Le dernier empereur Charles d’Autriche 1887-1922

Jean Sévillia
Paris, Editions Perrin , 2009

Cette biographie offre trois centres d’intérêt particuliers. Le premier, c’est celui de la personnalité d’un chef d’Etat qui, tout en ayant occupé bien peu de temps l’avant-scène de l’histoire, a fait preuve de qualités remarquables à titre d’empereur d’un pays considéré comme puissant à l’époque. Appelé à succéder à François-Joseph au moment où l’Autriche est plongée dans la première guerre mondiale, Charles se donne comme objectif prioritaire de mettre fin à ce conflit cruel et stupide. Ses efforts seront vains, tout comme ceux du pape de l’époque, Benoît XV.

Charles se révèle en outre préoccupé de réformes sociales. Il adhère au courant social inspiré deRerum novarum. Grâce à ses efforts l’Autriche deviendra le premier Etat européen et dans le monde à se doter d’un ministère de la Santé publique, responsable de tout ce qui touche à la santé et à l’hygiène : lutte contre les épidémies, hygiène des lieux publics, inspection sanitaire, médecine infantile, médecine scolaire, médecine du travail, direction des hôpitaux publics, pharmacie publique, assistance aux blessés de guerre, règlementation du personnel de la santé,statistiques sanitaires, etc.(voir p.126). Une paix stable dépendait à ses yeux de la qualité des conditions sociales qui affectent l’existence quotidienne d’un peuple.

Deuxième centre d’intérêt : le règne très court de ce dernier empereur marque le début de l’entre-deux guerres. On a traité le dernier empereur d’Autriche comme un personnage évanescent alors que ses grandes qualités auraient pu faire de lui un interlocuteur précieux. Mais les vis-à-vis du côté des vainqueurs s’en sont délestés à la hâte. Ils n’ont pas prévu ce qui les attendrait plus tard comme interlocuteurs du côté des vaincus.

Autre trait intéressant que cette biographie met en relief : la place occupée par la foi chrétienne au sein du pouvoir impérial. Non pas seulement la présence d’une forme de catholicisme sociologique et traditionnel, mais aussi une pratique religieuse personnelle qui semble avoir marqué tous les membres de la famille qui entoure l’empereur. Vu à distance, le phénomène impressionne. Il nous semble montrer qu’une laïcité intelligente est compatible avec l’exercice de pratiques religieuses non moins intelligentes.

En bref, un ouvrage de lecture agréable qui a le mérite de mettre en lumière une étape de l’histoire souvent ignorée ou négligée.

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