GRANDS SERVITEURS DE L’ÉGLISE ET DE L’HUMANITÉ

Il s’est dit et écrit de belles choses au sujet des deux papes que l’Église catholique vient de canoniser. L’événement dépasse nettement les frontières de l’Institution. On peut reconnaître cela tout en avouant  qu’il est bien diffficile, pour ne pas dire impossible, de délimiter le tracé de ces frontières. Nombreux par exemple  sont ceux et celles qui ne témoignent pas d’une adhésion à l’Église alors que leur choix de valeurs et leur manière de vivre révèlent sans équivoque un attachement à l’Évangile.

De Jean XXIII certains retiennent avant tout l’immense service qu’il a rendu en convoquant le deuxième Concile du Vatican. D’autres lui sont particulièrement reconnaissants pour avoir fait don de  la grande et célèbre encyclique Pacem in terris, qui propose l’instauration de la paix dans le monde comme projet et pas seulement comme un vœu pieux. Il adresse son message  « à tous les hommes de bonne volonté » . De ce message on  a surtout retenu l’image des piliers de la paix,  à savoir la vérité, la justice, l’amour et la liberté; aussi celle de service, attachée à l’exercice de l’autorité,ou encore l’urgence   d’établir des rapports civilisés au sein de chaque nation et  entre les peuples ainsi que le devoir de contribuer au bon fonctionnement d’institutions d’envergure mondiale, responsables du maintien et de la consolidation de la paix. L’avenir de celle-ci, nous dit-il,  repose avant tout sur le dialogue, la négociation et la coopération.  Un signe des temps,à son avis,  c’est la persuasion qu’il faut construire la paix sur le dialogue et  non l’affrontement.  Car   «  il est  une persuasion qui gagne de  plus en plus les esprits( à savoir) que les éventuels conflits entre les peuples ne doivent pas être réglés par le recours aux armes, mais par la négociation ». Une persuasion non partagée par tous, si on en juge par les conflits armés qui continuent de marquer l’histoire de l’humanité.

De Jean-Paul 11 on retient qu’il fut un grand communicateur et un habile intervenant politique dont l’influence a largement contribué à la chute du bloc soviétique. Il ne disposait pas de chars d’assaut, mais il savait utiliser l’arme de la parole. D’autre part, le rôle qu’il a joué à l’intérieur de l’appareil ecclésial fait l’objet de jugements divergents, parfois  contradictoires. Plusieurs l’ont qualifié de conservateur, d’autres de progressiste.Chose certaine, il a rajeuni l’image de l’Église.

Au nombre de ses grandes contributions je souligne l’apport de Laborens exercens,  l’encyclique sur le travail. Un document magistral, dont la pensée puise ses racines à la fois dans l’héritage chrétien et dans des expériences de vie qui furent siennes au sein du monde du travail.

Furent aussi de grands serviteurs de l’Église d’autres papes  de l’ère moderne. Léon XIII, en publiant  Rerum novarum ,  a donné un nouvel élan à la pensée et à l’action sociale chrétiennes. Pie X , réputé pour son conservatisme, s’est révélé d’autre part un opposant farouche au déclenchement de la première Guerre mondiale.  Benoît XV a multiplié  les initiatives visant à mettre fin à ce conflit à la fois sanglant et stupide. Pie XI  a tenté  de son mieux de freiner les assauts de l’hitlérisme. Pie XII a persisté dans la même ligne et a organisé  un vaste réseau de soutien aux Juifs persécutés , et ce à un moment où les vedettes de la scène politique , en Occident, gardaient le silence au sujet de la Shoa.  Paul VI a élargi  l’espace de l’engagement social chrétien en publiant l’encyclique Populorum progressio.  Il a inventé le beau paradigme du développement intégral et solidaire et entériné l’action entreprise depuis de nombreuses décennies  par des missionaires qui accomplissaient la tâche d’agents de développement sans en porter l’étiquette. Benoît XVI, théologien d’envergure, aura, à sa manière, ouvert la porte à de nouveaux changements en posant ce geste révolutionnaire que fut sa démission.

Aucun de ces chefs de file n’a été parfait ni n’a répondu à toutes les attentes,  mais tous furent de grands serviteurs de l’Église et porteurs d’un humanisme chrétien dont bénéficie le monde moderne.  Ce n’est pas verser dans  la papolatrie que de reconnaître que fut grande la contribution de  chacun d’eux à l’avancée humaine de la communauté mondiale.

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