PETITS VOLEURS ET GRANDS ESCROCS

Lointain souvenir de mon enfance. La nuit, on ne barricadait pas la porte d’entrée. Nous laissions à la traîne, autour de la maison, bicyclettes et autres objets d’amusement. Personne ne les volait. Pourtant, les gens du voisinage n’étaient pas riches. Au contraire. Mais ils n’étaient pas voleurs. « Tu ne voleras pas » : c’était écrit dans le Petit Catéchisme. Et dans les mœurs du temps.

Plus tard, mes enfants ont grandi dans un environnement bourgeois. Il n’était plus question de laisser les bicyclettes à la traîne. On avait vite constaté qu’au moindre manque de surveillance elles disparaissaient du décor. Des voleurs surgissaient de l’inconnu, et d’eux on ne savait s’ils étaient pauvres ou nantis. Ce qui était certain, c’est que si le niveau économique de la collectivité s’était élevé, celui de l’honnêteté avait baissé. Moins nombreux étaient les pauvres, plus nombreux les voleurs.

De nos jours, voleurs et prédateurs ont monté en grade. Plusieurs ont même acquis une formation universitaire, mais ils ne semblent pas avoir suivi un cours de déontologie. Certains sont devenus entrepreneurs, administrateurs, maires, fonctionnaires, hommes d’affaires. Ils ne volent pas de bicyclettes ; ils préfèrent puiser à deux mains dans le trésor public ou dans celui de l’entreprise dont ils ont assumé la direction. Ils sont riches, mais veulent devenir encore plus riches. Ils ont oublié depuis longtemps ce qu’enseignait le Petit Catéchisme concernant la justice et l’honnêteté. Ils se sont fabriqué une éthique à leur mesure dans un monde où le vocable morale semble avoir disparu du décor.

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