UN TRAIN QUI EN CACHE UN AUTRE

Le projet de loi 60, qui porte sur les valeurs québécoises, chemine laborieusement et occupe largement l’espace médiatique. Pendant ce temps, le projet de loi 52, qui porte sur les soins en fin de vie, se faufile discrètement dans le décor, sans trop retenir l’attention. Pourtant, il transporte dans ses valises une notion mal définie de la fin de la vie et une  conception des soins palliatifs qui englobe l’euthanasie tout en évitant d’en afficher l’étiquette.

Le débat serait plus éclairant si on appelait chaque chose par son nom, si on appelait un chat un chat. Car c’est un virage radical qu’on impose à la pratique médicale si on y introduit le droit, dans certaines conditions, de mettre fin directement au déroulement d’une vie d’homme ou de femme. Cette approche modifie les règles de la déontologie. L’éventualité de l’euthanasie fera désormais partie  – si le projet est adopté- des aléas de la condition humaine. Une éventualité  qui, sous le couvert d’un acte médical,  peut tout d’un coup surgir dans le contexte d’une fin de vie douloureuse, même chez des gens qui jusque là n’avaient pas osé y penser.

Une interrogation demeure : doit-on voir dans cette nouveauté une avancée de civilisation?

3 pensées sur “UN TRAIN QUI EN CACHE UN AUTRE”

  1. C’est vrai que le débat sur la Charte des valeurs a pris presque toute la place ces derniers mois. Il s’agit de questions tellement importantes, je me réjouis qu’on se soit enfin décidé d’en parler, quoi qu’en disent les chantres de l’apaisement, selon lesquels il ne faudrait jamais débattre des sujets qui ne font pas l’unanimité. Enfin on est en train de mettre fin au mythe (qui faisait l’affaire des multiculturalistes) selon lequel on peut tout passer aux Québécois parce qu’ils n’aiment pas la chicane.
    Le débat sur la question des soins en fin de vie, ou du droit de mourir dans la dignité, occupe présentement moins d’espace dans les médias. Mais ce débat a fait l’objet d’attention et de discussion depuis beaucoup plus longtemps que la Charte. Initié sous le gouvernement Charest, il a été confié aux soins d’une commission parlementaire co-présidée par un député libéral, Jeffrey Kelly, et par une députée péquiste, Véronique Hivon, lesquels ont tenu de longues et parfois douloureuses audiences au cours desquelles tous les points de vue, de celui de médecins à celui d’universitaires, de malades atteints de maladie incurables, d’aidants naturels, de juristes, de philosophes, de simples citoyens, de prêtres, ont pu être entendus. Des mois d’analyses approfondies, marquées d’écoute et de respect.
    C’est le résultat de ces quelques années de travail qui se trouve présentement soumis à l’Assemblée nationale sous forme de projet de loi, et la grande majorité s’y rallie. Le fait que l’examen parlementaire de ce projet de loi arrive pendant le débat sur la Charte relève de la coïncidence. Le projet de loi 52 semble représenter jusqu’à maintenant l’expression d’un très vaste consensus de l’opinion, après des années de consultations marquées au coin de la sincérité.
    Vous posez la question :
    Une interrogation demeure : doit-on voir dans cette nouveauté une avancée de civilisation?
    Je ne sais pas. Le mouvement de la civilisation est fait d’un ensemble innombrable de pas, souvent dans des directions divergentes, mais généralement on peut dire que l’humanité ne va pas en reculant.

    Michel Leclerc

    1. Le commentaire de Michel Leclerc concernant le projet de loi 52 est empreint de prudence , voire peaufiné, pourrait-on dire. Mais on aimerait savoir avec plus de précision si son auteur est, oui ou non, favorable à l’euthanasie. Autrement dit,à son avis, l’euthanasie peut-elle, dans des cas exceptionnels, faire partie des soins de fin de vie?

      Louis O’Neill

      1. Vous avez raison, monsieur O’Neil, mon commentaire ne portait pas sur le fond de la question de l’euthanasie; il visait plutôt à corriger une certaine impression se dégageant de votre texte, laissant supposer que le Parlement cherche à adopter à la sauvette, et presque en cachette, le projet de loi 52, en profitant du fait que l’attention générale est plutôt tournée vers le projet de loi 60 (Charte des valeurs).
        Ce point étant éclairci, voici mon point de vue sur la question de l’euthanasie elle-même.
        Le petit Robert définit l’euthanasie comme : « 1. Mort douce et sans souffrance, et 2. Usage des procédés qui permettent de hâter ou de provoquer la mort pour délivrer un malade incurable de souffrances extrêmes, ou pour tout motif d’ordre éthique. ».
        À votre question « à (son) avis, l’euthanasie peut-elle, dans des cas exceptionnels, faire partie des soins de fin de vie? », ma réponse est : oui, je suis favorable à ce que puisse être pratiquée l’euthanasie, telle qu’elle est circonscrite par le projet de loi 52, et dans les conditions très strictes qu’il impose à cette pratique.

        Il faut aussi nuancer l’affirmation selon laquelle, par ce projet de loi, « c’est un virage radical qu’on impose à la pratique médicale si on y introduit le droit, dans certaines conditions, de mettre fin directement au déroulement d’une vie d’homme ou de femme. Cette approche modifie les règles de la déontologie.»…
        Les article 30 et surtout 44 du projet de loi énoncent clairement qu’un médecin a le droit de refuser d’administrer ce type de soin :
        « 44. La présente loi n’a pas pour effet de limiter le droit pour un professionnel
        de la santé de refuser, conformément à son code de déontologie, de fournir des
        soins de fin de vie ou de collaborer à leur fourniture en raison de ses convictions
        personnelles. ».

        Michel Leclerc

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