VIVRE ENSEMBLE AU MILIEU DES RUPTURES

Je proposais sur mon site, il y a plus d’un an, une réflexion sur ce que je considère comme étant trois ruptures du consensus social au sein de la  société québécoise et dont on constate aussi l’apparition dans d’autres pays.  La première a trait à la pratique généralisée de l’avortement, la deuxième s’inscrit dans la foulée de la redéfinition du mariage, où l’on  englobe désormais l’union entre personnes de même sexe, la troisième fait suite à la décision d’inclure l’euthanasie dans l’ensemble des pratiques médicales éthiquement admissibles. Pour les uns, une telle évolution illustre le progressisme qui caractérise des sociétés modernes, pour d’autres elle témoigne d’une dégradation des valeurs morales et porte atteinte au consensus social nécessaire à un vivre ensemble harmonieux.

On constate, à la lumière de ce que rapportent les médias,  un durcissement  des positions adverses, peut-être plus particulièrement de celles qui se réclament du progressisme. Par exemple, le simple report  du projet de loi sur les soins en fin de vie a été perçu par certains  comme un recul antihumaniste et un manque de compassion,  comme s’il existait déjà des listes d’attente de patients en fin de vie qui ne rêveraient que d’une chose, à savoir  qu’on leur administre sans tarder la potion magique qui ouvre la porte sur un autre monde. Et comme si, en attendant l’adoption du dit projet de loi, on ne pouvait pas occuper son temps à favoriser l’accès à ces soins palliatifs  dont tout le monde vante les bienfaits.

Les ruptures se durcissent, il faudra vivre avec. C’est  une caractéristique de la démocratie que de protéger un espace  pour les confrontations non-violentes. Elle assure aussi une place pour des initiatives qui adoucissent le choc des ruptures. C’est ainsi que  dans un contexte de pratique généralisée de l’avortement  de nombreux  organismes voués à la défense de la vie apportent leur soutien à des femmes enceintes en situation de détresse . Autre signe encourageant : alors que jadis une grossesse non souhaitée semait la consternation et la honte, il arrive souvent de nos jours qu’ un entourage attentif et chaleureux s’empresse de faire une place pour celui ou celle dont la venue prochaine dérange. Quand un entourage se fait accueillant, la tentation est  moins grande de recourir à l’avortement.

Au point de vue anthropologique le mariage entre personnes de même sexe apparaît comme une fantaisie juridique. Son invention comporte en outre l’inconvénient d’occulter les avantages d’un contrat social spécifique qui pourrait unir les personnes de même sexe sans mettre en question la nature même du mariage. En revanche, l’homophobie représente une menace grave pour le vivre ensemble. Une menace qui commande une tolérance zéro. Au lieu de rêver de  recorriger le Code civil,  mieux vaudrait, dans l’immédiat, encourager la pratique de comportements  civilisés et humanistes face à des orientations  sexuelles dont la source, de toute façon,  ne relève pas de la liberté des individus. Et ce tout en espérant en contrepartie obtenir un égal respect pour une vision des choses dite traditionnelle dont la validité  anthropologique ne fait point de doute et dont la reconnaissance est  essentielle à la stabilité du tissu social.

Vivre ensemble au milieu des ruptures. Cela n’empêche point les débats, de vrais débats,  qui vont au-delà des sophismes  que nous servent des faiseurs d’opinion. La légèreté des propos se marie mal avec la  gravité de problématiques qui aboutissent  à des  ruptures du consensus social. Il est bon que tout le monde en parle, mais non sans y apporter un certain bagage d’intelligence et une dose minimale de sensibilité  morale.

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