QUELQUES EXCÈS OU UN VICE DE FOND ?

La réforme scolaire souffrirait de quelques lacunes, mais certains continuent d’y voir une potion magique qu’il suffirait d’assaisonner pout lui donner meilleur goût. Or voici que le sociologue Mathieu Bock-Côté affirme ( Le Devoir, 5 février 2008) que c’est la potion elle-même qui est empoisonnée. « La réforme, écrit-il, est la porteuse d’une philosophie bien mauvaise qui avait plus à voir avec l’idéologie qu’avec la culture et qui doit être aujourd’hui congédiée au nom du bon sens et d’un humanisme à réhabiliter. La réforme est l’expression bien québécoise d’un pédagogisme sans génie qui a partout livré les mêmes effets, à la grandeur des sociétés occidentales, et qui est aujourd’hui mis en procès par ceux qui ne désirent plus sacrifier la continuité d’une civilisation aux fantasmes du progressisme ».

Si ce diagnostic est fondé, on ne peut se contenter de proposer des correctifs mineurs. Il faut aller au fond des choses. Se demander par exemple quels sont les postulats et les non-dits de la réforme. Est-il vrai que celle-ci envisage une rupture de civilisation et poursuit le rêve d’une « humanité improvisée », pour reprendre une expression de Pierre Vadeboncoeur ? D’où vient cette volonté de rompre avec le passé et cette prétention de construire à partir d’une raison pure qui ne doit rien à ceux qui nous ont précédés ?

La dévotion à cette idéologie sous-jacente explique peut-être l’agacement que ressentent les réformateurs quand des parents, inquiets, exigent des explications et mettent en doute les élucubrations des experts en pédagogie. Ceux-ci ne comprennent pas qu’on ne leur fasse point confiance. Car eux seuls sauraient ce qui est bon pour les jeunes.

Certains parents, devenus méfiants, voudraient que leurs enfants n’avalent pas la potion magique. Face à un désastre appréhendé ils cherchent une bouée de sauvetage et croient l’avoir trouvée en inscrivant leurs enfants dans des écoles privées. C’est là, paraît-il, que des gourous de la réforme envoient aussi leurs rejetons.

C’est la même idéologie qui refuse qu’on puisse considérer la dimension religieuse comme critère valable pour accorder à un établissement le statut d’école à projet particulier. Au fait, elle s’oppose à tout enseignement religieux à l’école. Une seule vérité, une pensée unique. Quintessence de la pureté laïque.

Mathieu Bock-Côté nous invite à aller au fond des choses au lieu de débattre d’ajustements mineurs. Un avis qui ne manque pas de pertinence.

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