UN CRIMINEL NOUS A QUITTÉS

Le vieux dictateur Suharto, jadis président de l’Indonésie, vient de rendre l’âme. Il avait les mains pleines de sang, pleines de sous aussi. On estime à plusieurs milliards $ l’argent qu’il a détourné des fonds publics au profit de sa famille et de ses commensaux. Ce qui n’a pas empêché de pauvres gens de l’admirer et de témoigner de leur chagrin en public, devant les caméras de télévision.

Le pouvoir fascine, même quand il patauge dans l’horreur. En Russie, on trouve encore des gens qui vouent un culte à Staline. Pour eux, il incarnait « le bon vieux temps ». Au fait, perdure souvent une ambiguïté dans les rapports que les gens ordinaires entretiennent avec le pouvoir. Un mélange de méfiance, de crainte, de rejet et de fascination. Celle-ci apparaît par exemple dans l’attrait qu’exercent les reportages de revues mondaines portant sur la vie des puissants de ce monde. Pouvoir et richesses dont parfois la source est trouble, mais néanmoins qui attirent, comme des idoles.

Un signe de santé morale d’une société, c’est quand on réussit à civiliser le pouvoir, à baliser son exercice, et qu’ainsi l’autorité devient un service, un ministère. On se rapproche de cet idéal dans plusieurs pays, mais cela demeure un rêve lointain ailleurs.

Affirmer que « toute autorité vient de Dieu », c’est une manière de dire qu’elle n’est pas la propriété de dictateurs sanguinaires, de voyous, d’escrocs. Quand, par complaisance ou par intérêt, les représentants politiques de pays démocratiques pactisent avec de telles gens ils avilissent l’autorité. Suharto le criminel a longtemps profité de cette forme de complaisance de la part des Etats-Unis. C’est triste. Et ce fut une manifestation de mépris envers le peuple indonésien.

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