CATHOLIQUES DANS UN QUÉBEC PLURALISTE

Tel que paru dans Le Devoir

Tel est le titre qui coiffe le message qu’ont publié les évêques du Québec en novembre 2012. Un document éclairant, collé à la réalité, qui apporte une contribution significative aux débats qui agitent la société d’ici. Malheureusement, le message semble avoir échappé à l’attention des médias. N’eût été la diligence d’un ami, j’aurais ignoré totalement l’existence de ce texte de haute portée, animé d’un grand souffle.

Trois thèmes majeurs : le nouveau pluralisme québécois, le pluralisme et la liberté religieuse, les catholiques dans un Québec pluraliste.

Au Québec, dit le document, on est passé d’une société uniforme, en apparence catholique, à une société sécularisée et pluraliste. Est en train d’émerger, au cœur de cette mutation, un nouveau visage de l’Église. Les évêques soulignent les « multiples accents » d’un nouveau style de catholicisme. Ils constatent que « beaucoup sont attachés à l’Église, à la foi et au patrimoine catholique tout en ayant des convictions différentes sur des sujets fondamentaux comme la famille, le mariage, la sexualité ou les ministères de l’Église. Ils ont pris des distances, mais n’ont pas rompu les liens ». Se greffent à ces propos quelques observations éclairantes sur « la fascination du religieux ».

Le document aborde ensuite la question du pluralisme et de la liberté religieuse, traite brièvement de la notion de laïcité et plus en profondeur de l’engagement social dans un contexte de liberté. Une liberté nécessaire pour que se crée un espace favorable à un tel engagement et qui permette par exemple qu’on puisse « prendre la parole ou s’engager dans des mouvements pour modifier des institutions, des lois ou des conditions de vie ou de travail qui seraient indignes, inéquitables ou contraires aux valeurs de l’Évangile » Ce qui suppose que soit reconnue à la religion une place dans l’espace public, permettant ainsi aux chrétiens d’intervenir en toute liberté, dans le respect d’autres croyances et d’autres courants de pensée. .

En conclusion, les évêques souhaitent que se fasse sentir l’influence d’une présence chrétienne fondée sur la foi en Jésus-Christ et sur le dynamisme alimenté par celle-ci. Une présence transmise par des instances familiales, religieuses et catéchétiques. Ils notent que l’école ne fait plus partie de ces instances, mais ne semblent pas déplorer qu’il en soit devenu ainsi. Ils sont résignés, du moins en apparence, à ce que l’école n’accorde aucun espace pour la transmission d’une culture spécifiquement chrétienne.

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Trois brefs commentaires. Primo : j’aurais aimé qu’on parle de chrétiens plutôt que de catholiques. Je suis persuadé que de nombreux chrétiens de confession protestante auraient aimé être inclus dans cette approche ouverte dont témoignent les évêques. Ils auraient été sensibles à un langage moins exclusif, plus œcuménique.

Secundo : je souhaite une suite à cette prise de parole. Il serait utile qu’on traite plus en profondeur des diverses façons dont les chrétiens pourraient intervenir dans les débats de société au Québec. Par exemple, doivent-ils s’engager en brandissant une bannière qui les identifie ou plutôt militer dans l’anonymat avec des gens de bon vouloir porteurs de valeurs communes ? Doivent-ils considérer certains enjeux comme étant prioritaires ? Lesquels ?

Tertio : comment faire en sorte que le message qu’on veut transmettre ne passe pas inaperçu et que les moyens de communication sociale y fassent écho ? J’ai l’impression que la pratique ecclésiale au Québec, dans le domaine des communications, a besoin d’un aggiornamento en profondeur. C’est comme si on était passé quasiment sans transition de l’ère du triomphalisme au syndrome des catacombes. C’est tout à fait pertinent de parler du levain dans la pâte, mais ce ne l’est non moins de ne pas cacher la lumière sous le boisseau.

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