UN RÉFÉRENDUM N’EST PAS UNE MALADIE

Un référendum représente une forme de consultation populaire à laquelle on a recours dans plusieurs pays reconnus pour leurs solides traditions démocratiques. Il permet aux citoyens de s’exprimer sur des questions spécifiques et parfois fondamentales qui, lors des échéances électorales conventionnelles, risquent d’être confondues avec des objets de débat liés à la quotidienneté. Il s’agit donc d’un exercice hautement démocratique.

Or voici que des acteurs politiques au Québec en parlent comme d’une maladie. Ce qui est considéré ailleurs comme un exercice démocratique de haute tenue serait pour nous une aventure risquée, source de discorde et susceptible de nous détourner des « vrais problèmes ». Comme si, par exemple, prendre position sur l’avenir de son pays n’était pas un « vrai problème » et qu’il fallait à ce sujet laisser à d’autres le soin de choisir à notre place.

Ce n’est pas le référendum qui est une maladie. C’est plutôt la peur de se prendre en main, de s’assumer comme citoyens libres et responsables. Des acteurs politiques utilisent cette peur comme ingrédient électoral. C’est triste.

2 pensées sur “UN RÉFÉRENDUM N’EST PAS UNE MALADIE”

  1. Enfin quelqu’un qui ose dire qu’un référendum n’est pas une calamité à éviter à tout prix, mais l’une des grandes chances offertes par la démocratie, et sans doute l’une de ses formes les plus directes.

    Que Charest et Legault présentent l’éventualité de consulter le peuple comme une menace démontre l’idée que ces deux compères se font de la démocratie. Et aussi l’opinion qu’ils ont du peuple, incapable, selon eux, de faire face à un choix, et surtout, de l’exprimer adéquatement.

    Honte à eux, bravo à vous. Merci de l’avoir dit.

  2. Non, un 3e référendum ne serait pas une maladie. Ce serait seulement une erreur politique.
    Vous abordez le référendum de trop haut. Celui-ci ressort comme une forme supérieure de démocratie bonne en tout temps et en tout lieu (si ce n’était bien sûr des limites matérielles de sa réalisation).
    Faire un référendum n’est pas un idéal, une norme ou une obligation, mais un choix politique, pour la raison fondamentale que c’est un moyen du pouvoir. C’est en tant que tel (moyen facultatif du pouvoir) qu’on doit en juger.
    Au Québec, la « stratégie » référendaire n’a été introduite (par Claude Morin et René Lévesque en 1974) ni par souci de démocratie ni comme moyen de faire l’indépendance, mais très exactement pour augmenter le bargaining power des élus québécois auprès d’Ottawa, comme l’écrit Morin lui-même (négociation de compétences fédératives supplémentaires ou d’un statut particulier).
    L’indépendance au contraire est entièrement et exclusivement justiciable de la démocratie représentative. Un référendum resterait sans effet en dehors de l’acte législatif spécifique de l’Assemblée nationale qui s’impose, la déclaration d’indépendance, de même celle-ci est parfaitement faisable, légale et légitime sans référendum (rien dans le droit international, si l’on veut l’invoquer, ne le prescrit). En démocratie, ce sont les représentants du peuple et eux seuls qui peuvent décider de l’indépendance. (D’ailleurs, la reconnaissance des États étrangers ne suivrait pas d’un référendum, puisqu’ils n’auraient rien à reconnaître: elle ne suivrait que d’une déclaration législative d’indépendance.) L’erreur historique du Parti québécois est de croire et de faire croire que nos représentants nationaux nécessitent un mandat référendaire en plus de leur mandat électoral, minant ainsi l’autorité de l’Assemblée nationale devant l’adversaire canadien qui se prétend tout aussi représentatif que nos élus propres (et devant lesquels Claude Morin restait… barrés).
    Quant à la démocratie directe, sous laquelle on subsume volontiers le référendum, c’est une vue de l’esprit dans laquelle le pouvoir disparaît (si vous voulez, c’est une « démo » mais ce n’est plus une « cratie »). La démocratie reste une forme d’exercice du pouvoir, non son élimination même tendancielle.
    Avec tous mes respects et mes salutations.

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