PEUT-ON ENCORE SAUVER L’ÉGLISE ?

Hans Küng
Editions du Seuil
Paris 2012

Un essai troublant, qui ne laisse pas indifférent. Théologien prestigieux, Hans Küng porte un diagnostic sévère sur l’Église postconciliaire qui, à son avis, a transformé le lendemain de Vatican 11 en un processus de restauration qui nous ramène loin en arrière, dans le sillon tracé par la Contre-Réforme. Il met en question non pas la communauté ecclésiale mais l’appareil romain de gouvernance. Pour lui, l’Église, c’est d’abord la communauté des croyants en Jésus-Christ et non pas l’appareil de pouvoir qui ne tient pas compte de la liberté apportée par le Christ et qui cherche à maintenir les fidèles dans un état de soumission et de résignation.

L’argumentaire de Hans Küng s’appuie sur une lecture de l’histoire du christianisme à laquelle on est peu habitué et dont on ne partagera pas nécessairement toutes les conclusions. Il rappelle que c’est l’appareil romain qui est responsable en premier lieu de la rupture avec la chrétienté orthodoxe et ensuite de celle qui a pris forme avec la Réforme protestante. Il voit dans cet appareil un facteur de division de la chrétienté. En contrepartie, à l’intérieur de l’Église catholique s’est renforcé un système où les évêques, au lieu d’être en premier lieu les pasteurs d’une communauté de croyants, sont devenus des préfets romains chargés de transmettre les directives provenant d’en haut. Ils sont liés de nos jours par un serment de fidélité qui fait d’eux des exécutants sans droit d’avis personnel. Un serment qui se formule ainsi : « Je promets que je resterai toujours fidèle à l’Église catholique et au pape, pasteur suprême et vicaire du Christ, successeur du saint apôtre Pierre, primat et chef du collège des évêques. Je vais obéir au libre exercice du pouvoir et de la primauté du pape dans l’ensemble de l’Église et soutenir et défendre avec soin ses droits et son autorité ». Selon Hans Küng, ce serment inclut entre autres l’obligation de soutenir la position doctrinale d’Humanae vitae, celle qui impose le célibat des prêtres et celle du refus de l’ordination des femmes. Pas étonnant par conséquent que l’Église catholique ne puisse devenir le lieu d’un véritable débat sur de telles questions.

Les systèmes autoritaires peuvent imploser, dit l’auteur. Mais avant que cela n’arrive dans l’Église on peut intervenir, agir, appliquer une ​« thérapie œcuménique » comportant divers éléments, tels par exemple : réformer la Curie romaine selon l’Évangile, abolir l’Inquisition même dans ses formes diffuses, écarter toute forme de répression, remodeler le droit canon de fond en comble, autoriser le mariage des prêtres et des évêques, ouvrir tous les ministères ecclésiastiques aux femmes, impliquer de nouveau le clergé et les laïcs dans le choix des évêques, cesser de proscrire l’eucharistie en commun des chrétiens catholiques et protestants, pratiquer l’entente œcuménique et la collaboration sincère, sans échappatoire ni dissimulation.

Nonobstant ses critiques concernant le catholicisme romain Hans Küng demeure confiant et optimiste. Il insiste en conclusion sur l’importance de prendre la parole, sur les diverses possibilités qui s’offrent aux chrétiens, dans une société moderne, de multiplier les initiatives, sur la coopération entre mouvements réformistes, sur l’efficacité de la résistance et la force de l’espérance. Quitter l’Église ou se résigner en laissant aller les choses représentent à son avis des mauvais choix. À ses yeux, chaque croyant peut être porteur de changement à l’intérieur de l’Église.

On se prend à souhaiter que des chrétiens regroupés en équipes de réflexion s’adonnent à une analyse critique et attentive de Peut-on encore sauver l’Église ? Ils pourront en dégager des lignes d’action qui les guideront dans leur propre engagement ecclésial.

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