DE QUOI S’OCCUPER EN ATTENDANT

Les indépendantistes québécois ont vécu de beaux jours grâce au référendum écossais. La joie fut de courte durée, mais subsiste de l’événement un souffle de fraîcheur et d’espoir. Dans l’un et l’autre cas l’aspiration à la souveraineté a cheminé dans un contexte politique et économique où les ressemblances sont nombreuses. À quoi s’ajoute, pour ce qui est du Québec, une dimension linguistique et culturelle primordiale, héritée de l’histoire.

Une conjoncture favorable au projet indépendantiste a surgi au Québec à l’époque de la Commission Bélanger-Campeau,mais Robert Bourassa a refusé d’en profiter. Une autre occasion , non moins favorable, s’est présentée en 1995, mais ont manqué à peine quelques milliers de voix pour que le Oui l’emporte. Une autre conjoncture favorable peut surgir, plus tôt qu’on ne pense.

En attendant, il y a de quoi s’occuper. Car un projet de pays doit offrir un contenu, lequel prend forme dans le quotidien, à travers des choix sociaux, politiques et économiques. En outre, certaines problématiques majeures requièrent de façon particulière un investissement en énergie et en créativité. De la façon d’y faire face dépend la réalisation d’une souveraineté porteuse de progrès.

Chantiers à explorer

Une première tâche s’impose : consolider le statut d’un Québec vraiment francophone , et cela aussi bien à Montréal, à Westmount que dans l’Outaouais. Il faut parachever le vaste processus culturel et social amorcé avec la Loi 101, elle-même héritière des longues luttes menées par les générations précédentes.C’est au départ la volonté ferme de vivre en français qui assurera la vitalité de la société distincte que nous voulons construire en Amérique du Nord.

Ce vouloir véhicule plus que de la fantaisie ou du caprice. Car le sain développement d’une société requiert une assise culturelle idoine, dont la langue commune forme la première ossature. Cette composante assure aux individus une existence normale et favorise leur épanouissement. On a donc raison de vouloir vivre en français afin de vivre normalement, tout en entretenant des relations enrichissantes avec le voisin anglo-américain, sans oublier le monde latino-américain et d’autres espaces culturels. C’est en renforçant sa propre identité que l’on réussi le mieux à s’ouvrir de façon avantageuse à la vie et à la culture d’autres communauté humaines.

Autre chantier prioritaire : édifier une économie solidaire. Produire des biens de toutes sortes et faire preuve de vitalité économique sont des choses importantes, mais il demeure qu’une redistribution équitable de la richesse collective est un indice plus fiable d’une avancée humaine que l’accroissement du nombre de millionnaires. Cette redistribution s’effectue au départ par le respect du droit au travail et l’amélioration des conditions de travail. Les travailleurs et les travailleuses sont les premiers agents de l’enrichissement collectif. Le projet de pays doit leur offrir une place de premier plan.

Une saine économie requiert en outre une fiscalité équitable, ce qui implique que l’on freine le recours aux paradis fiscaux dont tirent profit des institutions financières et de grands capitaux privés. À quoi il faudrait ajouter le rapatriement des ressources dont se prive présentement le Québec à cause du déséquilibre fiscal qui joue en faveur du pouvoir fédéral. Ce rapatriement et la lutte contre les paradis fiscaux aideraient grandement à financer les coûts d’équipements sociaux de qualité et accessibles à tous, donc à rendre en partie superflue la cure d’austérité qu’on veut imposer à la société québécoise et dont le premier effet est de pénaliser les moins nantis

Ces équipements sociaux, indices de solidarité et de véritable progrès, ce sont principalement des écoles, des universités, des hôpitaux , des garderies, des organismes culturels, des services aux plus démunis. Comme on l’entend souvent dire, il s’agit là d’investissements et non de dépenses publiques. Accessibles à tous, ils tendent à construire une société égalitaire et offrent une meilleure garantie de progrès humain et social.

