LENDEMAIN D’ÉLECTIONS

Quelques réflexions me viennent à l’esprit au lendemain des récentes élections qui ont eu lieu au Québec.

L’événement a inspiré des commentaires qui vont dans toutes les directions. Ce qui n’a rien d’étonnant, compte tenu des résultats. Les experts n’ont pas fini d’en décortiquer les causes et les retombées. Les non-experts non plus.

La journée du 4 septembre nous a réservé plusieurs surprises. La plus inattendue (prévisible, diront certains), fut sans doute celle de voir plusieurs sièges passer ou demeurer aux mains des libéraux ou des caquistes grâce à la division du vote souverainiste. On constate qu’un bon jugement politique n’accompagne pas toujours la poursuite d’un idéal de grand calibre. Des milliers d’adeptes de la souveraineté intégrale et immédiate se sont tirés dans le pied. Des gens avec des mains pures, mais sans mains, tels ces disciples de Kant dont parlait Péguy. On prétendait vouloir l’indépendance tout de suite, on aura contribué dans les faits à consolider le régime actuel pour un peu plus longtemps. .

Les impatients pourront néanmoins profiter d’un sursis pour corriger le tir, et cela grâce au délai qui sépare le scrutin qui vient d’avoir lieu des prochaines élections générales.

Autre étrangeté : la diabolisation de l’idée de référendum. Ce qui ailleurs est considéré comme une composante hautement valable de la démocratie a été dénoncé
comme une maladie, une source de malheur. Il est vrai que le référendum peut être utilisé à toutes les sauces, comme ce fut le cas lors du référendum sur la conscription, lors de la deuxième Guerre mondiale. Mais il demeure un procédé tout à fait démocratique dont les Québécois auraient bien tort de se priver. Il est attristant ce comportement d’acteurs politiques qui ont cherché à diaboliser une institution dont les avantages sont multiples.

On doit reconnaître d’autre part que l’attachement au fédéralisme demeure solide chez de nombreux Québécois. Mais cet attachement apparaît mal défini, mal circonscrit, confus. Les adeptes du fédéralisme ne semblent pas enclins à mettre en lumière ses avantages et donnent l’impression d’être des partisans obstinés du statu quo.

Source de perplexité : la place restreinte qu’ont occupée, dans le choix des électeurs, les questions de moralité publique et de gouvernance éthique. Il ne semble pas que de telles questions aient influencé le choix de certains électeurs, particulièrement au sein de la communauté anglophone. On a l’impression que les dossiers qui engagent la moralité publique n’ont pas pesé lourd dans la balance en comparaison des enjeux de nature ethnique ou culturelle qui concernent ladite minorité.

A noter enfin la prédominance du discours économique, comme si le plus avoir l’emportait sur le plus être, ou encore comme si le plus avoir garantissait le plus être. Il est vrai que le progrès économique influe sur la qualité de la vie, par exemple quand il favorise la création d’emplois. Mais la qualité de l’existence humaine dépend aussi du progrès social et de la juste répartition des richesses produites. « L’histoire montre qu’une nation qui accorde la priorité aux questions matérielles se trouve sur la pente descendante » (Eleanor Roosevelt). La croissance économique sous-tend le progrès humain, mais elle n’en constitue pas l’ossature. C’est rapetisser la dignité humaine que de réduire les individus au seul rôle de consommateurs de biens matériels.

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