LE MYTHE NAPOLÉONIEN, De Las Cases à Victor Hugo

Sylvain Pagé
LE MYTHE NAPOLÉONIEN
De Las Cases à Victor Hugo
Paris, CNRS Editions, 2013
6704-1571-Couverture

Dans Le  mythe napoléonien,  Sylvain Pagé nous présente le résultat  d’une recherche
fouillée, minutieuse, substantielle. Elle laisse néanmoins en plan- ce qui est inévitable vu l’ampleur du sujet- plusieurs interrogations  qui surgissent quand on veut porter  un jugement sur le personnage ambivalent, aux multiples facettes,  qui a marqué en profondeur son époque et amorcé un virage dans l’histoire de l’Occident.

L’auteur décrit comment s’est construit un mythe auquel  Bonaparte contribua lui-même, à commencer par la rédaction attentivement surveillée des Bulletins de la Grande Armée et plus tard du  Mémorial  de Sainte-Hélène. S’amorça, surtout au temps de l’exil  du célèbre personnage, une ère de diabolisation où s’illustrèrent des faiseurs d’opinion renommés,  dont  Chateaubriand et  madame de Staël. Mais vint tôt l’époque, au lendemain de sa mort, où l’on  passa de la diabolisation à une forme de divinisation à laquelle contribuèrent  de grands esprits, tels Balzac et Victor Hugo. La  glorification du mythe conduisit à l’émergence d’une sorte de messianisme.  Sylvain Pagé illustre l’émergence de ce phénomène en exhumant  de l’oubli d’incroyables  élucubrations concoctées par des  esprits brillants, renommés pour leur vigueur intellectuelle, et qui  ont largement  contribué à la transformation du mythe en fièvre  messianique.

Heureusement, depuis cette époque de mythification à l’extrême,  le souci de la rigueur historique a inspiré  une appréciation plus nuancée de l’ère napoléonienne. A néanmoins subsisté  une tendance à gonfler l’importance du personnage et de  ses performances.  On fait l’apologie de son génie  militaire tout en laissant dans l’ombre le coût humain énorme de certaines épopées  guerrières, dont la guerre d’Espagne et celle de Russie. On vante son génie politique en oubliant de souligner qu’il a hypothéqué  en grande partie l’avenir de la France en Amérique du Nord en bradant la Louisiane pour un plat de lentilles. Il a gaspillé  les ressources humaines et économiques de son pays et  retardé son passage à la modernité.  Il a commis les erreurs qui sont celles de  tout régime politique dépourvu de frein. Néanmoins, des esprits que l’on dit éclairés ont fait l’apologie de ce pouvoir absolu,  souvent arbitraire et erratique.

Le mythe napoléonien présente le portrait d’un homme  fascinant.  On conserve, après lecture,  une certaine admiration pour le personnage de légende aux ambitions démesurées. Mais le regard critique de Sylvain Pagé nous aide à nous prémunir  contre  toute tentation de mythification. Ce faisant, l’auteur apporte un éclairage précieux  dans le travail d’exploration du passé. D’une certaine façon, il remet les pendules à l’heure.

 

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