CARNAGE INUTILE

La commémoration du déclenchement de la première Guerre mondiale a fait l’objet de nombreux reportages, tant à la radio que dans les médiats écrits. On a longuement disserté sur le courage des soldats, la résignation des populations plongées dans la misère, les souffrances des familles privées d’un père ou d’un fils tombé au combat, celles des blessés et des amputés désormais voués à un avenir aux horizons restreints.  De milliers de victimes on a vanté le courage, voire l’héroisme .

Mais on  a moins parlé des origines  du conflit lui-même. «  Un carnage inutile » selon l’expression du pape Benoit XV. Déjà , au début du conflit, Pie X avait déploré l’inutilité d’un tel affrontement et avait de façon  particulière dénoncé le comportement irresponsable de l’Empereur d’Autriche-Hongrie. À son  représentant venu demander au pape sa bénédiction pour lui-même et pour ses armées  il avait répondu : «  Ma bénédiction ne peut aller qu’aux pauvres enfants qui, contraints par le devoir, vont aller se faire massacrer. Mais pour ceux qui les y envoient, ils ont toute ma réprobation ».

Un siècle après son déclenchement on ne s’entend pas encore sur les causes de ce carnage inutile. D’autre part, au lendemain du conflit, alors que le temps était venu d’instaurer une paix stable, les acteurs politiques  de l’époque ne surent point comment s’y prendre et , par leur ineptie, ont ouvert la voie à l’entrée en scène du national-socialisme allemand, créant ainsi les conditions favorables au déclenchement d’un autre conflit mondial.

Le conflit bêtement  déclenché à la suite de l’attentat de Sarajevo  ne mérite  sûrement pas  l’étiquette de guerre juste. D’autre part, ceux qui ont prétendu n’avoir voulu que répondre à une agression injuste  n’attendaient que l’occasion d’en découdre. Car à l’été 1914 le climat était à la guerre, ce que révèlent les publications de l’époque. C’est qu’il  arrive parfois, comme le note  Gaston Bouthoul, spécialiste en polémologie, que pareil à une épidémie sociale, le désir de la guerre s’empare des hommes. Suffit alors  d’un élément déclencheur pour que le feu éclate. Ainsi , semble-t-il, les événements se sont enchaînés au cours de l’été 1914.

La guerre 14-18 et ses séquelles ont considérablement affaibli l’influence civilisatrice de l’Europe dans le monde et retardé la construction de l ‘Union européenne. En extrapolant, on peut supputer les énormes coûts humains, sociaux et économiques engendrés par les multiples conflits qui affectent de nos jours plusieurs  pays en développement. Des  populations aux ressources déjà modestes subissent  les effets destructeurs  de conflits sanglants dont les principaux bénéficiaires sont les commerçants d’armes, qui, dans la plupart des cas, ont pignon sur rue dans les pays dits  avancés. « De la faim, de la peste et de la guerre, libérez-nous, Seigneur », proclame  une ancienne invocation. À des gens qui supportent  déjà le poids de la faim et de la maladie on vend les armes qui contribuent à multiplier des conflits qui mettent en péril  l’amorce d’un développement déjà fragile.

Il demeure que le sombre passé des années de la première Guerre mondiale place les nations dites avancées en position gênante pour donner des leçons à des pays en train de se ruiner dans des affrontements inutiles et coûteux. Les nations qui ont plongé bêtement dans le conflit des années 1914-18 ne peuvent offrir un modèle à des pays en développement tentés  par le recours à la violence armée en lieu et place du dialogue et de la négociation, une voie possible à l’été 1914.

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