PAUVRE JÉSUS

Des détenteurs de l’autorité civile transforment des fonds publics en fonds privés, des fonctionnaires municipaux accroissent leurs revenus en pigeant dans la caisse commune, des entrepreneurs en construction s’enrichissent grâce à des contrats frauduleusement gonflés, des administrateurs universitaires se comportent comme s’ils ne savaient plus compter, des notables cossus et des institutions bancaires pratiquent l’évasion fiscale , des membres de la mafia s’infiltrent dans les appareils de gouvernance et viennent puiser sans vergogne dans les fonds publics. Il en est ainsi chez nous et dans beaucoup de pays. On dirait une efflorescence de la cupidité, dont un pape disait qu’elle est la forme la plus évidente du sous-développement moral.

Ce monde empoisonné par la cupidité campe à mille coudées de la crèche de Noël. Le pauvre Jésus semble bien seul dans sa crèche, loin d’un monde où la réussite se mesure au cumul de l’argent. Un monde où les pauvres ne semblent avoir d’utilité que s’ils servent à accroître la fortune des riches.

Mais Jésus n’est peut-être pas si seul qu’il n’apparaît. Sont proches de lui des millions de gens ordinaires qui affrontent courageusement le quotidien, construisent des familles, paient l’impôt, pratiquent la solidarité et rêvent de changer le monde. Le pauvre Jésus est moins seul que ceux qui grossissent la cohorte des profiteurs et des coquins de ce monde. Car viendra un temps, dit l’Écriture, où les puissants seront chassés de leurs trônes et les riches renvoyés les mains vides. Un message discrètement transmis par l’enfant couché dans une crèche. Quand on se souhaite mutuellement un joyeux Noël, il est bon d’avoir cela présent à l’esprit.

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