CRIME CONTRE L’HUMANITÉ

Rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, Jean Ziegler appelle à une « insurrection des consciences » face à la crise alimentaire actuelle ( Voir LE SOLEIL, 28 avril 2008). Car cette crise n’est pas le résultat du hasard. Il est vrai que des phénomènes naturels comme les vagues de sécheresse en ont aggravé les effets. Mais on ne peut passer sous silence l’impact de facteurs économiques et politiques, de décisions humaines, d’erreurs commises par des adeptes de l’idéologie néolibérale.

A l’instar d’autres experts Jean Ziegler dénonce les effets néfastes des biocarburants, dont la production intensive requiert qu’on détourne de leur finalité première des terres agricoles désormais réservées pour la fabrication d’éthanol. Mais il mentionne aussi d’autres facteurs à l’origine de la crise. Ainsi, le Fonds monétaire international et plusieurs pays riches se sont entendus depuis quelques années pour obliger les paysans de pays pauvres à donner la priorité aux produits destinés à l’exportation et pour imposer au marchés nationaux un régime de libre concurrence échappant à toute régulation. On ouvrait ainsi la porte à des multinationales qui ont inondé les marchés du tiers monde de produits généreusement subventionnés et dont le bas prix artificiel faussait les mécanismes du marché. Conséquences : le recul des cultures vivrières, le dépérissement de l’agriculture dans les pays pauvres, l’abandon des terres agricoles et l’émigration vers les zones urbaines. C’est dans ce contexte d’une économie indigène déstructurée que des populations démunies ont encaissé les perturbations climatiques et subi la flambée des produits alimentaires de première nécessité.

D’une voix unanime on réclame une augmentation des contributions au programme alimentaire mondial. Cela s’impose. Mais il demeure que de nombreux pays seraient capables d’atteindre l’autosuffisance alimentaire si on cessait de freiner leur capacité de production par l’imposition de règles inspirées par l’idéologie néolibérale. Il faut mettre fin à une politique agricole néfaste qui pave la voie à ce que Jean Ziegler qualifie de crime contre l’humanité. Sinon, et peu importe les aides ponctuelles, des millions de gens affamés descendront dans la rue. Des gens qu’on a trompés, spoliés et voués à la famine. Et qui voudront peut-être mettre en application le vieux principe thomiste qui dit qu’en situation d’urgence les biens de première nécessité appartiennent à tous.

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