Il est un dossier d’une autre nature dont il faut s’occuper de toute urgence. Il concerne l’environnement. Car voici qu’une industrie pétrolière porteuse de tous les dangers met cet environnement en péril . Que restera-t-il du projet d’un pays souverain quand le fleuve Saint-Laurent baignera dans l’huile? Nous n’avons nul besoin du pétrole empoisonné en provenance des sables bitumineux de l’Alberta et dont le transport met gravement en danger les plans d’eau, les terres agricoles et l’habitat humain. L’importation d’un pétrole moins sale en provenance d’autres pays comporte des risques beaucoup moins graves, des risques que le recours à des énergies propres contribuera à réduire encore plus. On ne peut donc permettre que le territoire québécois se transforme en autoroute pétrolière où circulent allègrement les produits empoisonnés qui proviennent de l’Ouest canadien. Tolérer cela, c’est l’antithèse même d’une véritable souveraineté.

Autre dossier majeur : l’intégration harmonieuse des nouveaux Québécois. Il est indéniable que de récents événements n’ont pas aidé à renforcer les liens entre les Québécois dits de souche et certaines catégories de nouveaux arrivants.Des malentendus et des faux pas ont nui au dialogue.Il faut rétablir les ponts. Il y a là une tâche délicate et ardue qui exige du doigté et de l’empathie. De quoi intéresser particulièrement ceux et celles qui souhaitent que se concrétise une identité québécoise qui sera le résultat d’un « nous » intégrateur à la fois respectueux de nouveaux apports et solidement enraciné dans l’assise culturelle originelle.

On pourrait aussi accorder de l’attention à d’autres problèmes, par exemple celui de la reconnaissance des droits des parents en éducation et celui de la liberté religieuse à l’école. Le cours ECR s’est vu octroyer le statut de livre sacré intouchable alors que la culture chrétienne est renvoyée au département des objets perdus ou à celui des curiosités muséales. . Comme si le vide spirituel était devenu une composante de notre vie collective. Or se donner un pays, c’est aussi aménager un espace qui fait place à la dimension verticale de l’ existence, celle que symbolise le clocher au milieu de nos villages; une dimension à laquelle nos ancêtres tenaient beaucoup et qu’ils considéraient comme fondamentale.

De l’ouvrage pour tous

Il y a donc beaucoup à faire en attendant qu’une nouvelle l’occasion se présente où l’on pourra choisir entre une dépendance non dépourvue d’un certain agrément et la prise en main de son propre destin. Voire que l’engagement dans ces diverses tâches dont j’ai esquissé le profil est susceptible d’ouvrir la voie qui conduit à l’indépendance. Car il peut arriver que l’on constate que le projet de société auquel on rêve et qu’on cherche à concrétiser dans le quotidien se révèle une illusion parce qu’inconciliable avec le statu quo politique. D’où resurgira quasi inévitablement l’idée d’ explorer une voie différente, celle de l’indépendance nationale.

3 pensées sur “DE QUOI S’OCCUPER EN ATTENDANT”

  1. Comme indépendantiste j’ai à digérer la défaite du 7 avril 2014. Cette défaite n’est pas une simple défaite électorale, où un parti perd le pouvoir au profit d’un autre. C’est le rejet par mon peuple de l’idée même de discuter de son indépendance. On ne veut même pas en entendre parler. Alors que tant de peuples rêveraient de pouvoir, au moyen d’un simple bulletin de vote en papier, prendre cette décision, plutôt que d’avoir à verser leur sang.

    Vous proposez des chantiers magnifiques. Les causes, les intérêts, les besoins sont grands, impératifs même. Et pourtant… Comme il paraît difficile de retrouver le goût de s’y engager, sous le Québec de Couillard. Et le Canada de Harper.

    En tous cas merci de rallumer les lampions vacillants, avec votre indomptable optimisme.

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