ENJEUX DES PROCHAINES ÉLECTIONS

On peut parier que dans un proche avenir, soit en hiver, soit au printemps, des élections se tiendront à l’échelle du Québec. Il faut y penser, car toute consultation électorale marque  une étape importante dans le déroulement de la vie démocratique.

En août 2012, à la veille d’un scrutin à l’échelle du Québec,  je  m’étais permis de rédiger une liste d’épicerie, c’est-à dire de proposer quelques thèmes  pouvant éventuellement faire l’objet de débats et de choix électoraux. Je souhaitais par exemple  qu’on aborde plus particulièrement certaines questions, tels  l’avenir de la nation québécoise  et  celui  du français à Montréal, la gratuité des études universitaires, les droits des parents en éducation,  l’urgence d’une gouvernance éthique, le développement  durable, l’accueil aux immigrants, la construction d’une société égalitaire.

A l’aube d’un autre scrutin  ma liste d’épicerie demeure pratiquement la même, mais le  contexte a changé. Il est indéniable par exemple que le projet d’une charte des valeurs québécoises incite beaucoup de citoyens à aborder autrement la question linguistique tout comme celle de l’accueil aux immigrants. L’arrivée  de  francophones en provenance de pays maghrébins semble alimenter  une islamophobie croissante qui est en train de compliquer le vivre ensemble. On rêve d’un pays français, mais on se méfie des croyances et des coutumes que transporte avec elle cette nouvelle francophonie.

Je demeure persuadé  que,  face à ce défi inédit, la société québécoise   réussira  à mener à bon terme un processus d’intégration qui englobera ces apports culturels étrangers, comme elle a su le faire dans le passé, et ce parfois dans des conditions difficiles. Je pense par exemple au cas de mon grand-père, immigrant irlandais, unilingue anglophone, lequel, à l’instar de milliers d’autres Irlandais, s’est intégré, non sans réticence,  à la société d’ici. C’était à une époque où les Québécois dits de souche alliaient sans complexe la langue et la foi, se montraient fiers de leur passé et confiants dans l’avenir.

Les  choses sont différentes de nos jours. Du passé certains ne gardent qu’une sombre image, celle d’une société dominée par des sortes de talibans, où les hommes, paraît-il,  passaient leur temps à battre les femmes, où la religion écrasait celles-ci sous le poids de coutumes  asservissantes. On leur répète sans cesse  qu’ils sont les héritiers d’un triste passé.

Ce matraquage  les rend craintifs, frileux,  mal à l’aise pour  affronter des islamistes pétulants, remplis de confiance en eux-mêmes et porteurs  d’autres coutumes et d’autres pratiques.

Ce nouveau contexte ne constituera pas  un enjeu électoral. Mais il fera néanmoins partie du décor. Et il faudra bien, un de ces jours,  se réconcilier avec un passé beaucoup plus fécond et honorable que ne le laissent croire les praticiens  du masochisme identitaire.

Pour le reste, la liste d’épicerie vaut toujours. En y ajoutant la nécessité  d’assurer  une croissance économique vigoureuse. Mais pas n’importe quelle économie.  Pas celle qui accroît les inégalités ni celle qui met en péril les conditions  d’un développement durable. Une économie au service de la croissance humaine et non celle qui fait fi de celle-ci.

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