Les vertus de la non-pratique religieuse

Sous le titre Le chrétien en démocratie j’ai commis avec Gérard Dion, il y a de lointaines années, un essai visant à mettre en lumière les multiples liens qu’entretiennent le christianisme social et la vie démocratique. On y trouve des réflexions sur l’Église et la politique, la laïcité de l’Etat, l’engagement politique des chrétiens, les valeurs démocratiques, la notion de bien commun, etc. Une conviction sous-jacente : la politique et la vie démocratique offrent aux chrétiens un lieu privilégié d’engagement social.

Mais si je me fie à la prose du citoyen Gilles Normand ( voir LE DEVOIR, 10 mars 2010) , il faudrait conclure que les auteurs du livre Le chrétien en démocratie étaient des rêveurs, des lunatiques. Selon ce penseur « nous aspirons à vivre dans une société de plus en plus juste, libre et démocratique. Et nous avons constaté il y a longtemps que la pratique religieuse était incompatible avec cette aspiration ». À son avis, c’est la non-pratique religieuse qui va assurer l’avenir de la démocratie. Plus on s’éloigne de la pratique religieuse, plus on a de chance de devenir des citoyens et citoyennes de haut calibre.

Il me semble que ce raisonnement fait un peu simple. Car c’est principalement dans des pays de tradition chrétienne que les valeurs démocratiques ont pris racine, telle la Magna Carta, en 1215. Il est vrai d’autre part que les chrétiens pratiquants ne furent pas tous des démocrates, mais ne l’étaient pas non plus des antichrétiens notoires, tels les nazis, les staliniens et un tas de bourgeois anticléricaux. Postuler une antinomie radicale entre la pratique religieuse et la démocratie et une affinité non moins radicale entre la non-pratique et le civisme éclairé, c’est du simplisme. Pour tout dire, c’est un peu niais.

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