjà, au temps des premières communautés chrétiennes on avait remarqué que la nouvelle Voie attirait surtout des gens d’humble extraction, peu instruits : esclaves, serviteurs et servantes, gens exerçant des métiers sans prestige, petits paysans, pêcheurs. L’Apôtre Paul faisait remarquer que la nouvelle Voie recrutait peu de gens de haute gamme, peu de grands esprits. Se moquant des chrétiens le philosophe Celse tournait en dérision ces petites gens qui adhéraient à « une secte fondée par un raboteur de planches ». On était à cent coudées de la brillante intelligentsia qui peuple de nos jours les corridors et les studios de Radio-Canada.

Mais éclairés par la foi les simples d’esprit ont néanmoins apprivoisé le savoir. Cela nous a donné les philosophes chrétiens, les Pères de l’Eglise, les moines savants qui ont sauvegardé, copié et traduit les manuscrits anciens, les écoles fondées au temps de Charlemagne, les universités médiévales, les nombreux centres du savoir créés par les Dominicains, les Franciscains, les Jésuites, les Frères des écoles chrétiennes, des centaines de communautés féminines vouées à l’enseignement ; et aussi Pascal, Pasteur, Teilhard de Chardin et autres grands savants, des centres de recherche et d’enseignement implantés par les missionnaires dans le tiers monde. Comme si la foi et la raison n’avaient cessé de chercher à se rencontrer, à se côtoyer, à se compléter. L’œuvre de gens simples d’esprit dont plusieurs se sont révélés des esprits féconds et ont marqué l’histoire.

Puisque le téléjournal a fait allusion à l’Evangile je me permets à mon tour de citer un passage biblique. C’est celui où Jésus dit : « Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que tu as caché cela aux sages et aux intelligents et l’as révélé aux petits enfants » (Mt, 11,25). Un texte qui conforte les simples d’esprit mais peut semer la perplexité chez les grands esprits.

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