FRANÇOIS, MAÎTRE D’ŒUVRE

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Cela aura été un hiver pas comme les autres. Nous est tombé dessus un dégel inattendu, un printemps d’Église qui, à des degrés divers, a ensoleillé et réchauffé les communautés chrétiennes de toutes allégeances et les milieux de vie où celles-ci exercent une influence significative sur la vie quotidienne.

Tout a commencé par le geste révolutionnaire de Benoit XVI. C’est lui qui a provoqué le dégel. En laissant sa place, il nous a rappelé qu’il n’était pas à lui seul l’Église, mais tout simplement un serviteur éminent des serviteurs de Dieu. Un serviteur qui a constaté son incapacité d’assumer plus longtemps la tâche qu’on lui avait confiée et qui a jugé que le moment était venu de céder sa place. Comme ça, en toute simplicité. C’est beau. Cet homme mérite notre admiration et notre gratitude.

Les cardinaux électeurs ont choisi un nouveau serviteur, en provenance du Sud lointain. Celui-ci a vite fait savoir que la charge qu’il acceptait, c’était prioritairement celle d’évêque de Rome vivant et agissant en communion avec les autres Églises. Donc pas d’abord celle de détenteur d’une primauté papale qui le placerait en situation de pouvoir au-dessus des autres. Il a signifié à sa manière la fin de la papolatrie. Il s’est comporté avant tout en chrétien qui prend du service, pas comme un haut dignitaire en recherche de pouvoir. Il a multiplié les gestes symboliques qui annoncent un nouveau départ. Les spectateurs enthousiastes ont senti confusément qu’ils étaient les témoins d’un événement exceptionnel, d’un changement en profondeur, même si le nouvel élu n’avait esquissé que quelques gestes symboliques précurseurs d’un temps nouveau. Cela a suffi pour que se lève un vent porteur d’espoir.

L’emballement a rejoint les médias, qui, à leur insu, ont contribué à gonfler l’événement, Ce qui a agacé, voire irrité des esprits laïques de stricte obédience prompts à dégainer dès que le religieux se montre le nez dans l’espace public.

L’attente de milliers de croyants ordinaires semble
en voie d’être confirmée. On prévoit que l’appareil romain, habitué à accaparer le pouvoir, se mettra lui aussi au service du Peuple de Dieu qui forme l’Église. De ce peuple font partie les plus pauvres, ceux que François avait désignés un jour comme étant «les périphéries humaines et existentielles », appelées à occuper les premières places dans l’espace ecclésial. Primauté des pauvres qui adoube le ministère de Pierre. C’est une révolution. Celle à laquelle rêva jadis François d’Assise.

Les attentes qui se sont exprimées sont des plus diverses. Les unes relèvent de l’utopie, les autres s’appuient sur une espérance bien fondée. Celles-ci sont nombreuses et cheminent dans toutes les directions. Parfois, elles ne concernent que la confirmation attendue de pratiques déjà vécues par les chrétiens de la base, par exemple en morale sexuelle. D’autres font partie des « signes des temps » et renvoient à un proche lendemain en gestation, telles la pratique d’une réelle collégialité des évêques, une démarche œcuménique qui ouvre vraiment la voie à la construction d’une unique communauté de chrétiens, la fin de l’imposition du célibat sacerdotal, la restauration de l’ordre des diaconesses, l’ordination des femmes, une nouvelle avancée de la Doctrine sociale de l’Église où le principe de la destination universelle des biens devra inspirer des stratégies efficaces de lutte contre la faim, la misère et la pauvreté et contribuera à assurer à tous et à toutes, et ce dans tous les pays, l’accès à des ressources minimales et à un statut qui respecte la dignité humaine. Pour tous, le pain quotidien et la dignité.

Voici que de vastes chantiers s’offrent à ceux et celles qui, en équipe avec le pape François, militent en faveur d’un renouveau ecclésial. François devient le maître d’œuvre d’une révolution. Le nouvel évêque de Rome a beaucoup de pain sur la planche. Le défi qui l’attend est énorme. Il a bien raison de nous demander de prier pour lui.

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4 pensées sur “FRANÇOIS, MAÎTRE D’ŒUVRE”

  1. Vous êtes quelqu’un de lucide et un esprit indépendant, M. O’Neill. Vous ne voyez pas que ce que plusieurs espèrent en Occident, c’est tout simplement que l’Église accepte enfin de bénir les moeurs de la société de consommation ? Les plus honnêtes et directs des commentateurs athées ou sceptiques le disent sans ambages: que les catholiques, à défaut de renoncer à la croyance en Dieu, cessent au moins de se distinguer de la culture ambiante. Je ne pense pas que le pape va leur donner satisfaction, mais je suis surpris que vous ne soyez pas plus clairvoyant sur l’accueil « positif » qu’il rencontre (pour le moment).

    1. Les attentes face au pape François dépassent de beaucoup la société de consommation. Elles sont nombreusess et diverses. Elles proviennent aussi bien des milieux ecclésiaux que de gens qui entretiennent une certaine distance face à l’Institution. La suite des événements nous dira jusqu’à quel point le pape François aura pu répondre à ces attentes.
      Louis O’Neill

  2. Bonjour M. O’Neil,

    Vous écrivez:
    « L’emballement a rejoint les médias, qui, à leur insu, ont contribué à gonfler l’événement, Ce qui a agacé, voire irrité des esprits laïques de stricte obédience prompts à dégainer dès que le religieux se montre le nez dans l’espace public. »

    Il n’y a pas que les « esprits laïques » qui ont été agacés par l’emballement des médias. Il faut surtout décoder d’un point de vue ecclésial ce que nous ont montré les médias. C’est ce que j’ai tenté de faire.
    Voir: http://www.baptises.fr/?p=7280
    ou
    http://www.cccmontreal.org/bibliotheque/texte/bilan-dun-mois-romain

    1. À Jean-Pierre Proulx

      Votre commentaire stimule la réflexion. Je partage en grande partie vos réserves. Je demeure attentif à la suite des choses.

      Cordialement,

      Louis O’Neill

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