SANS JUSTICE, PAS DE PAIX

Face aux événements dramatiques qui se déroulent au Moyen-Orient et à Gaza la Conférence des évêques catholiques du Canada a proposé trois modes d’intervention : prier, envoyer des dons, ouvrir la porte aux réfugiés. Ce n’est pas rien. Mais dans le cas des dhjiadistes barbares qui sèment la terreur, il faudra beaucoup plus. On ne peut exclure l’intervention armée, comme celle à laquelle ont recours les États-Unis. On doit souhaiter de surcroît qu’à défaut d’intervenir directement les dirigeants des pays arabes fassent au moins connaître leur désaccord au sujet des actes de barbarie perpétrés en Syrie et en Irak.

La question ne se pose pas au sujet d’une intervention armée dans le cas de Gaza, où vient de débuter un nouveau cessez-le-feu fragile et où le recours aux armes, de part et d’autre, a déjà produit des effets désastreux. Mais on peut tout de même aller plus loin que la prière et les secours d’urgence. C’est par exemple l’opinion émise par l’archevêque anglican émérite Desmond Tutu, prix Nobel de la paix. Dans un article publié dans le journal Haaretz, il a lancé l’invitation suivante au peuple d’Israël et à ses dirigeants « Libérez -vous en libérant la Palestine». Il a rappelé l’origine du problème : l’occupation militaire de la Cisjordanie, la confiscation des terres, le mur de séparation, les exactions quotidiennes . Il a rappelé aussi que « les textes sacrés juifs nous disent que Dieu est du côté du faible,du pauvre, de la veuve, de l’orphelin, de l’étranger, lui qui a permis à des esclaves d’entamer leur exode vers une Terre Promise. C’est le prophète Amos qui a dit que nous devrions laisser la justice couler telle une rivière » Les pauvres, dans le contexte actuel, ce sont les Palestiniens opprimés, exploités, méprisés, voués à un avenir sans espoir.

« L’État d’Israël , constate et déplore Desmond Tutu, agit comme s’il n’y avait pas de lendemain. Ses habitants ne connaîtront pas l’existence calme et sécuritaire à laquelle ils aspirent ,et à laquelle ils ont droit, tant que leurs dirigeants perpétueront les conditions qui font perdurer le conflit…. Les missiles , les bombes et les invectives brutales ne sont pas la solution. Il n’y a pas de solution militaire. La solution viendra plus probablement des outils non violents que nous avons développés en Afrique du Sud dans les années 80 afin de persuader le gouvernement sud-africain de la nécessité de changer sa politique ».

Ces outils non violents dont parle Desmond Tutu, ce sont le boycott, les sanctions et le retrait des investissements. En Afrique du Sud, à partir d’une certaines masse critique de soutien , aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, ces outils, souligne-t-il, se sont révélés efficaces.L’archevêque constate que le même genre de soutien à la Palestine commence déjà a faire sentir ses effets. En revanche, note-t-il, « ceux qui continuent de faire affaire avec Israël et qui contribuent ainsi à alimenter un sentiment de “normalité” au sein de la société israélienne, rendent un mauvais service aux peuples d’Israël et de la Palestine. Ils contribuent au maintien d’un statu quo profondément injuste ».

Pour les citoyens ordinaires du Québec et du Canada, diverses interventions sont possibles : par exemple, ne pas acheter de produits en provenance d’Israël et interpeller les entreprises canadiennes ou autres – et elles sont nombreuses- qui fournissent des armes et des produits divers et dont certaines soutiennent financièrement et directement l’État israélien. Les interpeller, faire connaître son désaccord, voire dénoncer. Desmond Tutu mentionne en passant les fonds de pension des Pays-Bas ABP, la Banque Barclays, le fournisseur de systèmes de sécurité G4S, les activités de transport de la firme française Véolia, la compagnie d’ordinateurs Hewlett-Packard, le fournisseur de bulldozers Caterpillar. Il y en a beaucoup d’autres. Le Canada s’inscrit au 13ème rang des pays qui entretiennent des relations commerciales importantes et régulières avec le pays d’Israël. Sans le vouloir directement, nous participons à la collusion entre des intérêts économiques et l’oppression militaire israélienne. Cette collusion est renforcée par le parti pris sans réserve que manifeste le gouvernement canadien en faveur de l’État hébreu.

Recourir au boycott, aux sanctions et au désinvestissement n’empêchera pas de prier pour les victimes du massacre de Gaza et pour la paix au Moyen-Orient. Ces initiatives pacifiques ajouteront du poids à la prière des croyants, plus de substance à leur indignation , une portée tangible aux vœux de paix, avec l’espoir qu’émerge enfin à l’horizon un nouvel ordre politique : celui de la coexistence pacifique de deux nations souveraines qui se respectent mutuellement et s’entraident au lieu de vivre en perpétuel conflit.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *