L’Église catholique et le communisme en Europe (1917-1989)

Philippe Chenaux
Editions du Cerf, 2009

L’ouvrage de Philippe Chenaux offre une rétrospective pleine d’intérêt portant sur la parenthèse communiste qui a fracturé le cours de l’histoire en l’Europe à l’époque contemporaine. Il s’emploie à décrire le rôle qu’a joué l’Eglise catholique face à ce que certains considèrent comme étant la plus récente des hérésies du christianisme.

Tout en mettant en lumière les rapports conflictuels entre les deux forces en présence, les persécutions que les chrétiens ont subies et la suppression des libertés, l’auteur s’emploie à décrire les nombreuses tentatives de l’appareil ecclésial romain visant à sauvegarder ou à restaurer un minimum de liberté pour les chrétiens ordinaires enfermés derrière le Rideau de fer. Il relate l’évolution, perceptible surtout à partir du pontificat de Jean XXIII, d’une approche qui, délaissant l’option de l’opposition radicale, a visé la recherche d’un compromis et l’instauration d’un modus vivendi propre à créer un espace pour un minimum de liberté. Ce fut un cheminement où se sont conjuguées la fermeté, la souplesse, la résistance pacifique et beaucoup de patience. Le processus a largement contribué à l’effondrement des régimes totalitaires en place. Sorte de révolution non-violente où le pape Jean-Paul II a joué un rôle de première importance.

La rétrospective de Philippe Chenaux nous offre aussi des observations fort intéressantes sur le problème de la collaboration entre catholiques et communistes, notamment en France et en Italie, sur les rapports entre la pensée chrétienne et le marxisme ainsi que sur les relations entre l’Eglise de Rome et l’orthodoxie russe.

On est frappé, en parcourant cette tranche de l’histoire contemporaine, par la place importante qu’occupe, sur la scène internationale, l’appareil diplomatique romain, avec son expertise et ses interventions calibrées. On ne saurait en nier l’efficacité et l’utilité. Il s’agit d’une activité à la fois spirituelle et temporelle, parfois directement et ouvertement politique. Ses effets ont été maintes fois bénéfiques, par exemple quand de patientes négociations ont contribué à alléger le sort de chrétiens et de gens sans défense, comme cela arrive encore de nos jours dans des pays soumis à des régimes oppresseurs.

Des esprits critiques sont enclins parfois à mettre en question cet appareil à la fois ecclésial et politique qui renforce le centralisme romain et aggrave le déséquilibre entre un pouvoir central fort et des Eglises nationales qui ressemblent souvent à des courroies de transmission chargées de transmettre des directives venues d’en haut. Au fait, il y a du chemin à faire avant que l’Eglise catholique projette au premier regard l’image d’un vaste rassemblement de communautés de croyants libres plutôt que celle d’un appareil ecclésiastique solidement structuré à la verticale, de haut en bas. En attendant, il est permis de se réjouir de l’efficacité de la politique vaticane telle que Philippe Chenaux en fait la démonstration dans cet ouvrage dont je recommande la lecture.

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