SI l’EGLISE, C’EST NOUS …

Denis Paquin, o.m.i

Défis d’une évangélisation « nouvelle » et «autre »
Collection Héritage et projet
Montréal, Fides, 2011

Selon l’auteur, « un modèle historique de l’institution est en train de mourir et un autre est en train d’advenir, tout comme au temps de Jésus et de l’ère apostolique de la fondation de l’Eglise ! »( p.234) Ce qui est en train de mourir, explique-t-il, c’est l’appareil de pouvoir, la centralisation romaine, la tentative de restauration et du retour en arrière amorcée au lendemain de Vatican 11. Ce qui est en train d’advenir, c’est la montée du Peuple de Dieu en marche, l’émergence de communautés de croyants où la pratique de la liberté chrétienne éradiquera peu à peu un asservissement spirituel malsain.

Vatican 11 fut un printemps, un court printemps pour l’Eglise, selon Denis Paquin. Il partage le point de vue de Jacques Grand’Maison, qui voit dans ce concile une « brèche historique » vite récupérée par le « monolithisme romain » et qui constate (cité,p.213) que « l’Eglise d’ici n’a jamais été aussi téléguidée de Rome depuis les dernières années avec un cumul de décrets prescriptifs tatillons et péremptoires(…) loin de l’esprit de l’Evangile , de Vatican 11 et de ses promesses, de la situation historique actuelle comme appel à de profondes mutations du style de l’Eglise et de la pensée chrétienne. Si bien qu’on peut se demander si le dernier concile n’a pas été qu’un bref intermède dans la longue foulée de la crise du modernisme depuis le XIXème siècle ».

Denis Paquin décrit mieux ce qui est train de mourir que ce qui est en train d’advenir. Ce qui est normal, puisqu’on ne peut prédire avec exactitude à quoi ressemblera le nouveau visage de l’Eglise peuple de Dieu. Des signes de renouveau surgissent ici et là. L’Esprit souffle où il veut, même à Rome. Jean XXIII a créé une grande surprise en convoquant Vatican 11. Accédera peut-être au souverain pontificat un autre pape au profil modeste qui débloquera le processus amorcé avec le dernier concile et que des apparatchiks romains tentent de freiner. Dans l’attente de ce moment de grâce les tentatives d’aggiornamento se multiplient au sein du Peuple de Dieu. L’auteur lui-même en constitue un exemple. Il porte un regard empreint d’espérance sur le tournant historique dans lequel sont engagés des chrétiens au sein d’un monde qualifié de postmoderne et postchrétien.

L’Eglise dont il parle, c’est en priorité celle dont le Saint-Siège constitue le centre et le symbole d’unité. On a l’impression qu’il attend peu d’une nouvelle catholicité englobant le réseau des Eglises chrétiennes, particulièrement la chrétienté orthodoxe et les grandes confessions protestantes. En revanche, il semble compter beaucoup sur l’apport éventuel des grandes traditions religieuses non-chrétiennes. La spécificité chrétienne qui marque le déroulement de l’histoire semble pour lui facilement contournable.

« Si l’Eglise, c’est nous… » propose une réflexion audacieuse, nourrie de l’apport de théologiens modernes qui n’ont pas attendu une permission venant d’en haut pour jeter un regard neuf sur la vie ecclésiale ; un regard éclairé et stimulé par le précieux intermède qu’aura été la grande rencontre de Vatican 11.

1 pensée sur “SI l’EGLISE, C’EST NOUS …”

  1. La question c’est : quels sont les fruits ? Au Québec, on a par exemple la Famille Marie Jeunesse, dont l’accent semble porter sur la vie fraternelle, liturgique, et l’évangélisation (prenant en compte l’enseignement de l’Église tel qu’il est au lieu de se mettre en mode « recherche » par rapport à celui-ci), plutôt que de vouloir réinventer la théologie. Et ils ont des vocations et croissent. On a aussi le réseau des Forums André-Naud, qui se veulent lucides, contestataires, réalistes, branchés sur la réalité vécue des croyants d’ici. Question : c’est quoi la moyenne d’âge de leurs membres ? Que peut-on prévoir qu’ils vont laisser derrière eux, à vue humaine du moins ? Ils ont l’espérance sans doute, mais qui va leur succéder?

    La ferveur spirituelle est à mes yeux le but de la vie de foi, et si le souci d’être moderne et adapté au monde donne l’impression qu’on peut faire l’économie du coeur de l’Évangile jusqu’à temps qu’on aura fini de « réformer » les structures et l’organisation de l’Église, c’est complètement faire fausse route et tromper les fidèles de bonne foi. Mère Teresa n’était peut-être pas très subtile en théologie, à aucun niveau, mais son legs témoigne en faveur de l’amour du prochain et son existence ainsi que celle de ses soeurs fait une très large place aux valeurs d’adoration. Et sa commuanuté grandit encore, au point d’être même parvenue à s’implanter au Québec, qui l’aurait cru (qui aurait cru qu’il y avait ici aussi des misères telles que la présence des Missionnaires de la Charité serait un don pour notre sociale démocratie si fière). Les fruits, disais-je : c’est évangélique. N’est-ce pas dans la foulée de ces pousses que se maintiendra l’Église? Accessoirement (mais c’est peut-être un signe cela aussi, non?), ces chrétiens-là aiment le magistère…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *