C’ÉTAIT POURTANT UNE BONNE LOI

La loi sur le financement des partis politiques fait partie des grandes réalisations du gouvernement que dirigeait René Lévesque. Elle situe le Québec à l’avant-garde dans la manière de vivre concrètement la démocratie. J’ai eu l’occasion de participer de près à son élaboration et d’en vérifier l’efficacité sur le terrain. Je me souviens de campagnes de financement auxquelles participaient avec enthousiasme des centaines de militants heureux de contribuer de cette façon au bon fonctionnement de la vie démocratique. On recueillait avec empressement les dons les plus modestes aussi bien que les plus généreux. Mais je n’ai eu connaissance d’aucun cas de donateur qui attendait quelque faveur en retour, même quand son apport dépassait la moyenne. La loi s’arrimait bien au niveau de civisme vécu et pratiqué à l’époque.

Toutefois, les révélations de la Commission Charbonneau nous apprennent que le monde a changé. Le civisme en a pris pour son rhume. Il semble que la loi soit devenue trop exigeante pour certaines catégories de citoyens. On voudrait limiter radicalement les contributions personnelles, de crainte que des individus enclins, dès qu’ils en ont la chance, à transformer les fonds publics en fonds privés détournent la loi de ses objectifs premiers. On voudrait s’en remettre désormais à un financement avant tout public. C’est peut-être un moindre mal, mais il marque le recul d’une belle avancée démocratique.

Le Québec sait faire, proclamait un slogan fort populaire à une certaine époque. La loi sur le financement des partis politiques témoigne de cette capacité de progresser collectivement. Mais sa remise en question nous enseigne que les lois les meilleures risquent de ne pas tenir le coup quand le fondement civique se fissure.

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